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Combattre le djihadisme avec les musulmans

Une collaboration de l’autorité publique avec les musulmans est opportune

La Suisse n’a pas connu d’attentats terroristes islamistes. Mais elle n’est pas totalement à l’abri. Plusieurs dizaines de musulmans ont rejoint Daech. Bien qu’ils ne représentent qu’une infime minorité des 450’000 musulmans suisses, les radicalisés constituent un danger potentiel.

Le Conseil fédéral prend des mesures de protection et renforce les effectifs de lutte contre le terrorisme. Le Parlement adopte une nouvelle loi sur le renseignement. Combattue par référendum, elle sera soumise au peuple à l’automne (DP 2105).

La Suisse se protège aussi contre la radicalisation des musulmans en prison. Ils sont exceptionnellement nombreux en Suisse romande puisqu’ils représentent 53% des détenus de la prison de Champ-Dollon et 39% de ceux des Etablissements de la Plaine de l’Orbe. Un cours de sensibilisation est organisé cette année à l’intention du personnel pénitentiaire.

L’univers carcéral attise la religiosité, comme l’atteste une étude du Fonds national. Un encadrement par des aumôniers s’avère indispensable pour éviter des endoctrinements extrémistes. Mais, aujourd’hui encore, les aumôniers musulmans ont un accès aux prisons moins facile que les catholiques ou les protestants (DP 1900).

On connaît également des cas de radicalisation en mosquée, par exemple au Petit-Saconnex ou à Winterthur. Mais. selon Miryam Eser Davolio, enseignante au département de travail social de la Haute école spécialisée de Zurich, les mosquées jouent plutôt le rôle d’institutions préventives.

Une collaboration de l’autorité publique avec les musulmans est donc opportune. La relation entre l’Etat et les communautés religieuses étant de compétence cantonale, il y a 26 régimes différents décrits dans une étude commandée par la Commission fédérale contre le racisme.

La Constitution vaudoise de 2003 (DP 2065) accorde le statut privilégié d’institution de droit public aux Eglises protestantes et catholiques, accompagné d’un financement puisé dans les caisses de l’Etat. La communauté israélite est simplement reconnue comme institution d’utilité publique. Les associations musulmanes pourront accéder au même statut si elles en font la demande. Elles pourront ainsi avoir notamment un accès plus facile aux hôpitaux et aux prisons pour accompagner leurs membres.

Mais, pour être reconnues, elles doivent faire la preuve de leur caractère «helvético-compatible». En clair, il leur incombe de démontrer qu’elles peuvent s’intégrer à la communauté en répondant aux exigences assez strictes de la loi. L’Union vaudoise des associations musulmanes hésite encore à faire le pas.

A Genève, la Constitution de 2012 confirme la laïcité de l’Etat qui observe la neutralité religieuse et ne finance aucune activité cultuelle(*) des communautés religieuses, avec lesquelles les autorités entretiennent néanmoins des relations suivies. La loi d’application présentée en novembre 2015 par le gouvernement précise la nature de ces relations. Conformément à la neutralité religieuse, les communautés musulmanes qui respectent les valeurs fondamentales auront les mêmes droits que les autres Eglises. Elles pourront donc demander au fisc cantonal de prélever pour elles une contribution religieuse. Comme celle en vigueur actuellement, ladite contribution ne sera pas obligatoire pour les fidèles.

Cette disposition permettra un financement transparent des mosquées en lieu et place d’une contribution étrangère, notamment saoudienne. La gauche de la gauche refuse formellement que l’Etat devienne percepteur pour mieux contrôler les mosquées. Le Parlement genevois doit encore se prononcer.

La comparaison entre les modèles vaudois et genevois est intéressante. La très laïque Genève se montre ainsi plus ouverte à l’égard des musulmans que le canton de Vaud, qui n’a pas su complètement rompre les anciens liens entre l’Eglise et l’Etat.
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(*) Et non culturelle (correction du 09.02.2016 à 11h)

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Discussion

  • 1
    Giorgio Zürcher says:

    Il s’avere indispensable d’avoir la collaboration des musulmans qui habitent la Suisse pour combattre le terrorisme d’origine islamique. Plus en général il faut convaincre les musulmans de se libérer de l’extremisme sunnite et qu’ils ont intérêt à participer activement à la LUTTE POUR LES DROITS HUMAINS.
    Pour atteindre ce but il faut evidemment les delivrer du conditionnement financier des Pays du Golfe et de l’Arabie Saudite.

Les commentaires sont fermés.