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Biotechnologie: La stérilisation forcée des plantes

Abandon par Monsanto de son programme de production de plantes stériles. Cela n’empêche pas que la recherche publique doit être développée.

Le PDG de Monsanto (le géant de l’agrobusiness qui a sans doute le plus parié sur la biotechnologie) a fait savoir au directeur de la fondation Rockefeller, dans une lettre datée 4 octobre 1999, que la firme ne commercialiserait pas des technologies qui stérilisent les plantes, en particulier la méthode controversée « Terminator », dont Monsanto co-détient le brevet (US 5 723 765) avec le Département américain de l’agriculture. La fondation Rockefeller, sans but lucratif, a investi une centaine de millions de dollars dans les plantes transgéniques Ð par exemple des plantes capables de pousser dans des terrains riches en aluminium Ð et a formé des centaines de chercheurs en Asie, en Amérique latine et en Afrique. Notons que c’est sous la pression d’une organisation non gouvernementale, le RAFI (Rural Advancement Foundation International, www.rafi.org) que Monsanto a décidé de cesser une commercialisation qui était d’ailleurs très loin de démarrer, la première plante transgénique stérile, du coton, n’étant pas prévue avant cinq ans.
Rendre les semences des plantes transgéniques stériles, c’est intéressant bien sûr pour les producteurs de semences (le paysan ne pouvant pas les replanter, doit les racheter année après année), et cela pourrait être intéressant aussi pour l’environnement (les plantes transgéniques seraient incapables de disséminer). Pour des raisons techniques, le dernier point est douteux et l’obligation de rachat pénaliserait les petits paysans et les paysans des pays du Sud. Notons que, chez nous, le producteur de maïs Ð mais non de blé et de soja Ð rachète déjà année après année les semences non transgéniques, car le maïs hybride produit des rejetons instables, incompatibles avec l’agriculture mécanisée.

Pas pour demain

Stériliser les plantes par transferts de gènes, c’est scientifiquement fascinant. On est très loin de la vasectomie, et les scénarios sont plutôt empruntés à l’approche moléculaire du cancer. Les contraintes sont grandes, car il faut créer une plante conditionnellement stérile, c’est-à-dire fertile dans les laboratoires de la firme qui vend les semences, et stérile dans le champ du paysan. Une technologie comme Terminator doit comporter au moins deux mécanismes couplés : un interrupteur général, activé au laboratoire (avec un antibiotique par exemple) qui met en marche ou non le programme de stérilisation, et un programme spécifique à la graine qui, tout à la fin du développement de celle-ci (juste avant la période de dormance) produit en masse une toxine qui tue la graine. La sécurité alimentaire, environnementale, d’une plante transgénique si complexe, et même sa stabilité génétique, sont très loin d’être établies et demanderont encore des années d’investigations.
Avec la réponse de Monsanto il y a une chance de ne pas avoir, pour une fois, des prototypes dans les champs. Mais la recherche, publique en particulier, sur la production conditionnelle des plantes transgéniques, ne serait-ce que pour le contrôle de la dissémination, doit être développée. ge

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