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L’immigration de Schwarzenbach à Blocher

Qui sont les Européens qui viennent en Suisse et qui sont les Suisses qui rejettent les étrangers?

La participation au vote du 9 février sur «l’immigration de masse» sera sans doute massive. La campagne sera vive. Le verdict est incertain.

Pour donner son éclairage dans le débat, le Secrétariat d’Etat à l’économie ouvre les colonnes de La Vie économique à deux groupes de chercheurs. La Volkswirtschaftlische Beratung de Bâle décortique les raisons qui poussent un nombre grandissant d’Européens à venir en Suisse et les entreprises à les engager. L’Université de Neuchâtel analyse l’attitude des Suisses face à l’immigration.

Des PME aux multinationales, les entreprises de toutes tailles se répartissent de manière à peu près équitable le nombre des travailleurs étrangers au bénéfice de la libre circulation des personnes. Mais l’embauche se concentre essentiellement dans le secteur des services et de la construction. Selon l’enquête des chercheurs bâlois, près de 80% des employeurs engagent des étrangers parce qu’ils ne trouvent pas de main-d’œuvre en Suisse ou qu’ils n’ont pas assez de choix. Pour 20% d’entre eux, le niveau du salaire est déterminant.

Plus de la moitié des travailleurs migrants sont de formation supérieure. 13% n’ont pas de qualification. C’est d’ailleurs, logiquement, dans ces deux catégories de salariés que la Suisse manque de main-d’œuvre. La pénurie n’existe pratiquement pas en revanche pour les formations intermédiaires en raison du système d’apprentissage dual helvétique qui est un succès.

Les raisons qui poussent les étrangers à venir en Suisse sont diverses. Dans une enquête préparée par l’Université de Bâle, 43% des sondés mentionnent une meilleure perspective professionnelle, 30% un meilleur salaire. Mais des motivations non économiques jouent également leur rôle dans la décision de migrer: intérêt pour la nouveauté, attrait du paysage et des possibilités de loisirs, intérêt pour la culture suisse, affinités linguistiques, rapprochement avec des membres de la famille déjà établis en Suisse.

Depuis les années 60, l’immigration reste une pomme de discorde récurrente entre le monde économique à la recherche de main-d’œuvre et une frange variable de la population hostile à la présence étrangère. Dans leur étude, les chercheurs de Neuchâtel distinguent deux origines du rejet de l’étranger: la crainte de la concurrence sur le marché du travail et le refus de cohabiter avec ceux qui ne partagent pas la même culture ni les mêmes habitudes. Selon l’étude neuchâteloise, une bonne formation favorise l’intérêt pour la diversité et donc une attitude spontanément favorable à l’égard des étrangers.

Dans les années 60, l’immigration était essentiellement celle d’une main-d’œuvre peu qualifiée. La population suisse la moins bien formée, donc a priori plus réservée à l’égard des étrangers, se sentait aussi économiquement menacée et avait une double raison de s’opposer à l’immigration. Aujourd’hui, la situation n’est plus la même. La crainte de la concurrence sur le marché du travail gagne les personnes au bénéfice d’une formation élevée et peut les faire passer dans le camp du rejet de l’étranger.

Les initiatives Schwarzenbach n’ont jamais passé. Le scrutin du 9 février nous dira si la nouvelle situation économique donnera le coup de pouce nécessaire au succès de l’initiative «blochérienne».

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Discussion

  • Un train peut en cacher un autre. L’initiative de l’UDC n’est qu’un coup de plus contre la politique du CF envers l’UE que l’UDC trouve trop molle. Elle veut mettre les bâtons dans les roues de tout rapprochement avec l’UE. Pour y arriver, tous les motifs sont bons. Il est touchant de voir l’UDC argumenter comme des politiciens de gauche sur les loyers excessifs, les transports encombrés, le mitage du paysage, la concurrence salariale, et j’en passe, alors que non seulement elle s’en fiche totalement, mais elle combat toute réglementation corrective. Elle ajoute au tout un peu de sauce nationaliste pour faire appel aux sentiments xénophobes, mentionne la dé-helvétisation des directions de sociétés pour animer les cadres qui regrettent que la crème PRD/armée ne prenne plus et le tour est joué. Beaucoup y trouvent leur compte: du précaire qui n’a pas assez pour vivre à l’universitaire qui se sent mis injustement en concurrence, en passant par les fanas du mythe de l’indépendance. Même Rudolf Strahm y voit une possibilité de réveiller le CF (je me frotte les yeux). Economiesuisse est en pleine débandade. Cela promet. Si le peuple devait accepter l’initiative, le CF ferait une « belly dance » avec du pinaillage juridique pour éviter les conséquences. Une petite catastrophe politique et par conséquent économique est en gestation. Avec un énorme marché potentiel pour les conseillers d’entreprises et juristes qui seront consultés (je connais la branche qui réfléchit aux services à offrir). Même s’il n’y aurait pas un volume de centaines de millions d’honoraires comme c’est le cas pour les KPMG, Deloitte, Ernst & Young et les grand bureaux d’avocats dans le « cleaning » des relations des banques avec les USA. Malgré ma profession de conseiller, je dirai non à l’initiative. Et je continuerai de défendre une entrée de la Suisse dans l’UE, seule solution viable à moyen et long terme, même au prix d’un ajustement de la démocratie directe. 

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