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Un ethnologue à l’affût des banquiers

A propos des financiers, la société devrait nuancer son opinion, estime le chercheur

Photo Nick Taylor
Photo Nick Taylor (licence CC)

Qui sont les occupants de ces «cockpits of capitalism» auxquels l’ethnologue Stefan Leins consacre sa thèse? Qui sont les banquiers d’aujourd’hui sur la place financière de Zurich?

Ces personnages n’ont plus rien de commun avec les fameux gnomes dénoncés il y a une cinquantaine d’années pour avoir méchamment attaqué la livre sterling, ajoutant à leur allure de comptables et de guichetiers tristounets un comportement de plus en plus agressif et cupide.

Dans les années 1990, les banques suisses se tournent vers les activités d’investissement, à l’image des américaines Goldman Sachs ou Morgan Stanley.

Les gérants de fortune drainent vers la Suisse les millions d’une clientèle privée soucieuse de mettre à l’abri des biens plus ou moins bien acquis.

Un nouveau style de banquier s’impose: extraverti, narcissique, animé par le goût du risque et par l’appât du gain. Désormais, sur des marchés devenus virtuels, qui fonctionnent à la nanoseconde et aux algorithmes, domine la figure du trader stressé mais performant. Dans le calme des salles de contrôle, personne ne gesticule cependant que, accrochés à leurs téléphones et à leurs écrans individuels, les opérateurs s’agitent et bondissent au rythme des cours des monnaies, des valeurs et des produits.

Griserie, pouvoir et questionnements

Au long des deux années qu’il a passées en immersion dans une grande banque de Zurich dont il ne révèle pas le nom, Stefan Leins a pu observer de l’intérieur les hommes et les rares femmes qui peuplent les bureaux de cadres et de traders.

Les millions virtuellement brassés leur procurent des moments de vertige et surtout l’exaltant sentiment de détenir un réel pouvoir, à la mesure des masses d’argent invisibles qu’ils déplacent d’un compte ou d’une position à l’autre. Nulle surprise si tous n’ont pas la solidité voulue pour résister à tant de griserie.

Au quotidien, les banquiers respectent des codes vestimentaires et cultivent des comportements par lesquels ils se reconnaissent: souliers luisants à plus de 300 francs la paire, complet-cravate foncé, montre de luxe dont le prix correspond non seulement à la position dans l’organigramme mais aussi dans une hiérarchie particulière aux métiers de la banque. Y figurent très haut les chers traders et les conseillers à la clientèle privée, qu’ils privilégient aux relations commerciales et institutionnelles.

Il ne faut pas croire que tous les employés ni surtout tous les cadres des établissements financiers poursuivent leur carrière sans s’interroger sur le sens et la finalité de leur activité professionnelle. Pendant son «stage d’étude» en 2010-2012, Stefan Leins a souvent entendu ses interlocuteurs se poser des questions trahissant une certaine perplexité, de véritables doutes, voire un sentiment de culpabilité: est-ce je veux vraiment faire ce que je fais? Ai-je raison de poursuivre?

Le chercheur regrette que les financiers d’aujourd’hui soient mal compris et globalement considérés comme les méchants.

Certes, il reconnaît que le crash de 2008 n’a provoqué aucune révision profonde et durable dans les esprits ni dans les mœurs bancaires. Mais il déplore que cette crise de 2008 ait mis fin à tout dialogue entre la banque et la société.

On le sent prêt à endosser le rôle du médiateur, afin que le mot de banquier ne soit plus une injure.

L’évolution des métiers

Pour avoir une chance de réaliser cette belle ambition, Stefan Leins devrait dépasser son approche d’ethnologue et renforcer celle de sociologue de la finance qu’il cultive dans son blog. Il devrait aussi considérer l’évolution des métiers exercés dans la banque. Les événements de 2008 ont eu pour effet, en Suisse aussi où un sérieux rattrapage s’imposait, de provoquer un développement de la réglementation et de la surveillance des activités financières.

Même si les banques combattent les projets d’encadrement de leurs activités qu’elles jugent abusifs (DP 2113), les établissements financiers s’organisent pour se conformer aux dispositions en vigueur. Le contrôle de leurs opérations occupe des foules de juristes.

Les effectifs ont également explosé du côté de l’autorité de surveillance: entre 2009 et 2014, la Finma a augmenté de 47,2% le nombre de postes en équivalent plein temps, qui est passé de 328 à 483 unités. A noter que les 100 millions par an de frais de personnel inscrits aux comptes de la Finma ne comprennent pas les honoraires des experts extérieurs qu’elle mandate en nombre.

La proportion des surveillants, contrôleurs et autres auditeurs ne cesse d’augmenter dans le secteur des services financiers, alors que les effectifs totaux ont diminué de 124’000 à 118’000 personnes occupées entre 2009 et 2015.

Les changements que l’on constate dans la structure du personnel des banques correspondent donc à une tendance durable, digne elle aussi de retenir l’attention d’un ethnologue spécialisé dans l’observation de ceux qui peuplent ces établissements. Il n’y a pas que les traders

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