La quête désespérée de la croissance

Jean-Daniel Delley
11 mars 2005
DP 
Permalien

Commentaires désactivés

Dossiers

Thématiques

Partager cet article

Avenir Suisse, la boîte à penser de l’économie, ne relâche pas la pression. Il diffuse inlassablement son message pessimiste sur le futur du pays, message qui, croit-il, devrait déclencher un mouvement salutaire de réformes. On connaît son arsenal thérapeutique : baisse des impôts et de la quote-part de l’Etat, rationalisation des institutions et simplification de la structure fédérale (cf. DP n° 1636, L’économiste dans son bocal).
Samedi dernier à Zurich, Avenir Suisse réunissait une brochette d’économistes pour plancher sur les causes de l’anémie économique dont souffrirait le pays. Si plusieurs intervenants ont entonné l’habituelle antienne libérale, Ulrich Kohli, le chef économiste de la Banque nationale (BNS), a mis en doute la mesure officielle de la croissance, qui sous-estimerait cette dernière de 1 à 1,5 points. En cause, la référence au produit intérieur brut au lieu du produit national brut et la non-prise en compte du pouvoir d’achat en comparaison internationale (cf. DP n° 1633, La richesse à géométrie variable). Par ailleurs le représentant de la BNS a rappelé un paradoxe : si l’on observe le taux moyen de croissance de douze pays européens sur plus d’un siècle (1880-1995), la Suisse se place en avant-dernière position. Or si notre pays figurait au xixe siècle parmi les pauvres du continent, il appartient aujourd’hui au club des riches. Une observation qui devrait tempérer l’ardeur des Cassandre actuels.
Avenir Suisse a raison de se préoccuper du poids du secteur public et de la charge fiscale. Mais son acuité analytique est hélas restreinte par un biais idéologique. Ce ne sont ni les dimensions du secteur public, ni le niveau des prélèvements fiscaux qui déterminent les performances économiques d’un pays ; les données comparatives ne révèlent aucune corrélation entre ces variables. La qualité et l’utilité des prestations publiques jouent par contre un rôle important.
Plutôt que d’exiger aveuglément des coupes budgétaires et des réductions d’impôts, les chantres du libéralisme pur et dur et leurs relais politiques seraient bien inspirés de promouvoir l’évaluation des services administratifs et des politiques publiques. Cette évaluation permettrait de dénicher des gisements d’économies et de réaffecter intelligemment les ressources disponibles. Par exemple dans les domaines de la formation et des énergies renouvelables, où la Suisse ne brille pas, quand bien même ils vont influencer de manière déterminante le succès économique des Etats.
La réflexion économique ne peut ignorer plus longtemps la dimension sociale de la croissance. Considérer les dépenses sociales comme une charge à minimiser, c’est ignorer leur fonction de cohésion au sein de la société. La précarité, l’insécurité, la pauvreté et l’exclusion ne constituent pas un terreau favorable à la croissance.
Enfin, il n’est plus possible d’invoquer la croissance sans préciser sa nature. A quoi sert cette croissance si elle ne contribue pas à améliorer la qualité de vie, si les richesses créées ne servent qu’à financer les nuisances qu’elle engendre et si elle se nourrit d’abord de l’épuisement des ressources naturelles ?
A noircir systématiquement la situation, Avenir Suisse ne contribue qu’à semer l’inquiétude, une inquiétude source de résistance au changement, voire de paralysie, bref des réactions qui ne contribuent sûrement pas à stimuler la croissance. Manque aux penseurs des milieux économiques le sens élémentaire de la pédagogie. jd

Le marché et l’Etat

«Dans les cinquante dernières années, la science économique a expliqué quand et pourquoi les marchés fonctionnent bien, et quand ils ne le font pas. Elle a montré pour quelles raisons ils peuvent aboutir à sous-produire certains facteurs – comme la recherche fondamentale – et à en surproduire d’autres – comme la pollution. Leurs échecs les plus dramatiques sont les crises périodiques, les récessions et les dépressions ( ?)
Adam Smith était bien plus conscient des limites du marché – notamment des menaces de la concurrence imparfaite – que ceux qui s’en disent aujourd’hui les disciples».

Joseph Stiglitz, La grande désillusion, Fayard éditeur, 2002.

1 Star Cliquer pour recommander cet article
Loading ... Loading ...
logo creative commmons license creative commons

La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/2663 - Merci

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.

Le Kiosque de DP

RSS email icon

Schweizer Öl-Konzern baut Verteidigungswall auf

Transocean mit Sitz in Steinhausen ZG ist Besitzerin der gesunkenen Bohrinsel «Deepwater Horizon». Trotzdem hielt bisher nur BP den Schwarzen Peter in der Hand. Das könnte sich nun ändern (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

«Interdit aux chiens et aux Italiens»

Les Italiens en Suisse sont souvent présentés comme un modèle d’intégration réussie. Mais la mémoire des hommes est courte comme le rappelle le livre «Des Ritals en terre romande» (swissinfo.ch)

icone lien Lire l'article

Next Test for Europe’s Banks: Finding Funds

Europe’s Tentative Economic Recovery May Hinge on Financial Institutions’ Ability to Raise Billions to Lend to Business (The Wall Street Journal)

icone lien Lire l'article

With Stocks, It’s Not the Economy

Companies are no longer tied to their home GDPs. Yet we still invest that way (Time)

icone lien Lire l'article

Il faut savoir faire aboutir une initiative

La menace d’une initiative ou d’un référendum est un outil politique redoutable, et l’UDC ne se prive pas d’en user (Commentaires.com)


icone lien Lire l'article

Wähler schätzen es, wenn sich die Partei streitet

Wie weit rechts darf eine SP-Bundesrätin stehen? Die SP profitiert, wenn sie diese Diskussion führt. Doch die Linken haben Angst vor diesem Streit (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

Mandela’s magic

Containing sparkling anecdotes and telling quotes, a second wave of books on Nelson Mandela provides genuine new insights into the South African leader and the sacrifices he had to make. They show how the myth does not do him justice (Financial Times)

icone lien Lire l'article