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L’aide sociale au banc des accusés

Si la facture sociale augmente, c’est que la fracture sociale s’aggrave

L’aide sociale fait actuellement l’objet d’attaques en règle: trop coûteuse, elle tolérerait des abus et ferait montre d’une trop grande générosité. Et si l’explosion de ses budgets ne faisait que refléter le peu d’intérêt des politiques publiques pour l’intégration des personnes les plus fragiles?

Le printemps dernier, l’affaire a fait grand bruit outre-Sarine. La commune argovienne de Berikon a supprimé l’aide sociale dont bénéficiait un jeune résident peu coopératif. Sur recours, le Tribunal fédéral a donné tort à la commune parce qu’elle n’avait pas respecté les règles de procédure, à savoir d’abord avertir l’intéressé, puis réduire le montant de l’aide avant de la supprimer totalement. Les juges ont rappelé que les bénéficiaires de l’aide sociale ont également des droits. Le président de la Conférence suisse des institutions d’action sociale (Csias) a salué ce jugement, ce qui a provoqué un tollé.

La Csias édicte notamment des normes sur la conception et le calcul de l’aide sociale. Des normes qui prévoient d’ailleurs les conditions d’une diminution, voire d’une suppression de l’aide. La Conférence réunit les représentants des communes, des cantons, de la Confédération et des organisations privées. Plusieurs cantons reprennent ces normes dans leur législation.

A la suite de la réaction du président de la Csias, trois communes dont Berikon ont décidé de se retirer de cette organisation. Dans le cadre d’un programme d’économies, le Grand Conseil bernois a décidé de réduire de 10% le montant des prestations recommandé par la Csias. De son côté, l’UDC suisse a annoncé son intention de coordonner l’action de ses élus communaux pour limiter l’application des normes de la Csias. Elle a d’ailleurs donné le ton dans son programme 2011-2015 en affirmant que «les généreuses prestations transforment le réseau social des cantons appliquant les directives de la Csias, voire les dépassant, en une confortable chaise longue».

Depuis 1990, on assiste à l’explosion de l’aide sociale. Ce n’est pas le prétendu laxisme des services communaux qui est en cause, mais la précarisation de l’emploi et la réduction des prestations de l’assurance-invalidité et de l’assurance-chômage notamment. Pour la ville de Lausanne, les dépenses de l’aide sociale ont passé de 7 millions de francs en 1990 à 110 millions actuellement et des prestations sont accordées à plus de 7% de la population active.

A l’occasion de la journée d’automne de l’Association romande et tessinoise des institutions d’action sociale (Artias), Michel Cornut, chef du service social de la ville de Lausanne, a rappelé que l’aide sociale ne vise pas seulement à garantir le minimum vital. L’action sociale est engagée dans une lutte contre la pauvreté, de manière à permettre aux personnes qui ont dû recourir à une aide financière d’acquérir les capacités de gagner leur vie. Aider l’usager à reconquérir son autonomie passe par la recherche d’un emploi, d’un logement, par la maîtrise d’une langue, par une formation ou encore par un désendettement. C’est dire que les services sociaux ne se limitent pas à signer des chèques. Ils mettent en œuvre une panoplie de mesures qui toutes concourent à la réadaptation et à la réinsertion sociale de leurs usagers.

L’explosion de l’aide sociale est le fidèle baromètre de la fracture sociale. Elle constitue l’acte d’accusation d’une société qui, dans la conception et la mise en œuvre de ses politiques (économie, logement, transports, urbanisme, éducation,…), néglige son devoir d’intégration sociale. Si la facture sociale augmente, c’est que la fracture sociale s’aggrave. Mais il est plus simple de jeter le discrédit sur une population marginalisée en pointant du doigt des abus réels, mais rares, que de porter un regard critique sur le quotidien d’une politique qui discrimine et exclut.

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