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Quand l’homéopathie critique la médecine conventionnelle

icone auteur icone calendrier 2 septembre 2005 icone PDF DP 

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Les effets d’un traitement homéopathique ne sont pas distincts de ceux d’un traitement placebo. C’est le résultat, amplement commenté, de l’étude dirigée par le professeur Matthias Egger de l’Université de Berne, commanditée par le Département fédéral de l’intérieur dans le cadre du programme d’évaluation des médecines complémentaires (PEK). Les biochimistes sont rassurés : les dilutions pratiquées dans les préparations homéopathiques sont extrêmes et ne contiennent plus de substance active ; on s’attend donc, l’agent étant absent, à ce qu’il n’y ait plus d’effet spécifique. L’absence d’une preuve d’un effet spécifique ne veut pas dire que la preuve de l’absence est faite. L’effet placebo est tout logiquement l’explication la plus simple des effets observés. L’étude reconnaît par ailleurs la qualité du travail des médecins qui recourent à l’homéopathie.
En revanche, il y a un aspect plus inquiétant dans cette étude, celui de la médiocre qualité générale des essais cliniques. Pour bien comparer les effets des deux «médecines», les auteurs ont sélectionné 110 paires d’essais cliniques, chaque fois l’un sur la base de préparations homéopathiques et l’autre sur la base de médicaments conventionnels, en vérifiant soigneusement que le nombre de patients, leur âge, leur état et l’affection dont ils souffraient étaient comparables dans les deux essais.
Il est admis que les essais cliniques les plus performants sont ceux qui comparent les effets du médicament à l’étude avec un placebo (sucre), et où ni le médecin ni le patient ne peuvent distinguer l’un de l’autre (études dite en double aveugle). La taille de l’échantillon doit être suffisante. En plus, l’attribution des patients au groupe traité ou au groupe placebo doit se faire au hasard et de manière cachée. Seul un cinquième des essais (20%) avec préparations homéopathiques satisfait ces critères. Les quatre cinquièmes sont donc de qualité moyenne voire mauvaise. Mais surprise : dans les essais cliniques qui recourent aux médicaments conventionnels, seuls 8% – un douzième – des essais est de qualité supérieure. Neuf essais cliniques conventionnels sur dix sont ici de qualité moyenne, inférieure, voire médiocre.
Doit-on s’en inquiéter ? Plus l’essai clinique est modeste (en terme de patients), plus il risque de montrer un effet positif du nouveau médicament. De nouveaux traitements sont ainsi popularisés, sans preuves robustes de leur efficacité. Commencer par des essais à petite échelle correspond à la dynamique et à l’éthique même de la recherche clinique. Les patients sont recrutés l’un après l’autre ; si les premiers résultats sont négatifs, l’essai s’arrête ; si les premiers résultats sont positifs, l’essai est publié. Cela correspond aussi à la dynamique de l’industrie pharmaceutique, toujours à l’affût de nouvelles variantes de médicaments existants.
Il ne s’agit pas de casser un système qui a contribué à notre santé et à notre longévité. Mais la transparence des essais doit absolument être renforcée, par l’introduction de registres publics obligatoires qui contiennent aussi les essais arrêtés prématurément, par la systématisation des essais cliniques (à l’exemple de la Cochrane Collaboration), par la volonté des hôpitaux universitaires de disposer de centres de compétence où le savoir critique et clinique est encouragé. ge

Lancet, 27 août 2005, 726-732.

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