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Recherche : Les fonds publics attirent l’argent privé

A peine Serono avait-il signé un – modeste – contrat instaurant une chaire aux universités de Genève et Lausanne que pleuvaient dithyrambes et cris. L’affaire ne méritait ni l’un ni l’autre. La pratique de la «endowed chair», de la chaire sponsorisée, est une forme évoluée des relations entre industrie et académie. Une forme excellente à condition que l’université maîtrise les procédures de sélection et d’évaluation. Dans le cas de Serono, ces conditions semblent être remplies. Au nom de la nécessaire autonomie des hautes écoles, il est crucial que ces chaires ne diffèrent en rien des autres, à l’exception de la source de financement. Pour la chaire en question, on ne peut s’empêcher de penser que Serono obtient une publicité à bon compte pour un petit million. En effet, la somme engagée ne suffit de loin pas à faire démarrer et maintenir un laboratoire de recherche. En comparaison, le Fonds National finance des «bourses de relève» avec presque le double. Serono lui-même a financé deux chaires au centre de neurosciences de Zurich (pour la recherche sur la sclérose en plaques). Les Zurichois, plus puissants sans doute, on décroché un contrat bien plus favorable que les Lémaniques. Ainsi, les deux chaires, occupées par des sommités de la branche, sont soutenues à raison d’un million par année pour six ans, avec un supplément de 40% librement disponible pour le centre de neurosciences qui l’a affecté à des bourses de doctorat.
L’industrie biotechnologique est soumise à une concurrence internationale frénétique ; qu’elle investisse dans les universités suisses est donc plutôt un gage de qualité de ces dernières. Les grandes firmes injectent environ 20% de leur budget de recherche dans les hautes écoles ou dans des centres de recherche académique.

Investissements défaillants
Des formes plus complexes d’interaction, impliquant des départements entiers ont été tentées. L’exemple le plus notable est celui de Novartis (à travers le Novartis Agricultural Discovery Institute, Inc.) qui passa un contrat de cinq ans portant sur 25 millions avec le Département plantes et biologie moléculaire de l’université de Berkeley en Californie. Signé en novembre 1998, il n’a pas été renouvelé en 2003. Ni l’industrie (aucune licence prise) ni l’université (tensions incessantes entre les membres pour des questions d’argent) n’en tiraient le bénéfice voulu. Ces formes d’interaction restent donc à tester et ne paraissent pas encore satisfaisantes.
Sans les experts de l’EPFZ il n’y aurait pas d’industrie chimique à Bâle. Et sans le succès de la chimie bâloise, l’EPFZ n’aurait pas atteint l’excellence. Pendant cent cinquante ans les relations université-industrie n’ont guère pris de forme structurée. Elles se sont limitées à une symbiose de têtes ; les jeunes diplômés trouvant de bons débouchés dans l’industrie, dont les chefs de laboratoires devenaient ensuite professeurs d’université. Et même si l’heure est venue de formaliser les relations entre académie et industrie, le moteur de base de l’innovation est la circulation incessante des idées et des cerveaux.
C’est l’accès informel à un gigantesque pool de chercheurs qui incita Novartis à déménager le quartier général de sa recherche à Boston en mai 2002. Or, l’attractivité des hautes écoles est proportionnelle à l’investissement public dans la recherche. Et là notre pays sera sans doute encore à la traîne quelque temps. En effet, selon l’OCDE, la part biomédicale de la recherche publique a augmenté de près de 10% par an aux Etats Unis entre 1994 et 2002, de 6% en Grande-Bretagne. En Suisse, par contre, elle a au mieux stagné. Nous payons le prix de cette frilosité. Le temps et venu d’investir, car on ne pourra pas compter longtemps encore sur l’intérêt des «biotech» pour la place universitaire suisse. ge

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