Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

L’immigration, bouc émissaire commode pour l’UDC

Les maux dont l’UDC rend responsables les travailleurs immigrés résultent de la politique menée avec constance par ce parti

Photo Damien Roué
Photo Damien Roué (licence CC)

C’est vrai, le Conseil fédéral s’est trompé. En 2000, dans ses explications sur le premier paquet des accords bilatéraux, il ne prévoyait pas une forte immigration en provenance des pays de l’Union européenne.

Tout au plus une dizaine de milliers par an, estimait-il, en se basant sur les mouvements migratoires au sein de l’Europe. Or dès l’ouverture complète des frontières en 2007, entre 60 et 70’000 personnes sont venues chaque année chercher du travail en Suisse.

Faut-il pour autant mettre sur le compte des immigrés tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés, comme le fait l’UDC? Les trains bondés, le réseau routier saturé, le prix du sol et des loyers en hausse constante, les terres agricoles grignotées et le paysage défiguré, la pression sur les salaires, tous ces phénomènes qui perturbent notre vie quotidienne résultent-ils vraiment de cet apport démographique extérieur?

Ou n’ont-ils pas été aggravés par notre incapacité à adopter des solutions adéquates dans chacun de ces domaines? Une incapacité à laquelle l’UDC a fortement contribué par sa politique d’obstruction systématique. Reprenons.

Quand il s’agit de développer les transports publics, l’UDC se retrouve régulièrement du côté des partisans du libre choix des moyens de déplacement. Donc pas de priorité aux transports collectifs, mais un soutien sans faille à l’extension du réseau routier. Avec la double conséquence d’une saturation des premiers et du second, puisque toute amélioration de ce dernier ne contribue pas à fluidifier le trafic, mais au contraire à l’augmenter.

Avez-vous souvenir de propositions de l’UDC en faveur des locataires et pour maîtriser la spéculation foncière? Non, l’UDC s’oppose vigoureusement à toutes les mesures de ce genre, fidèle à sa ligne résolument libérale. Même les paysans, que ce parti cherche maintenant à cajoler avec son initiative sur la souveraineté alimentaire (DP 2015), ne trouvent pas grâce à ses yeux. L’UDC s’est opposée à la révision de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire, précisément destinée à préserver les terres agricoles en luttant contre la dispersion de l’habitat. Dès lors, le souci qu’elle manifeste pour la dégradation du paysage n’est pas crédible, d’autant moins qu’elle a combattu l’initiative Weber.

Pour lutter contre la pression sur les salaires, le Parlement a adopté des mesures dites d’accompagnement, malgré l’opposition de l’UDC.

On peut allonger la liste. Les baisses d’impôts et les régimes spéciaux pour les entreprises étrangères, l’imposition forfaitaire des riches contribuables immigrés, toutes ces mesures en faveur de l’attractivité de la place helvétique sont au cœur du programme économique de l’UDC.

Il suffit. L’UDC déplore des évolutions négatives qu’elle ne cesse de favoriser. En stigmatisant l’immigration, elle tente de distraire l’opinion des méfaits d’une politique du laisser-faire dont elle est dans les faits le porte-parole. Vouer les immigrés à l’opprobre des petites gens pour mieux servir les intérêts des nantis, voilà l’éternelle recette du bouc émissaire à l’œuvre. Une escroquerie qu’il faut sans relâche dénoncer.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/24844
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/24844 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • 1
    rodolphe weibel

    Vous écrivez: « Donc pas de priorité aux transports collectifs mais un soutien sans faille à l’extension du réseau routier. Avec la double conséquence d’une saturation des premiers et du second, puisque toute amélioration de ce dernier ne contribue pas à fluidifier le trafic mais au contraire à l’augmenter. » Selon vous donc, toute amélioration des transports collectifs ne contribuerait pas à augmenter le trafic? 

  • Votre point de vue sur l’UDC est bien connu. J’aurais apprécié que vous nous donniez votre avis sur l’initiative elle-même plutôt que sur ses auteurs.

  • L’ouverture des frontières a offert à l’économie un accès à un énorme marché du travail de personnes qualifiées. Elle en a profité pour augmenter ses effectifs et ses capacités, ici et pas ailleurs. Ce ne sont pas les étrangers qui ont créé les places de travail, mais bien l’économie. La Suisse est plus riche qu’avant. Tous les citoyens en profitent. La Suisse est plus multiculturelle qu’avant. Elle est plus ouverte qu’avant. Elle est plus européenne qu’avant par la force des choses. Les effets collatéraux n’ont pas été gérés, comme indiqué dans votre article. L’initiative est dangereuse, car elle pourrait être une aubaine pour ceux qui se sentent lésés, à droite comme à gauche, à cause: de trains archi-pleins pendant 3 heures par jour,  de concurrents sur le marché du travail qualifié, de logements trop chers, d’employeurs sans scrupule qui exploitent des travailleurs à la recherche d’un emploi, d’une sensation de perte d’identité mythique, etc. Les Suisses  alémaniques se retranchent de plus en plus dans leurs dialectes, réaction frustrée d’une majorité qui se sent tout à coup minoritaire dans le monde germanique et oublie ses confédérés francophones et italophones au lieu de renforcer avec eux le multilinguisme et la multi-culture qui étaient l’ADN de la Suisse. L’acceptation de l’initiative ne serait non seulement anti-européenne, mais surtout anti-confédérale. Ceux qui disent non à l’étranger disent non à ses concitoyens d’autres cultures. Beaucoup d’entre-eux sont entre-temps des concitoyens d’origine turque, kosovare, allemande, anglaise, française et j’en passe, qui renforcent la multiculturalité originale du pays. Les Italiens qui sont venus depuis les années 50 ont fortement et positivement influencé la Suisse, du lac Léman au lac de Constance. Ils ont fait plus que beaucoup de soi-disants Suisses pour l’unité du pays. A répéter avec d’autres.

  • Bouc émissaire? Il m’arrive parfois de me demander si ce n’est pas l’UDC qui est le bouc émissaire de toute la bienpensance suisse. En effet, notre presse – DP restant néanmoins plus pondéré – ne rate pas une occasion de descendre ce parti. Il est vrai que le langage de l’UDC est simpliste, que son argumentation n’est pas toujours cohérente et qu’il est nettement plus efficace dans la démolition que dans le recherche de solutions constructives.
    On peut tout de même se demander pourquoi les problèmes soulevés par l’UDC, au lieu d’être traités à fond, et sérieusement, reçoivent des réponses méprisantes, populistes en retour ou du style d’un enseignant de l’ancienne école corrigeant les fautes d’orthographe de l’élève.
     

  • 2% de croissance pour un solde migratoire de 8 pour 1000 habitant, l’un des plus élevé de l’Europe de l’Ouest, hors frontalier. Quelle est la stratégie pour l’avenir des Suisses? Toujours plus d’immigration? Plus d’impôt, pour plus de dépense public? On a qu’à voir où la France a été avec cette politique! Vous avez vraiment envie de ce modèle pour votre pays?

  • Au fond, si on vous lit entre les lignes, ce que vous préconisez c’est un maximum d’immigration, non contrôlée par des quotas, de façon à aggraver au maximum les tensions sur le logement, sur le prix des terrains, les problèmes de transport etc., et justifier ensuite une politique socialiste collectiviste, de transport, de logement, d’aménagement du territoire, etc.
     
     Belle logique en effet, une logique de gauche.
     
    On ne peut pas reprocher à l’UDC d’être logique elle aussi, à sa manière. C’est à dire un préconisant un contrôle de l’immigration, pour ne pas devoir recourir à des politiques excessivement étatistes, socialistes, fiscalement onéreuses, en matière de logement, gestion du territoire, transports, etc, dues à l’immigration excessive.
     
    Des deux logiques celle de l’UDC paraît plus raisonnable.

