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OGM : Pas de chèque en blanc

Des épidémies nouvelles apparaissent, d’anciennes ne sont pas vaincues. La production de nouveaux vaccins reste un défi crucial de santé publique. Quand une tomate transgénique produit une portion tronquée de la protéine S1 du virus à l’origine du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), quand une patate transgénique exprime l’antigène de surface de l’hépatite B, ce sont sans doute de bonnes nouvelles qui nourrissent l’espoir de produire des vaccins bon marché à prendre par voie orale (en évitant de cuire la patate). Le riz doré – une variété transgénique contenant le gène de la provitamine A – ou le colza transgénique enrichi en acide gras «bons» pour le système cardio-vasculaire, voilà également de quoi soulager un jour les affamés et les obèses de notre planète. Les plantes recombinantes de la première génération étaient construites dans l’intérêt des firmes productrices, la même firme étant propriétaire de l’herbicide et de la plante qui lui résiste. Les plantes de la deuxième génération, mentionnées plus haut, sont plus clairement façonnées dans l’intérêt du consommateur. Mais cet intérêt exige, outre l’innocuité du produit, des conditions d’accès et de fabrication loin d’être garanties aujourd’hui. Par exemple, la propriété intellectuelle n’est pas encore clairement réglée, l’interdiction des brevets «étendus», ainsi que des brevets sur les variétés de plantes non plus. En outre, le maintien du «privilège de l’agriculteur» d’utiliser ses semences, le droit d’adapter les brevets aux situations nationales, sur une base minimale de l’OMC, tout cela doit encore être garanti. En Suisse, la révision du droit des brevets va actuellement dans le bon sens.
Cependant, l’esprit critique reste de mise. Les grandes études sur le comportement en plein champ des plantes transgéniques, effectuées en Allemagne, en Angleterre, en Nouvelle-Zélande, concluent toutes que le comportement de dissémination, d’interaction, avec le sol et avec les insectes, des plantes transgéniques varie, non seulement espèce par espèce, mais variété par variété. Ces différences sont explicables non seulement par la variété elle-même, mais aussi par le comportement de l’agriculteur et les conditions météo, notamment. Aucune étude n’a démontré de manière concluante des effets néfastes des plantes transgéniques sur la santé humaine. En même temps, au vu de la promiscuité sexuelle des plantes, et de la négligence des humains, une dissémination des plantes transgéniques hors des champs désignés est très probable.
La génération des plantes transgéniques en laboratoire reste ardue. L’endroit d’insertion du gène étranger est aléatoire et son comportement ne peut être prédit avec certitude. Avec la multiplication d’aliments transgéniques à vertus médicinales, la question de la dissémination deviendra peut-être encore plus cruciale pour éviter d’ingérer constamment des aliments thérapeutiques et d’entrer en surmédicalisation chronique.
Au vu des connaissances actuelles, la décision d’autoriser une plantation doit être prise au cas par cas et le moratoire proposé en Suisse n’est pas la réponse adéquate. En revanche, si la question n’est pas celle des dangers des plantes transgéniques, mais du choix de la niche «bio» pour l’agriculture suisse, alors nous savons que, selon les normes de l’Union européenne, la coexistence des deux agricultures est possible, mais qu’elle ne l’est pas selon les normes de l’agriculture biologique. ge

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