Page d'accueil - 1 Navigation - 2 Aller au contenu - 3 Derniers articles - 4 Recherche - 5 Contact - 6

Forum : Le shopping est l’avenir de la ville

Lucien Barras
26 septembre 2003
DP 
Permalien

Commentaires désactivés

Décrits par leurs promoteurs comme de véritables lieux de «plaisir et de vie», les «malls», ces grands centres commerciaux d’inspiration américaine, font leur apparition en Suisse. Il y a une année s’ouvrait le complexe de La Praille, à Genève. Dans un futur proche ce sera Gottéron-village, près de Fribourg, Westside, à l’ouest de Berne, ou encore Sihlcity, à Zurich. De son expansion par la grande distribution, qui a marqué l’économie d’après-guerre, la consommation passe désormais à une nouvelle mise en scène dans un monde artificiel favorable au plaisir. L’achat, le loisir et le temps perdu sont ainsi sanctifiés dans un environnement architectural soigné où se regroupent grand distributeur, boutiques de marque, restaurants, garderie d’enfants, salles de sport, de jeux, de cinéma, galerie d’art, etc ?

Consommer, socialiser
A l’écart des centres urbains avec lesquels ils n’entretiennent aucun lien, ces «malls» parviennent néanmoins à créer des espaces de socialisation. Dérivés du modèle de la rue villageoise, ils reproduisent un cadre sûr et tranquille, comprenez artificiel et aseptisé, fabriqué de toutes pièces. Des programmes variés y cohabitent, mêlant commerces et activités de détente, et reproduisent la mixité propre à l’espace public. Le shopping se montre ainsi capable de recréer toutes les qualités de l’urbanité, peut-être mieux que la ville elle-même. De lieu de vente, le centre commercial devient lieu de vie. Il comble certaines lacunes infrastructurelles des quartiers périphériques en y introduisant des fonctions sociales et civiques.
Autour du noyau commercial se constituent ainsi les nouveaux centres de la ville en expansion et dont toutes les aspérités sont cachées. Ni danger ni déviance dans l’environnement maîtrisé à outrance des «malls» car, perfidement, ces centres sont si peu des lieux de liberté, quoiqu’en pense le consommateur qui y trouve une effarante diversité de produits, de restaurants exotiques et d’occupations variées pour ses loisirs. La signalétique le guide vers les points de vente, ses mouvements sont étudiés aux heures d’affluence, ses passages aux escalators comptés, ses préférences connues. Sa carte de fidélité trahit ses goûts et ses moyens. L’air qu’il respire est conditionné dans un bâtiment presque sans fenêtres, comme s’il fallait le placer à l’écart du monde. Le piéton y est roi et le climat invariable : la température, l’humidité, la lumière sont constantes, quelles que soient l’heure ou la saison.
Rien, dans ce sérail, n’est laissé au hasard et l’individu est abandonné à ses plaisirs tristes. Au milieu d’une telle abondance de biens, son désir est simple, répétitif, insatiable. Sa joie fausse, égoïste et fugace. A peine son plaisir s’est-il dissout dans l’ennui qu’il doit être reconduit.
Les «malls» remplacent les rues et les places qui accueillaient traditionnellement la vie publique d’une communauté. Au cours des cinquante dernières années, la croissance urbaine et le développement des transports ont engendré une nouvelle forme d’installation humaine. Construite autour du modèle de la maison individuelle, la périphérie se distingue physiquement du centre historique. Elle représente en quelque sorte l’antithèse de la ville. Cet attrait de la population pour l’habitat pavillonnaire produit un véritable exode de la population du centre vers la périphérie et les commerces accompagnent naturellement ce déplacement pour s’implanter à proximité de leurs consommateurs, dans des zones facilement accessibles et de grande taille, où peuvent se juxtaposer des activités complémentaires. Parallèlement, la ville contemporaine est en crise. Les centres urbains souffrent de congestion, l’espace public étouffe sous le trafic automobile et les incivilités gangrènent la société. Pour faire face à ces problèmes croissants, certains voient dans le développement des activités commerciales un antidote efficace aux nuisances urbaines. Si le commerce est parvenu à faire naître un embryon d’urbanité dans des quartiers jusqu’alors imperméables à cette notion, pourquoi ne pas appliquer la même recette en milieu urbain?

