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La raison impose de renoncer au Gripen

La votation du 18 mai prochain ne met pas en jeu la sécurité du pays, mais l’amour-propre de l’armée et des intérêts industriels

Photo I wish I was flying

Tout ce qui touche à la politique de sécurité et à la défense armée baigne dans un flou prononcé sinon artistique. Depuis la chute du Mur, la Suisse n’est pas encore parvenue à prendre acte de la nouvelle situation en Europe et à adapter son concept sécuritaire à cette donne.

Le rapport du Conseil fédéral sur la politique de sécurité (2010) n’a pas réussi à dégager des lignes directrices claires et des priorités. La réforme de l’armée fut retardée par le conflit entre l’exécutif et le Parlement au sujet des effectifs et de l’enveloppe budgétaire. Alors que le premier voulait réduire les effectifs à 80’000 pour un budget de 4,7 milliards, le second a choisi une armée de 100’000 personnes – pour justifier l’enrôlement de tous les jeunes soumis à l’obligation de servir? – et une enveloppe de 5 milliards. Quant au développement de l’armée, nous en saurons plus l’été prochain, lorsque le Conseil fédéral aura publié son message.

Ces hésitations et incertitudes n’ont pas empêché les autorités de décider du renouvellement de la flotte aérienne, condition indispensable, affirment-elles, pour assurer la souveraineté de notre espace aérien et appuyer les forces terrestres au sol.

Personne ne conteste la nécessité d’une police aérienne. Nous disposons pour ce faire de 33 F/A-18, récemment modernisés pour près de 400 millions. Une flotte tout à fait suffisante pour l’accomplissement de cette tâche à l’horizon 2030, comme le relevait en 2009 déjà le brigadier Hans-Ulrich Ernst, ancien secrétaire général de ce qui était alors le département militaire fédéral. Qui ne voyait par contre aucune menace plausible exigeant un appui aérien aux troupes terrestres.

La maximisation des risques et la prise en compte de scénarios hautement improbables – l’effondrement de l’Union européenne et la dissolution de l’OTAN, par exemple – relèvent de la logique de l’institution militaire, qui comme toute institution vise en priorité son propre développement. Et l’armée peut compter sur le soutien sans faille des secteurs économiques qui profitent de cette ambition au travers des affaires compensatoires, promises en l’occurrence par Saab, le fabricant du Gripen. L’armée n’est pas seulement un instrument au service de la politique de sécurité. Elle représente aussi un «fromage» convoité, il suffit d’observer les récentes protestations à l’annonce de la fermeture de places d’armes, d’aérodromes et autres arsenaux.

Reste la préparation des futurs pilotes au maniement des appareils qui prendront la relève des F/A-18 d’ici 15 à 20 ans. La collaboration avec d’autres Etats pour des stages de formation permettrait de maintenir à niveau la formation de nos aviateurs (DP 1926). Economiser 3,1 milliards à l’achat et plusieurs milliards encore de frais de maintenance et admettre que la sécurité, notamment aérienne, passe par une collaboration accrue avec nos voisins, voilà la solution de raison.

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Discussion

  • À l’instar d’autres sujets, l’armée apparaît au citoyen sans projet, sans ligne directrice. Il est très difficile de percevoir s’il y a une corrélation justifiée entre la situation géopolitique et les besoins de notre armée. Quelles sont les véritables menaces ? Quelles sont les contre-mesures nécessaires et vitales.
     
    Pour l’instant, le discours politique dominant — et dominé par l’économie (Économie suisse, etc.) — est que la compétitivité de la place suisse dépend de l’allégement des dépenses de l’État. Des restrictions ont été décidées par nos élus (en majorité servile ?), ce qui a abouti à une perte d’interactivité avec le tissu social.
     
    Pour ce qui est de l’Armée, des pagailles invraisemblables ont été mises à jour ces dernières années, dont l’affaire des systèmes informatiques, etc. On apprend que notre aviation n’est plus capable de voler par tous les temps (les Tiger) et le reste ne vole que durant les heures de bureau. Et encore. Il n’existe même pas un service de piquet qui soit en mesure d’intervenir en cas de besoin, faute de budget. On doit faire appel aux moyens d’autres pays. Quant aux citoyens-soldats, nombre sont convaincus qu’ils perdent leur temps et qu’en cas de besoin, notre armée manquerait totalement d’efficience.
     
    En écho à ce qui ressemble à un manque de sérieux et de professionnalisme (ce qui ne veut pas dire que tous les militaires le soient), un premier commandant de corps, chef de l’armée a dû être évincé en raison de ses comportements envers sa femme. Celui qui lui succède commet des bourdes en terme de communication et apparaît comme quelqu’un qui louvoie dans le sillage d’un conseiller fédéral brouillon et presque infantile lorsqu’on le voit sautiller devant l’objet de sa convoitise (la scène de la présentation en vol du Grippen !).
     
    De surcroît, l’avidité des marchands d’armes (donc de l’économie) est obscène (lobbying, publicité) en regard d’autres soucis, dont celui des taux de pauvreté dans un des pays les plus riches de la planète. Ces personnes en grande précarité ont souvent besoin d’une aide sociale pour survivre, pauvreté qui a pour effets de les marginaliser et les placer dans une inégalité de chance face à l’avenir (formation, logement…).
     
    Lorsque les budgets cantonaux ont été ou sont restreints pour lutter contre l’endettement, avec l’approbation des citoyens, peu d’entre eux se rendent compte que  cela signifie pour ces gens de plus grandes restrictions encore. Il faut faire l’expérience de vivre avec un budget d’aide sociale pour savoir ce que cela veut dire !
     
    Mais ce n’est qu’un exemple de problème qui devrait trouver des solutions durables et qui se traduit par un désintérêt presque total de la grande majorité de nos élus.
     
    En résumé, on veut investir des milliards dans des avions qui ne servent à rien, puisque le budget militaire a été tellement restreint par volonté politique et… économique qu’on ne peut plus les faire voler autrement que durant quelques heures par jour. La démonstration est ainsi faite que l’on n’en a pas besoin. En tout cas pas dans le contexte actuel.
     
    Par contre, toutes les économies que l’on peut faire dans les budgets d’aide sociale sont réalisées, car cela est contraire à la compétitivité économique, laquelle se plaint paradoxalement de ne pas trouver suffisamment de personnel qualifié. Normal, lorsque l’on restreint pendant 20 ans les budgets scolaires et les aides sociales, on choisit de maintenir une partie significative dans une précarité défavorable.
     
    Votons contre cet achat, tant qu’un projet compréhensible par tout un chacun ne sera pas élaboré et expliqué de manière convaincante aux citoyennes et citoyens et utilisons cet argent disponible pour investir sur les personnes et les jeunes en particulier, notamment pour sortir de l’impasse ceux qui sont en difficultés. Même pour ceux qui sont dans le refus et la rébellion, il existe des techniques de travail qui permettent de les aider à sortir d’une logique mortifère. Encore faut-il en avoir la volonté et comme dans tout investissement, faire le calcul du rapport investissement rétribution par la collectivité pour choisir les moyens adéquats et les meilleures stratégies. Même l’économie y a intérêt.

  • C’est curieux. Vous avez l’air de croire en l’OTAN. On se demande bien pourquoi. Il y a la guerre à nos portes: en Ukraine. Et l’OTAN est impuissante. Elle n’a même pas de soldats.
     
    Il faut voir la réalité: l’OTAn est une illusion. L’OTAN c’est du flan. Elle ne nous protège pas. Nous ne devons compter que sur nous mêmes. Il faudrait revenir au plus vite à une authentique armée de défense territoriale capable de protéger réellement le TERRITOIRE. Et cela nécessite de revoir le concept Armée 21. 
     
    En attendant, pour les Gripen, évidemment, il n’y a pas à chipoter. Il faut les acheter et même si on aurait préféré des Rafales ou autres avions plus sophistiqués. C’est bien clair.

    • Les pays baltes et autres anciennes Républiques populaires ne seront peut-être pas d’accord avec vous. L’OTAN existe bel et bien. On le lui a assez reproché d’ailleurs après ses opérations en Libye et au Kosovo, par exemple.

      Par ailleurs, je ne vois pas de lien d’évidence entre « protéger le territoire » et « pour les Gripen (…) il n’y a pas à chipoter ». C’est d’ailleurs ce défaut qui fragilise toute la campagne en faveur de l’avion, à mon humble avis.

    • Je pense qu’on doit faire confiance aux experts. La question c’est: oui ou non est-ce qu’on veut avoir une défense nationale? Si oui, alors il faut acheter les avions que le Conseil fédéral juge bons.

      L’OTAN: contre la Libye, efficacité indiscutable. Contre la Russie… ? On peut avoir des doutes. Contre Le Kosovo c’était facile aussi. A l’époque la Russie était dans les choux.

      Et pour ce qui est du danger de guerre, je ne suis plus le seul qui le voit se profiler à l’horizon:

      https://www.wsws.org/fr/articles/2014/avr2014/pers-a25.shtml

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