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Littérature : Quand les langues font le mur

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Fabio Pusterla est né à Mendrisio en 1957. Licencié ès lettres de l’université de Pavie, il vit et travaille à Lugano. Traducteur de Philippe Jaccottet (qui signe ici la préface), d’André Frénaud et de Nicolas Bouvier entre autres, son travail de passeur lui a valu, en 1994, le Prix Prezzolini. Il est l’auteur d’une dizaine de recueils poétiques et de nombreux essais sur des questions littéraires et linguistiques. Il est fréquemment édité à Milan, chez Marcos y Marcos.
Le choix présenté ici illustre une poésie de fin du monde, ou d’un monde qui renaît avec peine après un terrible cataclysme ; ainsi des «Terres émergées» : «Nous devrons bien les accueillir, les reconnaître/éloigner doucement le noir de leurs frissons, /les convaincre doucement de rester [ ?] Et d’ailleurs tu ne dois pas t’illusionner : nous verrons/tout au plus le début, / la timide colonie des mollusques [ ?] la halte d’une mouette [ ?] Les fleurs, l’herbe et les autres choses magnifiques/viendront peut-être ensuite. Mais ça nous suffit.» Poésie géologique et marine, des grands fonds et des roches acérées, qui dit un univers irrémédiablement menacé ; poésie rocailleuse, heurtée, aux angles vifs et aux rythmes abrupts. Séparation, exil, pollutions font régner la peur sur les humains. Seul fragile recours, la présence apaisante des enfants, leur sommeil, leurs rêveries, leurs jeux : «Le trouverez-vous, /parmi vos jeux, le jeu qui nous sauvera ?// Nous l’espérons tous/vous regardant dormir.»

Beat Christen est né à Lucerne en 1965. Il a fait des études d’allemand, de français et de philosophie en France et en Suisse. Il vit et travaille à Oron depuis 1991. Son recueil a ceci de particulier que les poèmes de la page de gauche ne sont pas des traductions de ceux de droite, ni vice-versa. C’est-à-dire que Christen écrit dans les deux langues, allemand et français, et que chaque poème est un tout en soi, parfois très proche de son voisin, mais parfois aussi très éloigné. Cela donne une espèce de «ping-pong» mental où l’esprit du lecteur est renvoyé de gauche à droite, tout en étant confronté à un vide que rien ne viendra combler, sinon l’effort du déchiffreur. Cette gymnastique poétique, véritable «danse avec les mots», est fort bien analysée par Martin Zingg, dans une postface éclairante, et par l’auteur lui-même, dans un texte retraçant ce processus de création-traduction, qu’il intitule plaisamment «La récréation». A un accent près, nous sommes en plein dans l’activité recréative du poème par son double. Le vide du réel, mis en scène de manière spectaculaire dans le miroir du titre: Leer réel, est si lé(g)er qu’il s’en faut d’une lettre pour qu’il ne bascule dans l’autre langue. Le poème redonne son plein au réel en lestant les mots de leur sens le plus quotidien : «Le vide dans le mot en permet l’usage.»

Leonardo Zanier est né en 1935 dans un village de la zone alpine du Frioul. Comme beaucoup de gens de cette région, il a travaillé davantage à l’étranger qu’en Italie. Dans les années 1970, il a été président de la Federazione delle Colonie Libere Italiane in Svizzera (FCLI) et a longtemps coordonné les projets de l’Union européenne contre la marginalité et l’exclusion. Il écrit des poèmes, surtout en frioulan, depuis 1960. Plusieurs de ses recueils ont été mis en musique et traduits dans les principales langues européennes.
Le recueil publié par les Éditions d’en bas offre une version trilingue frioulan/italien (traduction de l’auteur)/français de poèmes qui ont été écrits entre 1960 et 1962. Leur actualité est criante : ils disent les migrations forcées, le chômage, l’exclusion, toute la séquelle des souffrances des exilés ; ils disent de manière poignante la beauté de la terre qu’il faut abandonner et l’hostilité du pays inconnu «où l’eau/a une autre saveur/où l’on ne sait pas préparer/la polenta» ; ils disent la solitude des corps séparés, mais aussi l’émergence d’un espoir, d’un lendemain où la peur sera vaincue.
Catherine Dubuis

Fabio Pusterla, Une voix pour le noir. Poésies 1985-1999,
traduit de l’italien par Mathilde Vischer, 2001.

Beat Christen, Leer réel, écrit en allemand et en français, 2003.

Leonardo Zanier, Libers ? di scugnî lâ/Libres ? de devoir partir/Liberi ? di dover partire, traduction française de Daniel Colomar, 2005.

Tous trois publiés à Lausanne, aux Éditions d’en bas.

Renseignements et réservations : Saute-Frontière, Grande Rue 17,
Cinquétral, 39200 Saint-Claude; tél. 00 33 384 45 18 47.
Programme complet sur le site: www.arthis.fr/sautef/site05/pere/pere01.html.

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