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Gouvernement de concordance : La participation n’exclut pas l’opposition

icone auteur icone calendrier 9 janvier 2004 icone PDF DP 

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On a beaucoup insisté ces dernières années sur les faiblesses de la concordance : lenteur du processus de décision, faible capacité d’adaptation, compromis mous qui gomment le profil politique des acteurs, manque de transparence et mauvaise lisibilité pour le public. Mais ces défauts ne doivent pas faire oublier les avantages de la recherche du consensus : dans une société fragmentée – langues, religions, cultures, géographie – la concurrence écrase les minorités alors que la concordance donne à ces dernières une possibilité de faire valoir leur point de vue.
Depuis les années septante du siècle dernier, la concordance a souffert de la conjoncture économique à la fois anémique et chaotique. Quand le gâteau grossit moins ou pas du tout, la lutte pour le partage se fait plus âpre et la tentation majoritaire renaît. Une âpreté et une tentation qui ne devraient pas s’affaiblir après les dernières élections. Si les radicaux s’alignent par trop sur les démocrates du centre, si de la nouvelle formule gouvernementale émerge une majorité conservatrice stable, la gauche peut-elle encore adhérer au jeu de la concordance ? Déjà des voix préconisent le retrait socialiste du Conseil fédéral au profit d’une cure d’opposition. La tentation majoritaire des uns justifie-t-elle ce retrait ?
C’est mal comprendre le fonctionnement de la concordance – et son dysfonctionnement aussi – que de croire que l’opposition ne peut s’exprimer qu’en dehors du gouvernement. La concordance ne reflète pas une harmonie préétablie et durable ; elle exprime un état des rapports de force qui conduit les parties à rechercher des compromis. Mais la tentation majoritaire reste présente, à l’affût de la moindre faiblesse de l’un ou l’autre des partenaires. C’est pourquoi les acteurs de la concordance, en particulier les moins puissants, ont à prouver de temps à autre leur capacité de nuisance, à rappeler que sans eux le processus de décision est sinon bloqué du moins fortement perturbé. Point n’est besoin de quitter le Conseil fédéral pour faire cette démonstration : le maniement du référendum obligatoire et facultatif y suffit. Et le cas échéant une pratique moins stricte de la collégialité.
C’est en régime parlementaire qu’un parti gouverne ou est relégué dans l’opposition. En Suisse, les institutions favorisent le gouvernement de tous les partis. Et ces derniers peuvent simultanément et tour à tour manifester leur dissidence dans tel ou tel dossier. Tous les efforts des partis visent à cette participation au pouvoir exécutif. Aussi ne vont-ils pas lâcher le morceau de leur propre initiative. Seule l’exclusion peut les en éloigner.

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