Page d'accueil - 1 Navigation - 2 Aller au contenu - 3 Derniers articles - 4 Recherche - 5 Contact - 6

Disparités fiscales : Le vice et la vertu

S’il fallait retenir une seule caractéristique du fédéralisme helvétique, c’est bien sûr la souveraineté fiscale des cantons qui s’imposerait, plus développée que dans les autres Etats fédéraux d’Europe. Cette compétence étendue de fixer le taux de l’impôt, et même dans une certaine mesure sa nature, conduit à des disparités importantes entre les cantons.
Dans le débat actuel sur le niveau idéal de la quote-part de l’Etat, cette concurrence est souvent louée comme un facteur positif qui doit conduire les cantons à maîtriser leur appétit financier, et donc à modérer leurs impôts, de manière à améliorer leur attractivité, aussi bien pour les contribuables aisés que pour les entreprises. En quelque sorte, la vertu fiscale, produite par la modestie de l’Etat, serait récompensée à coup sûr.
L’analyse empirique des raisons de ces disparités infirme cette approche morale. Dans un article paru dans la Revue suisse de science politique, Serge Gaillard, de l’Union syndicale suisse, et Daniel Oesch, de l’Université de Genève, écartent, preuves économétriques à l’appui, les causes généralement avancées au café du commerce idéologique. Ni le volume des prestations publiques délivrées, ni l’efficacité de l’administration n’expliquent les variations de la pression fiscale entre les cantons. Même la dernière explication à la mode – l’étendue des droits populaires qui permettrait au souverain vertueux de juguler à la fois les dépenses publiques et les augmentations d’impôts – ne résiste à l’analyse de corrélation. Par contre se confirme l’hypothèse très prosaïque que l’indice des ressources cantonales, mesuré au revenu et à la fortune imposables des personnes physiques et aux bénéfices des sociétés, est inversement proportionnel à la charge fiscale.
Mais les auteurs nous convient à la prudence. Le nombre de cas – vingt-six cantons – est faible et reste à élucider le sens de la causalité : les cantons sont-ils riches parce qu’ils modèrent leur charge fiscale ou est-ce cette richesse qui leur permet cette modération ? Certes on peut supposer qu’une fiscalité modérée rend un canton plus attractif et accroît donc son indice de ressources ; les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Il faudrait procéder à une analyse sur une longue durée pour confirmer cette supposition.
Si les ressources initiales restent un facteur explicatif de la pression fiscale, elles n’expliquent pas tout. Ainsi le canton d’Uri, mis sous pression par ses voisins à basse fiscalité, Schwyz et Nidwald, a procédé à une baisse d’impôts au début des années nonante. Néanmoins il a dû relever ses taux d’imposition à la fin de la décennie car ses ressources n’avaient pas augmenté pour autant. La double ligne de partage qui distingue, sous l’angle économique, les centres des périphéries et, sous l’angle social, les territoires privilégiés et conflictuels, doit expliquer plus encore les disparités fiscales.

Serge Gaillard, Daniel Oesch, «Wodurch erklŠren sich die Unterschiede in der Steuerbealstung zwischen den Schweizer Kantonen ?», Revue suisse de science politique, vol.8 été 2002, pp.81-100.

Recommander cet article
logo creative commmons license creative commons

La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/2575 - Merci

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.

Le Kiosque de DP

RSS email icon

Das «beste Gesundheitssystem» wird zum Lazarett

Das Schüren von Angst macht krank. Ärzte wissen das. Trotzdem malen ihre Fachgesellschaften schwarz und machen Gesunde zu Kranken (Infosperber)

icone lien Lire l'article

Lackmusprobe für Bundesrat Alain Berset

Die Pharmaindustrie lobbyiert für höhere Medikamentenpreise. Der starke Franken mache ihr zu schaffen – in Wahrheit profitiert sie (Infosperber)

icone lien Lire l'article

«Um euren Finanzplatz mache ich mir keine Sorgen»

Griechenland wird laut Star-Ökonom Nouriel Roubini nicht das einzige Land sein, das die Eurozone verlassen wird. Weshalb er für die Schweiz deshalb kaum Gefahr sieht, erklärt er im Interview mit Tagesanzeiger.ch/Newsnet

icone lien Lire l'article

«Die Asylverfahren sind kafkaesk»

Migrationsexperte Thomas Kessler sagt, von der Schweizer Asylpolitik profitierten heute die Falschen. Er fordert einen Umbau unter linker Führung (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

«Die Politiker sind süchtig nach Moral»

Der Germanist Peter von Matt sieht die Affäre Hildebrand auch als Folge einer boulevardisierten Politik. Und gerade davon habe die Bevölkerung genug, wie die letzten Wahlen zeigten (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

D’une grande crise à l’autre: quelles ruptures politiques?

Peut-on tirer les leçons de la crise de 1929 ? (Le Monde)

icone lien Lire l'article

Freie Hand für die Vermögensverwaltung der Bundesräte

Sous réserve de légères restrictions, les membres du Conseil fédéral sont libres de gérer leur fortune privée (NZZ Online)

icone lien Lire l'article

Le drôle de destin de la taxe Tobin, des altermondialistes aux libéraux

Drôle de destin que celui de cette taxe, imaginée par un économiste libéral aux Etats-Unis en 1972, popularisée par les altermondialistes d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne), et portée par les socialistes européens, avant de se voir aujourd’hui défendue par des gouvernements libéraux comme ceux de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel (Le Monde)

icone lien Lire l'article

2012-2015: les enjeux sociaux en Suisse

Ces quatre prochaines années, les débats seront vifs sur toutes les composantes du système social suisse : l’AVS, le deuxième pilier, la maladie, le chômage, l’invalidité et la pauvreté. Etat des lieux et des enjeux. Par Stéphane Rossini (Revue REISO)

icone lien Lire l'article