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Avenir Suisse et la croissance

Le PIB, un indicateur sourd et aveugle

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Alerte! La croissance, panacée de toutes nos sociétés contemporaines, se heurte à un scepticisme croissant. Avenir Suisse, la boîte à idées des milieux économiques, monte au front pour tenter de justifier la nécessité d’une croissance continue. L’exercice est loin d’être convaincant.

Avenir Suisse s’inquiète. Aux détracteurs habituels de la croissance, les «fondamentalistes écologistes et de gauche», se joignent maintenant de plus larges milieux qui semblent fatigués de la course au bien-être matériel.

Grave erreur, nous avertit Avenir Suisse, car les grands objectifs de nos sociétés – lutte contre la pauvreté, progrès scientifique et technique, pérennité de la sécurité sociale, maintien de la qualité de vie – nécessitent une croissance.

Certes on ne peut ignorer les effets négatifs de la croissance – les changements structurels qui désécurisent les individus, les atteintes à l’environnement. Mais en organisant mieux la croissance, il doit être possible d’en réduire les impacts indésirables et d’en accroître les retombées positives.

Et finalement la croissance n’est-elle pas «un phénomène naturel, une constante anthropologique qui trouve son origine dans la recherche constante par les hommes de la nouveauté et de l’amélioration de la qualité de vie»?

Cette croissance prétendument indispensable, comment est-elle appréhendée? Par l’évolution du produit intérieur brut (PIB), à savoir l’accroissement des biens et services monétarisés. Pour Avenir Suisse, le PIB reste le meilleur outil pour mesurer la croissance.

Pourtant le taux de croissance ne dit plus grand-chose sur l’amélioration des conditions de vie. Certes, au cours des Trente Glorieuses, une croissance économique soutenue s’est accompagnée du plein emploi et d’un large accès à la consommation de masse. Mais dès les années 1970, la croissance ne tient plus ses promesses. Les inégalités de revenu augmentent tout comme les atteintes à l’environnement.

Or sur ces sujets, le PIB reste muet. Tout comme il ignore les activités bénévoles et les services que nous rend gratuitement la nature, indispensables à notre bien-être. Pire, le PIB comptabilise positivement des activités qui péjorent nos conditions de vie. Ainsi la pollution accidentelle d’un cours d’eau ne diminue en rien le PIB quand bien même elle porte atteinte à notre cadre de vie. Bien au contraire, les travaux pour la combattre le font croître. Par ailleurs le PIB ne dit rien de la qualité des biens et services produits. L’augmentation de leur valeur monétaire n’implique pas automatiquement une amélioration de notre bien-être.

Pourtant la croissance est une nécessité pour combattre le chômage, lutter contre la pauvreté, financer la sécurité sociale et maintenir notre qualité de vie, rétorque Avenir Suisse.

En Suisse, le PIB a crû de 1,6% par an en moyenne depuis 1970. Dans le même temps, le taux de chômage est passé de 0,1 à 3,7%. En période de très bonne conjoncture, l’emploi progresse beaucoup plus faiblement que le chômage en cas de récession. C’est plutôt du côté des gains de productivité qu’il faudrait chercher une solution durable au chômage: plus de production et de consommation pour plus d’emplois ou une même production avec moins d’heures de travail pour plus d’emplois?

La croissance pour éradiquer la pauvreté? Les pays à forte croissance ont certes pu améliorer le niveau de vie moyen de leur population. Mais cette croissance à base de monocultures et de pillage des matières premières a aussi maintenu une frange de la population dans la pauvreté. La richesse globale d’un pays n’implique pas de manière mécanique le bien-être de ses habitants. Brandir la contrainte de la croissance permet d’éviter de débattre de la redistribution équitable des richesses. Avenir Suisse ne s’en cache pas et appelle à l’augmentation du gâteau plutôt que de se plaindre de la distribution inégale des parts de ce gâteau.

La croissance pour assurer le financement de la prévoyance vieillesse? Les prévisions démographiques annoncent, il est vrai, une détérioration du ratio actifs/non actifs. Mais on peut imaginer d’autres sources de financement que des prélèvements accrus sur les salaires. Par exemple par le biais de la fiscalité, notamment la taxation des successions qui répugne tant à ces esprits libéraux, quand bien même elle exprime parfaitement l’exigence d’égalité des chances et à la primauté du mérite prônées par le libéralisme.

