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Politique de la santé: Forts en gueule mais timorés dans la décision

Pour sa dernière session parlementaire, Ruth Dreifuss ne va pas chômer. En plus des lois sur les écoles polytechniques et le transfert de biens culturels, elle devra affronter tous les grands dossiers sociaux, AVS, assurance invalidité et prévoyance professionnelle.
Sur tous ces dossiers, les partis bourgeois ont manifesté leur volonté de réforme et ne cachent pas leur désir de reprendre le Département de l’Intérieur pour insuffler une nouvelle dynamique à la politique sociale. Mais, comme l’illustre le traitement probable de la révision de la Loi sur l’assurance maladie (LAMal), cette volonté peine à trouver une traduction parlementaire. Le nouveau mode de financement des hôpitaux et l’abandon de l’obligation faite aux assurances de contracter avec tous les prestataires de soins reconnus sont repoussés à des jours meilleurs. L’augmentation du montant minimum de la franchise semble acquise, mais sans tenir compte des propositions émises par les socialistes et certains radicaux, à savoir l’échelonnement de la franchise en fonction du revenu. Or une augmentation linéaire de la franchise va toucher principalement les familles à bas revenus qui souffrent déjà du niveau élevé des primes. Ces familles que le Conseil des Etats a pourtant voulu soulager en limitant le montant des primes à un pourcentage du revenu.

Effets pervers

La difficulté de modifier des éléments de l’assurance maladie sans engendrer d’effets pervers saute aux yeux quand on observe le premier impact du moratoire sur l’ouverture de nouveaux cabinets médicaux. Cette mesure, réclamée par les partis bourgeois et les caisses maladie, et finalement adoptée par le Conseil fédéral, ne produira pas les économies attendues. Anticipant le moratoire, 1 200 médecins ont ouvert un cabinet cette année, soit environ trois fois plus que normalement. Cette ruée va engendrer des coûts supplémentaires, selon la règle qui veut qu’en matière de santé l’offre détermine la demande. Et donc une nouvelle hausse des primes. Peut-être qu’un effet d’économie se fera sentir dans un second temps, mais il n’est pas sûr qu’il compense le surcoût enregistré dans la première phase du moratoire.
Dans le dossier de la santé, Ruth Dreifuss a dû faire face à une vague ininterrompue de critiques : trop grande générosité dans l’établissement du catalogue des prestations, hausse continue des primes, incapacité à proposer des solutions innovatrices notamment. Avec constance, elle a défendu un système qui ne peut déployer tous ses effets à court terme, tout en regrettant son mode de financement antisocial. Les Diafoirus n’ont pas manqué de lancer dans le débat politique des remèdes miracle : en particulier réduction des prestations, accroissement de la concurrence dans le secteur de la santé. A l’avenir aussi, les réformateurs devront constater que la mécanique complexe du système de santé et la multiplicité des intérêts divergents ne tolèrent pas les remèdes de cheval. jd

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