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Génie génétique : Huit mètres carrés de blé

Les huit mètres carrés de jardin de Lindau, une surface des plus disputé de Suisse – quatre ans de procédure, 500 000 francs de frais – verront, si tout va bien, germer des plants de blé modifiés par génie génétique, après que les militants de Greenpeace enchaînés au grillage ont vidé pacifiquement les lieux pour éviter des engelures et ont renoncé à saccager la plantation, pour éviter «une dissémination de matériel recombinant dans l’environnement».
Espérons donc un dénouement paisible d’une affaire pénible. A son paroxysme elle opposait d’un côté des protagonistes convaincus que la plantation allait ruiner à tout jamais les chances d’une «Suisse bio» (cf. page 5), et de l’autre, ceux persuadés qu’un arrêt de l’expérience allait enterrer définitivement toute recherche scientifique dans notre pays. Essayons de tirer quelques leçons.

Un modèle pour la
recherche fondamentale
Les militants opposants ont été incapables de reconnaître que le projet de Lindau est un projet de recherche fondamentale. C’est leur plus grande erreur. Pourtant, tout indiquait qu’il ne s’agissait pas d’une simple étude de faisabilité menant à la commercialisation. En particulier, le choix de la maladie, la «carie du blé», dont le blé devait devenir résistant par génie génétique. Cette maladie ne présente pas de menace commerciale aujourd’hui et surtout elle peut être combattue efficacement par des moyens simples (l’eau chaude notamment). Il s’agit donc ici d’un «modèle», censé tester des questions plus fondamentales, telles la robustesse, l’efficacité et le comportement selon les variations de l’environnement des séquences génétiques transplantées. Le monde de l’agriculture transgénique, dont les surfaces explosent pour le soja et le coton, est caractérisé par la faiblesse de la recherche fondamentale publique désintéressée. Les opposants se sont donc attaqués à ce qui potentiellement est leur allié.
Les chercheurs sont-ils les Winkelried ouvrant, malgré eux, la brèche à la dissémination commerciale de plantes transgéniques ? On peut faire l’hypothèse que c’est le marché, et lui seul, qui détermine la plantation commerciale. La tomate FlavrSavr, c’est fini ; le coton Bt se plante de plus en plus. Les clients, aidés par l’étiquetage explicite obtenu de haute lutte par les associations de consommateur – ont choisi. Pourtant, les recherches sur la tomate étaient bien plus nombreuses que celles sur le coton, notoirement réduites à la recherche privée.

Le pouvoir des citoyens
de dire non
Les chercheurs eux ont sous-estimé les craintes de la population. Après tout, nous mangeons allégrement des agrumes sans pépins produits par sélection dite traditionnelle, mais reposant de fait sur une irradiation massive des semences, entraînant des remaniements génétiques colossaux, sélectionnés et clonés par la suite. L’insertion d’une séquence connue par ingénierie génétique est perçue comme nettement plus dangereuse que la manipulation au hasard de milliers de gènes. Mais cette dédramatisation de la notion d’OGM ne suffit pas pour lever les peurs de la population. Le consentement éclairé des citoyens doit être obtenu ; plus difficile est de comprendre que les concitoyens sont non seulement des gens qui demandent à être éclairés, mais qu’ils ont effectivement le pouvoir de dire non à un projet.
La recherche fondamentale ne peut être programmée dans les détails, il lui faut toujours un espace de bricolage. Les procédures d’autorisation de projets scientifiques devraient respecter cet espace de liberté et se concentrer sur la protection des gens et de l’environnement. C’est le grand défi dans les domaines scientifiques sensibles, tels le génie génétique agricole ou les cellules souches embryonnaires humaines. Si la méthodologie, la mise en œuvre et l’analyse des résultats sont trop étroitement contrôlées par les procédures d’autorisation, si la capacité d’invention en cours de route est réduite à zéro, on court rapidement le danger d’un nouveau maccarthysme, à l’instar des parlementaires conservateurs du Congrès américain qui ont épluché, pour les faire suspendre, sous prétexte de faiblesse méthodologique, tous les projets de recherche fondamentale comportant les mots-clé «sida» et «prostitution».

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