  • Il est toujours facile de regarder la paille dans l’œil du voisin. L’UDC est une proie tellement évidente qu’elle focalise l’attention des commentateurs d’apparence raisonnables, qui se dispensent ainsi de mener une réflexion approfondie sur les sujets chéris de ce parti. Les trains bondés, le réseau routier saturé et autres problèmes de société en croissance, sont certes des manifestations complexes et à déterminants multiples. Mais le travailleur qui prend les transports publics chaque matin en compagnie d’une majorité de personnes qui par leur langue et leurs apparences ne sont manifestement pas en Suisse depuis des générations, ce travailleur mesure avec justesse que l’immigration est forte en Suisse depuis de nombreuses années. Il est prétentieux et méprisant de lui dire « mon pauvre ami, ton envie d’y mettre un frein est un réflexe primaire et malsain. Si l’UDC nous laissait faire, il n’y aurait pas de problème ». La solution de frein à l’immigration est une option légitime. Ceux qui le nient et nous enjoignent de dire non à l’initiative de l’UDC, ont en fait déjà dit oui à une Suisse de 15-20 millions d’habitants en 2100, et de 50 millions en 2200. Celui qui se gausse des gens qui proposent une limite, n’est-il pas implicitement en faveur d’une extension illimitée ? Ou si ce n’est pas le cas, il doit alors s’exposer et expliquer où il situe la limite, et préciser avec quels outils politiques il suggère de veiller à ne pas dépasser cette limite.

    Une partie de la gauche a fortement contribué à criminaliser l’inclinaison de bon sens d’oser penser qu’il faut envisager des limites à la taille de la population suisse. Plutôt que de se moquer des contradictions évidentes de l’UDC, M. Delley nous serait plus utile en apportant son analyse des questions posées ci-dessus et en exposant quels sont les articles de l’initiative qu’un citoyen raisonnable ne devrait pas approuver. Pour ma part, en tant qu’homme de gauche, je vais résolument voter en faveur de l’initiative de l’UDC: elle redonne enfin à l’Etat fédéral un outil que les libéraux de toutes obédiences lui ont enlevé, éblouis par la vision chimérique que le marché mondialisé ne pouvait qu’être l’ingrédient principal de lendemains qui chantent.

    • Je trouve très intéressante la réflexion de M. Coquoz, qui est justifiée par son engagement d’homme de gauche.
       
      Cela nous montre bien qu’il y a désormais deux gauches: celle de M. Delley et celle de M. Coquoz, tout comme il y a deux droites: celle patriote de l’UDC (patronale certes, mais pas au prix de la souveraineté) et celle du fric roi, contre la patrie (PLR-PDC).
       
      Il est presque impossible de comprendre la position de la gauche sans-frontièriste européiste antisouverainiste de M. Delley, car l’expérience quotidienne immédiate nous montre à quel point ses conséquences sont désastreuses pour le peuple travailleur.
       
      Jusqu’ici on sentait que la gauche soucieuse des interêts réels du monde du travail n’osait pas s’exprimer, tétanisée qu’elle était par la crainte de se voir tancée par les professeurs de la gauche intello. Visiblement c’est en train de changer. On a vu des éléments du PS mettre en garde contre le dumping social obligatoire imposé par les jurisprudences Rüffert, Alfa-Laval et Luxembourg. L’autre jour les jeunes socialistes genevois ont exprimé publiquement leur défiance envers une  Europe au service des riches. Le combat change d’âme, l’espoir change de camp.
       
      Cela devrait nous amener à nous interroger sur les raisons qui ont conduit l’élite intellectuelle socialiste à embrasser des thèses manifestement antisociales, dictées par le grand capital transnational. On constate évidemment la force de l’idéologie internationaliste qui rend aveugle au réel. Mais pour ma part, dans bien des cas, j’y vois une motivation plus basse. Beaucoup de gens (pas M. Delley) ont été littéralement achetés, peut-être pas par des pots de vins directs, mais par l’espoir de belles sinécures dans les institutions européennes et internationales diverses, permettant de complèter les débouchés  trop chiches, existant dans les administrtations suisses, cantonales et fédérales. Et dans les syndicats, il semble que les appareils syndicaux européens sont vendus à l’Europe sans patries, donc si on veut faire carrière dans cet appareil… mieux vaut ne pas trop faire cas de l’intérêt des syndiqués et s’aligner sur les exigencies des  boss des grandes fédérations syndicales européennes. 
         

1 Rétrolien

  1. […] Facile pour l’UDC de mettre tous les maux sur le dos de l’immigration quand ils ne font …. […]

    Cité par Revue de web – S02E47 | Fred H - 9 décembre 2013 à 8 h 03 min

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP