Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Forum : Sommet mondial sur la société de l’information : Une occasion manquée

Ses organisateurs l’ont claironné sur tous les toits : le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), qui se tiendra à Genève du 10 au 12 décembre, devait être d’un «nouveau type». Les textes officiels appelaient à la «participation active et effective» de la société civile. Ils invitaient par là même à dépasser le seul niveau intergouvernemental et à tester de nouvelles formes de gouvernance mondiale, véritablement démocratiques, transparentes et tripartites. C’est-à-dire incluant – sur un «plan d’égalité» – tous les acteurs en présence : gouvernements, organisations intergouvernementales, entreprises et organisations non gouvernementales. Un pas de plus important par rapport aux pratiques en vigueur jusqu’ici à l’ONU.
Cette perspective pouvait relever, d’une manière créative, les défis complexes et globaux posés par la société de l’information. Contrairement aux précédents, ce Sommet de l’ONU – par la nature même de son thème – aurait dû être plus «prospectif» que «réactif». Son but n’était pas de corriger certains mal-développements (écologiques ou sociaux), mais de jeter les bases de la société de demain. Une société qui sera de plus en plus structurée par les flux d’informations, nerfs des mutations en cours dans tous les domaines. Elle se construit, ainsi que le montre Internet, avant tout de bas en haut, à travers la constitution de réseaux et la circulation sans hiérarchie des savoirs. D’où la nécessité d’expérimenter les modalités d’une «nouvelle gouvernance mondiale pour le xxie siècle».

Des promesses sans lendemain
Le processus du Sommet était, en ce sens, une occasion unique. Celle-ci a malheureusement été manquée. Les promesses n’ont pas été tenues. Certes, formellement, il y a eu quelques améliorations, conquises de haute lutte. D’abord, la société civile a pu prendre la parole plus que de coutume pendant les sessions préparatoires des gouvernements. Ensuite, un Bureau international de la société civile – représentant plus de vingt «familles» (jeunes, femmes, pouvoirs locaux, indigènes, etc.) – a été créé pour négocier les règles de procédure. Enfin, au plan suisse, une plate-forme d’organisations non gouvernementales (comunica-ch) a été associée aux travaux de l’administration fédérale ; elle était représentée par trois personnes dans la délégation officielle de la Suisse au SMSI.

Les ONG ont été marginalisées
Ces avancées doivent cependant être relativisées. Le Bureau de la société civile souffre de carences structurelles et son avenir, faute de financement, n’est pas garanti. Les temps de parole octroyés aux ONG – quelques minutes à la fin des plénières et au début des groupes thématiques – ressemblent plus à des concessions qu’à de véritables ouvertures. De fait, si la société civile a pu se faire entendre, elle n’a pas vraiment été écoutée. La plupart de ses propositions et revendications – porteuses d’innovations – ont été ignorées. Le résultat est là : à quelques jours de l’ouverture du SMSI, la Déclaration de principes et le Plan d’action proposés sont creux et sans substance. Des documents technocentristes qui parlent plus d’infrastructures que de contenus, placent les intérêts du secteur privé avant ceux des populations, considèrent l’information davantage comme une marchandise que comme un droit et un bien commun.
Comment en est-on arrivé là ? Nombre d’Etats, pour beaucoup mal préparés, se sont rapidement crispés. Par peur de perdre leurs prérogatives (déjà en voie d’érosion), par crainte d’une société civile jugée trop critique et contestée dans sa légitimité. Mais aussi parce qu’ils ont pris peu à peu conscience des enjeux cruciaux de la société de l’information. Enjeux politiques avec les droits humains et la liberté des médias, qui constituent des menaces pour des pays non démocratiques comme la Chine, le Pakistan ou l’Iran. Enjeux économiques avec notamment les logiciels libres qui font frémir les pays à la botte de Microsoft comme les Etats-Unis. Enjeux de développement enfin avec le financement de la lutte contre la fracture numérique, les pays du Sud préconisant un fonds international de solidarité, ceux du Nord préférant les partenariats public-privé.

Le souffle visionnaire fait défaut
Ce dernier point est révélateur. Si le Sommet a manqué du souffle visionnaire requis, ce n’est pas seulement parce que le choix du leadership était mauvais (la technocratique Union internationale des télécommunications) ou que la conjoncture était défavorable (gueule de bois post-krach du Nasdaq et post-11 septembre). C’est aussi parce que la plupart des Etats ont été incapables de sortir du paradigme néo-libéral dominant. Un modèle de pensée qui se reflète dans la manière d’envisager le «tripartisme» : aux entreprises les investissements, aux ONG la création de plus-value éthique et la récupération des exclus du système, aux Etats la production de conditions-cadre favorables aux affaires.
Si rien ne change fondamentalement d’ici au 12 décembre, la société civile – sans claquer la porte – ne pourra que se désolidariser des résultats du SMSI. Elle a déjà décidé de se concentrer sur ses propres textes de référence ainsi que sur les événements parallèles. De quoi développer une «autre» vision de la société de l’information, plus solidaire, libre, démocratique et équitable.

Pour en savoir plus :
www.comunica-ch.net, www.iued-wsis.org

Michel Egger
Responsable de politique de développement auprès de la Communauté de travail
Swissaid / Action de Carême / Pain pour le prochain / Helvetas / Caritas / Eper

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/3085
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/3085 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne
Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP