En situation de monopole, le consommateur est dit captif : il n’a pas le choix de son fournisseur, lequel peut ainsi lui dicter ses conditions. La Loi fédérale sur le marché de l’électricité visait à supprimer ce monopole en offrant aux usagers la possibilité de changer de fournisseur en fonction du prix et de la qualité proposés. Une majorité populaire a rejeté cette solution en privilégiant la sécurité de l’approvisionnement par rapport à la captivité.
L’actualité politique révèle que cette captivité peut prendre des formes moins acceptables que la seule obligation de s’approvisionner en électricité auprès d’un unique fournisseur. Sous la houlette d’economiesuisse, l’organe faîtier de l’économie suisse, l’industrie nucléaire mène une campagne musclée contre les deux initiatives populaires «Sortir du nucléaire» et «Moratoire Plus».
Selon la Neue Zürcher Zeitung, l’organisation patronale disposerait d’un budget de 12 à 15 millions de francs, une estimation qu’un représentant d’economiesuisse a qualifiée de proche de la réalité. La Basler Zeitung a enquêté sur la provenance de cet argent. Selon le quotidien bâlois, la part du lion – 8 à 10 millions – est assumée par Swisselectric, l’association des entreprises suprarégionales qui possèdent 92% de la production électronucléaire helvétique. Le groupe Axpo, premier producteur et distributeur du pays, participerait à hauteur de 5,5 millions, Atel (Aare-Tessin AG für ElektrizitŠt) pour 2 millions, les Forces motrices bernoises pour 1,5 million, EOS (Energie Ouest Suisse) pour 200 000 francs. Mais les intéressés se refusent à confirmer ces chiffres. Dans le camp adverse, on joue par contre la transparence. Greenpeace déclare 1,2 million et le WWF 600 mille francs ; d’autres organisations anti-nucléaires et de protection de l’environnement assurent 300 000 francs. Le solde du budget de 3,1 millions provient de dons individuels.
Au cours de la campagne référendaire sur la Loi sur le marché de l’électricité, les opposants ont défendu le monopole, arguant de la nécessité de maintenir un contrôle démocratique sur cette branche vitale pour l’économie et pour chacun d’entre nous. On appréciera la qualité de ce contrôle, sachant que les entreprises d’électricité, appartenant majoritairement aux collectivités publiques, n’hésitent pas à financer la défense du nucléaire avec l’argent des consommateurs, lesquels n’ont strictement rien à dire sur l’affectation politique de cet argent.
Initiatives antinucléaires : Le consommateur doublement captif
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