Le litre d’essence à deux francs, c’était il y a vingt ans. Une provocation d’écologistes qui voulaient faire passer un message simple : le pétrole n’est pas disponible en quantités illimitées ; son prix est trop bas et ne couvre pas tous les coûts engendrés par sa consommation ; il est temps d’en faire un usage plus ménager. Le message n’a pas passé. La mobilité motorisée n’a fait que croître et ne paie toujours pas ses coûts indirects.
Le litre d’essence à deux francs, c’est pour demain, mais un demain tout proche. Une demande en croissance forte et continue, des capacités de raffinage insuffisantes et le cyclone Katrina poussent inexorablement à la hausse. Tout comme, plus fondamentalement, le fait que l’inventaire des ressources disponibles est clos.
Expliquer qu’en termes réels – inflation corrigée – le prix actuel de l’essence est néanmoins inférieur à celui qui prévalait en 1979 au moment de la révolution iranienne, ne console pas les consommateurs.
En France, le journal communiste L’Humanité lance une pétition pour que le gouvernement diminue les taxes frappant les produits pétroliers, afin de compenser la hausse des prix. En Suisse, les premières voix se sont fait entendre pour refuser toute nouvelle taxe – taxe sur le CO2, péage notamment. Car une part importante du prix du litre de carburant finit dans les caisses de l’Etat. En Suisse, l’ensemble des taxes représente 74 centimes, à quoi il faut ajouter la TVA, soit environ les deux tiers du prix payé par le consommateur.
La hausse continue du prix justifie-t-elle que l’Etat modère son appétit fiscal pour contrebalancer cette hausse ? Si les autorités répondaient positivement à cette revendication en apparence sociale, elles parasiteraient le signal que nous donne l’évolution de ce prix. A savoir que la ressource naturelle «pétrole» n’est pas infinie et qu’il faut tout à la fois modifier nos comportements – un usage ménager du pétrole – et trouver des produits de substitution. Abaisser le niveau des taxes pour préserver le porte-monnaie des consommateurs ne ferait que reculer l’échéance et rendre plus douloureuses des adaptations inévitables.
La tâche de l’Etat consiste à faciliter ces adaptations, à en planifier les étapes, et non à camoufler la réalité par des artifices fiscaux. jd
Edito : Le faux remède
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