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Une nouvelle législature sous le signe des «lobbies» et de l’opposition systématique de l’UDC

Un mauvais départ pour la 50e législature

Photo Flooffy Photo Flooffy (licence CC)
icone auteur icone calendrier 3 janvier 2016 icone PDF DP 

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Au cours de la première session de la nouvelle législature, une majorité libérale-radicale et UDC a exhibé ses muscles en osant le coup de force. Le 18 décembre, elle a créé la surprise et l’indignation en supprimant les mesures prises dans 18 cantons pour encadrer l’offre médicale.

Pour sa part, l’UDC persiste à jouer une opposition tous azimuts quand bien même le Parlement lui a confié une responsabilité gouvernementale accrue.

Médecins: incohérence et inconséquence

Le Conseil fédéral proposait de gérer aussi bien la pléthore de médecins spécialistes dans les centres urbains que la pénurie de généralistes dans les régions rurales. Dans un premier temps, le Parlement s’est contenté de pérenniser le moratoire provisoire qui permet actuellement aux cantons de limiter l’ouverture de nouveaux cabinets médicaux. Suivant le Conseil des Etats, le Conseil national acceptait cette pérennisation, sans débat ni vote formel, le 8 décembre dernier.

Et puis dix jours plus tard, lors du vote final et toujours sans débat, la Chambre basse enterrait le moratoire à une très courte majorité composée des élus du parti libéral-radical et de l’UDC.

En clair, dès le 1er juillet 2016, les médecins pourront librement s’installer, médecins d’hôpitaux aussi bien que médecins venant de l’étranger. Une liberté qui, comme l’expérience le prouve, ne profitera pas aux régions périphériques, mais engorgera les villes déjà bien pourvues en soignants de toutes catégories. Les prestations de ces nouveaux arrivants seront remboursées par les caisses-maladie, ce qui ne va pas manquer de provoquer une hausse des primes au titre de la loi sur l’assurance-maladie (LAMal).

On peut critiquer le moratoire qui pénalise la relève médicale et préserve les avantages des médecins déjà installés. Mais avant d’ôter aux cantons la possibilité de procéder à un tel blocage, il aurait fallu mettre au point un autre mode de régulation.

La majorité du Conseil national n’a même pas pensé à cette élémentaire précaution. Elle a donc choisi la politique du pire consistant à pousser à la hausse les coûts de la santé et à susciter la colère des assurés, en sorte de préparer le terrain pour les assurances. Ces dernières visent on le sait la liberté de contracter, c’est-à-dire de rembourser les médecins de leur choix, afin de contrôler elles-mêmes des coûts dont elles n’ont pas forcément intérêt à contenir l’explosion, ni même la progression programmée.

Or les assurances disposent de solides relais au Parlement: le tiers des membres de la commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national entretiennent des liens étroits avec les caisses – conseil d’administration, groupe de réflexion, etc. Et pour verrouiller le tout, cette commission accueille les présidents des deux organisations faîtières de la branche, Heinz Brand (UDC) et Ignazio Cassis (nouveau président du groupe PLR).

Dénonçant l’abus de pouvoir commis par la nouvelle majorité, même un commentateur de droite comme Philippe Barraud prévoit ouvertement que «le lobby des assureurs, plus puissant que jamais avec tant d’obligés et de larbins sous la Coupole, s’en mettra plein les poches, ce qui aura certainement des retombées sonnantes et trébuchantes pour les élus qui ont obéi et voté juste.»

L’UDC n’a toujours pas endossé son habit gouvernemental

Lors de la session extraordinaire consacrée aux réfugiés en Europe, l’UDC a proposé d’instaurer un contrôle systématique aux frontières, sans même se soucier du fait qu’elles sont traversées chaque jour par 750’000 personnes et 350’000 véhicules.

Mais lorsque les Verts ont suggéré de renforcer l’aide sur place aux réfugiés de Syrie et le soutien aux pays européens les plus concernés (Italie, Grèce), l’UDC a dit non. Comme elle a dit non à une motion prônant la formation des personnes ayant le statut de réfugiés – donc pas les requérants d’asile – en vue de leur permettre une meilleure intégration sur le marché du travail, tout en dénonçant par ailleurs le grand nombre de réfugiés au bénéfice de l’aide sociale.

On l’a compris. Il faut empêcher les migrants de la guerre d’entrer chez nous, mais ne rien faire pour éviter qu’ils quittent leur région d’origine. Et pour celles et ceux qui ont eu la chance d’entrer en Suisse, pas d’effort de formation mais gare aux profiteurs de l’aide sociale. Il est vain bien sûr de chercher une quelconque logique à cette gesticulation qui n’a d’autre but que d’alimenter les craintes provoquées par les mouvements migratoires actuels.

L’UDC se montre par contre beaucoup plus compréhensive pour les riches potentats dont les biens ont trouvé refuge chez nous. Ses élus ont rejeté la loi sur le blocage et la restitution des avoirs illicites des personnes politiquement exposées à l’étranger, tout comme ils se sont opposés à l’échange de renseignements en matière fiscale et à l’assistance administrative fiscale.

Il est des priorités qui dévoilent crûment le sens des valeurs défendues.

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Discussion

  • 1
    Lecoultre Richard says:

    Tant que le bon peuple n’aura pas compris la duplicité du grand parti populaire et patriotique, l’UDC blochérienne a encore de beaux jours devant elle. Qui va coordonner l’information indispensable à la population?

  • Je n’entre pas en matière sur les apparentes incohérences que tente de relever M. Delley, avec à mes yeux beaucoup de pertinence. Néanmoins la recherche de la cohérence me semble autant capitale que fort difficile. On est très vite le principal incohérent aux yeux de ses adversaires.
    La difficulté de la recherche de la cohérence, de sa propre cohérence, devrait inciter à l’humilité et une éthique du débat, qui devrait proscrire les insinuations insidieuses et blessantes. M. Delley prend à son compte l’insinuation des « retombées sonnantes et trébuchantes pour les élus qui ont obéi et voté juste » tirées d’une citation de Philippe Barraud. Il se désole d’une « gesticulation qui n’a d’autre but que d’alimenter les craintes provoquées par les mouvements migratoires actuels ». Ce genre de procès d’intention est déplacé et contreproductif. Il justifie par miroir la véhémence de l’adversaire.
    La psychologie sociale a bien démontré les incohérences qui résident immanquablement au sein des individus, et leur propension à construire inconsciemment des justifications d’apparence rationnelle pour masquer ces incohérences. La découverte et la reconnaissance de ses propres incohérences ne peut se faire que dans un cadre bienveillant, hors des tensions et des échanges agressifs, qui renforcent les mécanismes automatiques de protection de son intégrité, que sont l’approximation, le déni, la généralisation, etc., mécanismes qui chacun utilise pour ne pas voir la poutre dans son œil en se concentrant sur la paille dans l’œil du voisin.

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