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Redécouvrir fidèlement: Le sport, ça n’est pas la santé

icone auteur icone calendrier 3 mars 2000 icone PDF DP 

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Des amis de Philippe Bois ont édité sous forme de livre, Pertinence et impertinences1, un choix des articles que Philippe Bois avait donnés à divers journaux, dont Domaine public. On retrouve avec un plaisir inégalé son style de clarté, direct, sa compétence de juriste qu’il met à portée du lecteur sans pédantisme, son indépendance d’esprit. Domaine public s’honore d’avoir été un de ses moyens d’expression. Pour le plaisir, nous proposons la relecture d’une de ses chroniques (DP no 883, 12 novembre 1987).

Ce que l’on s’obstine à nommer «sport» ne m’intéresse pas en lui-même. Mais j’observe ce domaine d’activité, parce qu’il constitue un phénomène social important. De plus en plus, cela devient un jeu de massacre. Si l’on prend en considération 18 footballeurs, âgés de 18 à 33 ans, physiquement entraînés, se nourrissant selon des plans diététiques, ne fumant pas, ne buvant pas, se couchant souvent de bonne heure, on trouvera plus d’éclopés que dans des échantillonnages de sédentaires plus âgés, fumeurs, pinteurs, mangeurs de cochonnailles. Il ne se passe pas de jour que l’on ne nous entretienne de l’arthrose d’un libero, des ménisques d’un centre-avant, du coude tordu d’un tennisman. C’est dans de nombreux sports le résultat de la violence qui s’y est installée. Le public en est friand et, confortablement assis devant la TV, l’Européen moyen aime à se détendre d’une dure journée de travail en contemplant, entre un combat au Liban et un tremblement de terre au Mexique, des jeunes gens en train de s’astiquer les malléoles à coup de souliers à clous.
En plus ces «sportifs» se droguent. Pas au H; c’est mal vu dans ces milieux. Mais aux anabolisants, à la cortisone, aux amphétamines et autres produits pharmaceutiques inutiles en temps normal.
Une autre forme d’usage de drogue consiste dans l’anesthésie locale d’une douleur avant ou durant la compétition. C’est même bien considéré: dans les comptes rendus de match, on lit souvent: «Il a joué sous piqûre»; et c’est dit avec une certaine admiration! Les sportifs ne sont pas les seuls coupables. Ceux qui en font le commerce le sont au moins autant. Quand on a payé plusieurs centaines de milliers de francs pour un ailier, on ne se laisse pas arrêter par un ménisque qui grippe: on pique. Et tant pis si, en fin de carrière, le joueur ne peut plus marcher correctement: il est amorti, au sens comptable du terme.
Certes, les sportifs ont un avantage sur le drogué du modèle courant : on les intoxique sous contrôle médical. Plus, c’est le médecin lui-même qui fait l’injection. Ainsi que le montre le procès de Laon, le mal touche de plus en plus d’individus. Des cyclistes participant à des courses villageoises de vétérans réussissent à se faire prescrire des produits à base d’amphétamine, sous prétexte qu’ils sont fatigués par une semaine de travail; ce qui les aide à gagner le jambon garni qui récompense le vainqueur…
Drôle de société! Le sport, présenté comme facteur de santé, produit des malades. Pour le pratiquer, on se drogue. A une époque où l’on récolte sans cesse des signatures pour la protection des animaux contre la vivisection, on procède sur des humains à des expériences très dangereuses. Lorsqu’un plongeur se prépare à battre le record du monde de hauteur, on prépare la civière et l’hélicoptère (utiles, puisque l’aventure s’est terminée à l’Hôpital de L’Ile).
Compte tenu de cette évolution, le temps n’est pas éloigné où, grâce à des manipulations, on pourra produire du sportif de pointe à la demande. Il suffit d’observer les jeunes gymnastes «femmes» ou les lanceuses de poids est-allemandes pour avoir une idée de ce que nous réserverait, dans ce domaine, la fécondation in vitro. Alors, pour gagner du temps, si l’on se lance dans cette voie, il ne serait pas inutile de préparer des cocktails de sperme et d’ovules dosés de telle manière que les futurs champions naissent avec une marque de lessive imprimée sur les fesses, une publicité pour une montre de luxe au nombril et trois bandes en travers de la poitrine. Philippe Bois

1Pertinence et impertinences, Philippe Bois, édité par Didier Berberat, Daniel Perdrizat et Pierre Wessner, Imprimeries centrales, Neuchâtel, décembre 1999.
Distribution : Daniel Perdrizat, téléphone : 032/725.77.78 ; fax: 032/721.46.18.

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