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Politique économique : Le budget peut-il influencer la conjoncture ?

Les politiques budgétaire et fiscale sont fréquemment appelées à la rescousse d’une conjoncture économique anémique. Selon la vulgate keynésienne, l’Etat devrait accroître ses dépenses en période de récession pour stimuler la demande. La gauche affectionne tout particulièrement ce raisonnement.
Les économistes, de leur côté, le rejettent majoritairement. Mais pour ce qui est de la Suisse, trois raisons supplémentaires autorisent à douter fortement de sa pertinence. Tout d’abord, il faudrait que Confédération, cantons et communes coordonnent étroitement leur action pour déclencher une forte croissance de la demande. Cette condition paraît irréalisable.

Un budget trop modeste
La difficulté pourrait être surmontée si la Confédération mettait en œuvre seule des moyens suffisants pour provoquer cet effet de stimulation. Mais le mécanisme du frein à l’endettement empêcherait cette action. Et surtout la taille du budget fédéral est si modeste que ce dernier devrait croître de manière considérable pour influencer la conjoncture. Il faudrait augmenter le budget d’environ 10% pour voir progresser le PIB de 1%. Pour produire le même effet, le budget américain ne doit progresser que de 6% ; le budget britannique de 3% seulement.
Enfin les caractéristiques de l’économie mondiale ont évolué de manière très défavorable pour la politique anticyclique des petits Etats. Pour empêcher une fuite importante de capitaux, la Banque nationale procéderait à une augmentation des taux d’intérêt, de manière à préserver son objectif de stabilité des prix. Du coup l’alourdissement de la fiscalité nécessaire à cet effort budgétaire ne provoquerait pas les effets positifs attendus sur l’emploi. Non seulement une politique anticyclique n’atteindrait pas ses objectifs de stimulation de l’économie, mais elle conduirait à un déficit budgétaire, avec un risque d’inflation ou de chômage si la priorité de la politique monétaire reste la stabilité des prix.
Est-ce à dire que seule la stratégie libérale de l’offre est à même de stabiliser la conjoncture ? Les coûts sociaux et l’inefficacité de cette stratégie, tout comme les vains exercices de pompiers keynésiens, indiquent que seule une combinaison intelligente – c’est-à-dire adaptée à chaque situation – des politiques fiscale et économique peut atteindre ce but. jd

Adaptation libre d’un chapitre d’un article de «contrepoint» rédigé par Klaus Armingeon, professeur de sciences politiques à l’Université de Berne et paru dans le quotidien Tages Anzeiger du 8 septembre 2004.

«contrepoint» est un réseau d’universitaires qui veut approfondir le débat public, trop souvent polarisé et superficiel, par des contributions prenant en compte les connaissances scientifiques actuelles, afin
de mettre en évidence des aspects négligés
des problèmes politiques débattus.

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