Pour creuser le sujet:

On peut continuer l’énumération. Il n’existe pas de corrélation entre le niveau des dépenses de santé et l’espérance de vie. Pas plus qu’entre le niveau du PIB et la qualité de vie dès lors que le revenu moyen annuel dépasse 15’000 dollars. Aux Etats-Unis, l’indicateur de santé sociale – mortalité infantile, espérance de vie des plus de 65 ans, chômage, salaire moyen et douze autres variables – ne cesse de se détériorer depuis 1970, alors même que le PIB augmente régulièrement.

Avenir Suisse concède que la croissance peut générer des effets négatifs qu’il est possible de minimiser par une meilleure organisation. Mais elle reste muette lorsqu’il s’agit de montrer concrètement comment discipliner cette croissance.

Et conclut sur des revendications – flexibilisation du marché du travail, climat fiscal acceptable, stimulation de la concurrence et abrogation des réglementations trop nombreuses – qui toutes doivent doper la croissance.

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Discussion

  • Les questions qui concernent des systèmes sont par nature complexes. Il n’est pas facile de prévoir l’ensemble des conséquences de la variation d’un facteur d’influence sur le fonctionnement du système. C’est encore plus vrai quand les effets de plusieurs facteurs ont des couplages mal identifiés. Avenir Suisse nous a habitué à une pensée simplificatrice pour ne pas dire simpliste. N’attendons donc pas d’idées constructrices de ce côté. Le PIB par essence ne prend en compte que les valeurs qui peuvent se compter en monnaie. La richesse de la vie en société, les liens d’amitié, le bien-être de chacun sont des valeurs non mesurables par le PIB. Renonçons à donner de l’importance à ce chiffre et je vous conseille tous d’aller voir le film « demain », vous y trouver de nombreuses solutions à mettre en œuvre toute de suite pour obtenir un changement effectif dans 20 ans.

  • Il ne semble pas excessif d’affirmer que le Think Tank des milieux économiques suisses exprime une vision optimiste à souhait sur la croissance économique en considérant la progression continue du PIB comme le remède idoine à tous les maux de l’humanité, Sans parler des recettes qu’il recommande pour créer un terreau favorable à cette croissance. Comme on pouvait s’y attendre l’argumentaire développé par Avenir Suisse est dominé par la croyance selon laquelle l’offre enfante sa propre demande. Apparemment Jean-Baptiste Say n’est pas mort, puisque ses idées sont toujours d’actualité dans le laboratoire à idées libérales du patronat suisse. De ce point de vue, je partage pleinement l’avis de M. Delley selon lequel l’argumentation est loin d’être convaincante. Pour au moins la raison suivante:

    Les politiques publiques peuvent être conçues comme des mécanismes incitatifs en faveur de la croissance dans la mesure où le progrès technique est un bien public.De ce fait,il existe un risque que celui-ci ne soit pas produit à un niveau socialement optimal. Autrement dit, non seulement il faudrait protéger la propriété intellectuelle des entreprises via une politique de brevets adéquate, mais aussi donner des moyens financiers et humains au système universitaire afin qu’il forme les chercheurs et les ingénieurs,et donc contribuer à une croissance tirée par les innovations. A cet égard, il est utile de rappeler que l’analyse économique nous enseigne que les économies situées sur la frontière technologique ont intérêt à développer l’enseignement supérieur et à encourager les innovations; car une croissance basée sur l’innovation est doublement bénéfique: elle semble être dotée d’un potentiel inépuisable et porte la promesse d’une réduction des inégalités via la mobilité sociale. Telle est du moins la thèse développée par les théoriciens de la croissance endogène, lesquels ne considèrent pas le progrès technique comme une manne céleste, mais comme le résultat des activités de recherche et développement encouragées et soutenues par la puissance publique.

    Enfin, last but not least, le document d’Avenir Suisse brille par son silence sur les conséquences de la révolution numérique, alors que de nombreux économistes soutiennent que la nouvelle révolution industrielle ne semble pas avoir la même force d’entraînement que l’électricité ou l’automobile sur la société. D’autre part, la croissance est de plus en plus erratique sans doute à cause des crises financières récurrentes, et elle génère par-dessus le marché une insécurité professionnelle pour les salariés. Dans ces conditions ne faudrait-il pas repenser l’Etat-Providence pour que la perte d’emploi devienne un non-événement dans la vie d’un individu?

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