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Revers dans les urnes pour l’UDC, mais sera-t-il durable?

Si la mise en œuvre extensive a été évitée, les renvois d’étrangers condamnés vont bel et bien se multiplier

On est en droit de se réjouir du net rejet de l’initiative dite de mise en œuvre. Pourtant les raisons de s’inquiéter subsistent.

Le succès plus large qu’attendu des opposants à l’initative de l’UDC a mis dans la joie les nombreux groupes et organisations fortement engagés dans la campagne du non. Ce réveil salutaire de ladite société civile a payé, tout comme l’utilisation intensive des réseaux sociaux.

A l’étranger, la presse et plusieurs personnalités n’ont pas manqué de saluer cette victoire, louant qui les vertus de la démocratie directe, qui la maturité des Helvètes qui rejettent la xénophobie, oubliant l’acceptation en novembre 2010 de l’initiative pour le renvoi des criminels étrangers.

Tout satisfaisant que soit ce résultat, il laisse néanmoins un goût amer. Le camp des partisans d’un traitement discriminatoire et inhumain des étrangers n’a pratiquement pas faibli depuis 2010. Près de 1’400’000 compatriotes continuent d’être séduits par un message réducteur qui assimile l’insécurité à la présence étrangère.

Si les opposants ont triomphé, c’est parce que 700’000 citoyens, absents il y a cinq ans, ont choisi d’exprimer leur rejet de ce message. Pourquoi se sont-ils tus en 2010, alors qu’il s’agissait d’ancrer dans la Constitution le principe d’une expulsion automatique? Il aurait suffi alors de quelque 150’000 voix pour inverser le résultat.

Nous devons à cette passivité une loi qui, même si elle prévoit une clause de rigueur, reste inique et d’une extrême sévérité. Ainsi avec le nouvel article 148a du Code pénal, le Parlement a notamment créé un délit en matière d’assurances sociales et d’aide sociale dont l’interprétation judiciaire risque de concerner bien des Suisses et des étrangers négligents ou maladroits.

Le mal est fait, qui relativise le gain du résultat du 28 février.

Ne pas laisser le champ libre à l’UDC, occuper sans relâche le terrain par tous les canaux de communication, telle est la leçon première de ce scrutin. Trop longtemps les partis et les organisations sociales et économiques ont été comme tétanisés par le style brutal et la toute-puissance publicitaire des nationalistes. La récente campagne, avec ses multiples initiatives toutes plus imaginatives les unes que les autres, a montré qu’il est possible de surpasser efficacement l’UDC en matière de communication.

Mais l’opération est-elle renouvelable sur d’autres thèmes, tels l’asile – votation référendaire du 5 juin prochain – ou le sauvetage des accords bilatéraux?

Et surtout, le sursaut civique qui a permis de renverser la vapeur trouvera-t-il à s’exercer de manière plus positive, autrement que dans la riposte aux provocations de l’UDC? Rien n’est moins sûr.

L’exercice de la démocratie directe met à rude épreuve les finances des partis. Après les élections fédérales, leurs caisses sont vides. Et lorsque les organisations économiques ne se sentent pas concernées par les enjeux, les moyens financiers de l’UDC peuvent se déployer en toute quiétude. Des moyens considérables qui visiblement dépassent largement le montant des cotisations versées par ses membres.

Voilà le talon d’Achille de la démocratie directe. Des moyens financiers concentrés dans les caisses des organisations économiques, des partis qui privilégient les dépenses électorales et l’un d’entre eux qui, par la grâce de généreux donateurs, peut à la fois inonder la presse et les espaces publics de sa publicité et arroser le pays entier de ses tous-ménages.

Un premier pas consisterait à instaurer la transparence du financement des partis. Un second à leur fournir les moyens de leur action, indispensable au fonctionnement de la vie démocratique.

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Discussion

  • 1
    Mme YCM says:

    Une explication.Je n’ai pas pu voter en 2010 car j’étais sous tutelle. Je ne sais pas si mon ex-tuteur, avocat, a voté à ma place, ce qui je pense, serait grave.

Les commentaires sont fermés.