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Edito : Une solidarité concrète

L’Etat social, qualifié parfois d’Etat- providence,
est à la peine. La confiance de la population dans la pérennité de ses
prestations s’émousse. Selon un sondage, déjà la moitié de la tranche
d’âge 25-34 ans pense qu’elle ne touchera pas de rente AVS à l’issue de
sa vie active. Les soubresauts de la Bourse ont sérieusement calmé
l’euphorie des années 80-90 et la croyance en une multiplication facile
de l’épargne qui assurerait à coup sûr une confortable retraite.
L’évolution démographique – augmentation de l’espérance de vie et
baisse de la natalité – comme les incertitudes régnant sur le marché du
travail font craindre pour le financement à long terme des assurances
sociales.
En écho à ces craintes qu’ils se plaisent par ailleurs à
susciter, les partis bourgeois préconisent un régime de rigueur
financière qui inclut tout aussi bien le gel – et parfois même une
réduction – des prestations que l’élévation de l’âge de la retraite.
Il
n’est pas possible de faire l’impasse sur le financement à long terme
de la sécurité sociale, d’autant moins que l’essoufflement de la
croissance économique n’est peut-être pas un phénomène passager. Mais
la question doit être abordée la tête froide, sur la base d’hypothèses
plausibles, et non pas à coups de slogans qui traduisent plus une
pathologie de l’orthodoxie financière qu’un réel souci de justice et de
cohésion sociales. Car avant de représenter un pourcentage du produit
intérieur ou un alourdissement de la quote-part de l’Etat, la sécurité
sociale exprime «la mise en forme par la collectivité des rapports
entre individus» (Rosanvallon), entre la société et l’Etat. Et il ne
faudrait pas que des bricolages successifs, élaborés à la hâte au nom
de la rigueur financière – qui doit payer et combien ? – évacuent le
débat sur l’enjeu de la politique sociale, à savoir le contenu que
collectivement nous voulons donner à la solidarité.
En effet, les
difficultés auxquelles est confrontée la sécurité sociale ne sont pas
seulement financières. Les institutions sociales, nées dans un contexte
historique daté, ont besoin d’être adaptées à la société d’aujourd’hui.
Les structures familiales, le parcours de la vie active, l’organisation
et les exigences du marché du travail ont profondément changé. Les
nouvelles situations de précarité, les formes d’exclusion sociale sont
mal prises en compte par les institutions classiques de
l’Etat-providence. La coordination entre les différentes branches de la
sécurité sociale est insuffisante, parfois même inexistante. Les
incitations à prolonger la vie active, absentes.
Réduire le débat à
la question de l’âge de la retraite ou au montant des cotisations à
prélever, c’est faire l’impasse sur toutes ces questions. La sécurité
sociale nous renvoie à la qualité du lien social, aux conditions de
travail, à l’aménagement d’une durée de vie qui s’allonge, à
l’articulation entre vie active, formation et loisirs.
Avec ce
numéro spécial, Domaine Public veut contribuer au débat sur l’avenir de
la sécurité sociale. Non pas en proposant des solutions toutes faites
mais en rappelant le contexte historique, en présentant les données de
base et en dessinant quelques pistes.

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