La ville au prix du shopping
Des urbanistes s’inspirent aujourd’hui des exemples de «malls» américains pour revitaliser les centres urbains. La réussite d’un espace public devient indissociable de la création de surfaces commerciales. En d’autres termes, il n’est plus possible d’envisager la ville sans le shopping. Avec l’avènement du «department store», le lien entre urbanité et commerce s’est renversé: si autrefois le shopping avait besoin de la ville pour survivre, aujourd’hui c’est la ville qui a besoin du shopping pour exister. Cette affirmation peut sonner comme un constat d’échec, ou au contraire préfigurer un changement d’attitude face aux nouvelles conditions de l’urbanité. L’architecte hollandais Rem Koolhaas a-t-il tort lorsqu’il écrit que «le shopping reste sans conteste la dernière forme d’activité publique» ?

Abstract a été créé par Antoine Weber, graphiste, et Carlo Parmigiani, architecte. Une revue, des programmes TV et un lieu d’exposition déclinent l’art, le design et l’architecture contemporains sous toutes leurs formes.
A l’occasion de la Nuits des musées, à Lausanne le 28 septembre, Abstract présentera le 11e numéro de son magazine et les œuvres de l’artiste zurichois Jürg Hugentobler (rue de Genève 19).

Abonnements:
www.abstract-concept.com
fax : 021 311 40 32

Recommander cet article
logo creative commmons license creative commons

La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/267 - Merci

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.

Le Kiosque de DP

RSS email icon

Das «beste Gesundheitssystem» wird zum Lazarett

Das Schüren von Angst macht krank. Ärzte wissen das. Trotzdem malen ihre Fachgesellschaften schwarz und machen Gesunde zu Kranken (Infosperber)

icone lien Lire l'article

Lackmusprobe für Bundesrat Alain Berset

Die Pharmaindustrie lobbyiert für höhere Medikamentenpreise. Der starke Franken mache ihr zu schaffen – in Wahrheit profitiert sie (Infosperber)

icone lien Lire l'article

«Um euren Finanzplatz mache ich mir keine Sorgen»

Griechenland wird laut Star-Ökonom Nouriel Roubini nicht das einzige Land sein, das die Eurozone verlassen wird. Weshalb er für die Schweiz deshalb kaum Gefahr sieht, erklärt er im Interview mit Tagesanzeiger.ch/Newsnet

icone lien Lire l'article

«Die Asylverfahren sind kafkaesk»

Migrationsexperte Thomas Kessler sagt, von der Schweizer Asylpolitik profitierten heute die Falschen. Er fordert einen Umbau unter linker Führung (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

«Die Politiker sind süchtig nach Moral»

Der Germanist Peter von Matt sieht die Affäre Hildebrand auch als Folge einer boulevardisierten Politik. Und gerade davon habe die Bevölkerung genug, wie die letzten Wahlen zeigten (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

D’une grande crise à l’autre: quelles ruptures politiques?

Peut-on tirer les leçons de la crise de 1929 ? (Le Monde)

icone lien Lire l'article

Freie Hand für die Vermögensverwaltung der Bundesräte

Sous réserve de légères restrictions, les membres du Conseil fédéral sont libres de gérer leur fortune privée (NZZ Online)

icone lien Lire l'article

Le drôle de destin de la taxe Tobin, des altermondialistes aux libéraux

Drôle de destin que celui de cette taxe, imaginée par un économiste libéral aux Etats-Unis en 1972, popularisée par les altermondialistes d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne), et portée par les socialistes européens, avant de se voir aujourd’hui défendue par des gouvernements libéraux comme ceux de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel (Le Monde)

icone lien Lire l'article

2012-2015: les enjeux sociaux en Suisse

Ces quatre prochaines années, les débats seront vifs sur toutes les composantes du système social suisse : l’AVS, le deuxième pilier, la maladie, le chômage, l’invalidité et la pauvreté. Etat des lieux et des enjeux. Par Stéphane Rossini (Revue REISO)

icone lien Lire l'article