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Livre de Simonetta Sommaruga et Rudolf Strahm : Par la grâce de la productivité

icone auteur icone calendrier 10 juin 2005 icone PDF DP 

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La situation helvétique est paradoxale. Notre pays, quelle que soit la conjoncture, connaît un taux de chômage inférieur à celui de la plupart des pays développés et une proportion d’actifs plus élevée, quand bien même son taux de croissance le situe régulièrement en queue de classement. Pour Sommaruga et Strahm, c’est d’abord au système de formation professionnelle que nous devons la relative bonne forme de notre marché du travail. Fondé sur un apprentissage dans les secteurs d’activité où existe un besoin réel de main-d’œuvre, ce système est le mieux à même de faire correspondre l’offre et la demande.
Cet avantage comparatif ne doit pas nous dispenser pour autant de favoriser la création d’emplois. D’autant moins que l’économie moderne connaît de profonds changements. Aujourd’hui, ni le banquier dans la force de l’âge, ni le manœuvre, ni la jeune diplômée ne peuvent compter sur la garantie de l’emploi. Seule une croissance économique soutenue est à même d’offrir en suffisance des places de travail.

Pas de solution miracle
Les deux auteurs constatent avec regret que le débat sur la croissance est idéologiquement contaminé. A droite, on fustige le poids de la fiscalité et les dépenses de l’Etat. A gauche, on se lamente à propos des phénomènes de rationalisation et de délocalisation, ou l’on rêve d’un taux de croissance durable de 3% sans jamais expliquer comment l’atteindre. Sans parler des économistes de l’école de Bâle, pourfendeurs des droits populaires, accusés d’empêcher les changements indispensables à une revitalisation de l’économie. Aucune de ces explications n’est satisfaisante, même si certaines contiennent une part de vérité.
Certes il est possible de stimuler la conjoncture par le déficit budgétaire. Mais la recette ne vaut que pour le court terme ; à longue échéance, l’endettement public ne garantit pas la croissance. Quant à la politique monétaire, mal conduite, elle entrave la croissance, comme ce fut le cas dans la première moitié des années nonante ; mais elle ne peut la stimuler durablement.

Stimuler l’essor des PME
Le débat des années septante sur la croissance zéro n’est plus qu’un souvenir. Car, rappellent les deux socialistes, la lutte contre le chômage, la protection de l’environnement et le financement des dépenses sociales exigent une croissance soutenue. Mais une croissance qui ne se nourrit pas d’une consommation accrue d’énergies non renouvelables et de matières premières.
Alors comment retrouver le chemin de la croissance ? A droite, on parie trop exclusivement sur la stimulation de l’offre. Et l’on revendique logiquement une fiscalité allégée, des coûts salariaux plus bas, moins de protection de l’environnement et moins d’Etat. La gauche insiste sur l’encouragement de la demande, donc des salaires plus élevés et des investissements publics accrus. Or les deux camps oublient un facteur central de la croissance, l’augmentation de la productivité. Il ne faut pas considérer seulement le coût horaire du travail – en Suisse l’un des plus élevés au monde -, mais aussi ce qui est produit durant cette heure.
La productivité dépend bien sûr du capital investi, mais également des compétences de la main-d’œuvre et de la stimulation de la concurrence. Or ces deux mamelles de la croissance – formation et concurrence – sont insuffisamment développées en Suisse. N’attendons pas des grandes sociétés multinationales qu’elles créent beaucoup d’emplois dans notre pays. La globalisation de l’économie les conduit à se développer à l’étranger, près des marchés en expansion. Le véritable moteur de la croissance et de l’emploi, ce sont les petites et moyennes entreprises – 67% de l’emploi. C’est sur elles que doit porter une politique de croissance. jd

Les propositions des auteurs

Sommaruga et Strahm indiquent tout d’abord quatre conditions, nécessaires mais pas suffisantes, pour une croissance économique :
n Une politique monétaire de la Banque nationale qui évite l’appréciation du franc par rapport à l’euro et qui, si nécessaire, tolère un taux d’inflation jusqu’à 2,5%, afin de ne pas asphyxier la conjoncture.
n Une politique salariale qui garantit la pleine indexation, le refus de la sous-enchère salariale par le biais du recours à des travailleurs étrangers peu payés ou des baisses de salaire qui éroderaient le pouvoir d’achat.
n Le maintien des dépenses publiques d’investissement. Si quelques corrections peuvent se révéler positives, une réduction globale de la quote-part fiscale ne constitue pas une mesure de stimulation de la croissance.
n Une intégration plus poussée des femmes dans le marché du travail, en particulier des plus qualifiées.
Ces quatre conditions remplies, il est alors possible de développer quatre stratégies susceptibles de déployer des effets durables et efficaces sur la croissance :
n Un renforcement de la concurrence. Tout d’abord en autorisant les importations parallèles et en interdisant les accords verticaux entre fournisseurs et distributeurs. Puis sur le marché intérieur, encore trop cloisonné et protégé, dans la mesure où le service public n’est pas mis en danger. Les auteurs préconisent par exemple une uniformisation des normes de construction.
n Une augmentation de 30% des dépenses de formation et de recherche durant la prochaine décennie. Il s’agit en particulier de financer plus généreusement la réforme de la formation professionnelle, les Hautes écoles spécialisées, ainsi que les nouvelles technologies.
n Un accès facilité au crédit pour les PME et la création d’entreprise.
n A plus long terme, une limitation des cotisations au 2e pilier – par exemple en fixant un plafond à 150 000 francs de salaire assuré – qui érodent le pouvoir d’achat et pèsent négativement sur la croissance interne par exportation du capital. Parallèlement le premier pilier de l’AVS doit être renforcé.
Ces conditions cadre et ces stratégies ne constituent pas un bouleversement politique. Elles pourraient faire l’objet d’un pacte pour la croissance entre les réformateurs des partis bourgeois et les socialistes. Pour autant que chacun des camps renonce à la guerre de tranchées stérile qui voit s’opposer, d’une part, les partisans de la baisse systématique de la fiscalité et des dépenses publiques et, de l’autre, les adversaires de la concurrence et tenants de programmes conjoncturels financés par l’endettement. n

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