L’analyse superficielle des résultats de la votation sur l’asile conduit à souligner, une fois de plus, le clivage linguistique. A nouveau la fameuse barrière des röstis a divisé Alémaniques et Romands. Il est vrai que les premiers ont donné une légère majorité à l’initiative de l’UDC alors que les seconds l’ont globalement rejetée. Mais la lecture cantonale des résultats donne une image déformée de la réalité. Et même si l’on se réfère au clivage linguistique, ce critère ne joue pas pleinement puisque Berne, Bâle-Ville, Lucerne et Zoug ont rejeté l’initiative. Par ailleurs la grande majorité des chefs-lieux cantonaux lui ont dit non. Berne et Fribourg l’ont même refusée plus largement que Lausanne et Genève.
Le fossé ville campagne semble être plus déterminant et il va de pair avec les niveaux de formation et de revenu. C’est lui qui divise principalement la Suisse aujourd’hui. Mais il faut attendre les résultats de l’analyse Vox pour en avoir la confirmation.
Débat défaillant
Au soir du 24 novembre, des commentateurs n’ont pas hésité à pronostiquer un raz-de-marée de l’UDC aux élections fédérales de 2003. C’est aller bien vite en besogne. Le vote populaire ne traduit pas d’abord une orientation partisane mais une préférence par rapport à un objet isolé. On a pu observer ce phénomène à propos de la Loi sur le marché de l’électricité et de la révision de la Loi sur l’assurance chômage: le refus de la première, prôné par la gauche, a triomphé grâce à un apport substantiel de l’électorat de la droite nationaliste. Et il ne fait pas de doute que l’acceptation de la seconde a bénéficié des voix de la gauche. Là également le sondage Vox devrait le confirmer.
Cette votation a montré, une fois de plus, l’importance de l’engagement – trop faible à cette occasion – des autorités, des élus et des partis. Ni le Conseil fédéral ni les partis n’ont véritablement mouillé leur chemise. Face à un malaise diffus engendré par les scandales économico-financiers à répétition, la situation tendue sur le marché du travail et, de manière plus générale, l’insécurité quant à l’avenir, la confrontation des arguments se révèle indispensable. Car laisser libre le terrain du débat et traiter par le mépris ce qu’on qualifie un peu rapidement de phénomène xénophobe, c’est favoriser l’émergence d’un bouc émissaire – dans le cas particulier les requérants d’asile – à qui l’on peut faire porter la responsabilité de frustrations multiples. jd





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