Page d'accueil - 1 Navigation - 2 Aller au contenu - 3 Derniers articles - 4 Recherche - 5 Contact - 6

Développement économique: Un indicateur réducteur

L’économie suisse n’est pas compétitive.C’est le constat répété et diffusé par les analystesconfédéraux et européens. Un examen critiquedévoile ses faiblesses théoriques et empiriques.

Coup sur coup deux rapports mettent en évidence la croissance insuffisante de l’économie helvétique. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco) parle de stagnation à un très haut niveau : la Suisse reste certes un pays riche, mais, depuis le début des années quatre-vingt-dix, elle perd du terrain en termes de productivité. L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) confirme ce diagnostic et invite notre pays à entreprendre des réformes structurelles de manière à améliorer sa compétitivité, donc sa richesse.
On est en droit de relativiser ces appréciations pessimistes en s’appuyant sur la fragilité des comparaisons internationales. D’une part, les facteurs censés rendre compte de la croissance et de la productivité ne sont pas mesurés de manière semblable dans chaque pays. Pour ne prendre qu’un exemple, les Américains intègrent les dépenses de logiciels dans leur comptabilité nationale, alors que les Suisses les considèrent seulement comme une condition préalable de la production. D’autre part la recherche de l’objectivité conduit à négliger des facteurs plus qualitatifs et donc difficilement chiffrables.
Mais plus fondamentalement, le taux de croissance reste un indicateur d’une grande pauvreté. La richesse d’une nation, exprimée en termes monétaires, reflète la capacité d’investissement en matière d’éducation, de santé et de recherche par exemple. Pourtant, à lui seul, le taux de croissance ne dit rien de l’affectation de cette richesse supplémentaire. Les Etats-Unis investissent massivement dans la recherche et dans l’armement, mais ce pays connaît également un taux élevé de pauvres qui ne profitent guère des fruits de la croissance.

Richesse sociale

Toutefois ce taux ignore superbement une dimension essentielle, celle de la richesse sociale. Celle-ci exprime en particulier la qualité du lien social et de la santé publique, l’espérance de vie et l’intensité des inégalités. Cette qualité fait-elle défaut, c’est à terme la croissance même qui est remise en question. Car une croissance durable implique un équilibre social, une distribution équitable du produit national.
Cette ignorance vaut également pour la base indispensable de toute activité économique, l’environnement naturel. La croissance se construit par prélèvement sur le capital des ressources non renouvelables. Notre économie est prédatrice ; elle se nourrit de biens Ð l’air, l’énergie, l’eau, le sol, les matières premières Ð qui viendront à manquer pour soutenir la croissance future.

Un Etat fort

En Suisse, le développement durable fait maintenant partie du vocabulaire politique. Mais au-delà du discours, il n’influence pas les décisions des autorités et des acteurs économiques. Pour preuve, la nature des mesures proposées pour améliorer la compétitivité du pays. Il n’est question que de baisse de la fiscalité, de libéralisations, de limitation des dépenses sociales, de déréglementations, comme si la croissance ne dépendait que de la somme des efforts individuels. Or elle relève d’abord d’une volonté collective, d’une stimulation de la volonté d’entreprendre dans un cadre politique qui veille à la préservation des équilibres sociaux et environnementaux. Elle implique un Etat fort, capable d’imposer les régulations indispensables face au foisonnement des actions individuelles. Une croissance désordonnée, fondée sur la seule liberté des individus, ne peut s’établir dans la durée. Car les coûts qu’elle induit vont tôt ou tard conduire à son asphyxie. jd

Sur ce thème on peut consulter l’excellent numéro hors série (n° 53) d’Alternatives économiques (www.alternatives-economiques.fr).

Recommander cet article
logo creative commmons license creative commons

La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/2470 - Merci

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.

Le Kiosque de DP

RSS email icon

Das «beste Gesundheitssystem» wird zum Lazarett

Das Schüren von Angst macht krank. Ärzte wissen das. Trotzdem malen ihre Fachgesellschaften schwarz und machen Gesunde zu Kranken (Infosperber)

icone lien Lire l'article

Lackmusprobe für Bundesrat Alain Berset

Die Pharmaindustrie lobbyiert für höhere Medikamentenpreise. Der starke Franken mache ihr zu schaffen – in Wahrheit profitiert sie (Infosperber)

icone lien Lire l'article

«Um euren Finanzplatz mache ich mir keine Sorgen»

Griechenland wird laut Star-Ökonom Nouriel Roubini nicht das einzige Land sein, das die Eurozone verlassen wird. Weshalb er für die Schweiz deshalb kaum Gefahr sieht, erklärt er im Interview mit Tagesanzeiger.ch/Newsnet

icone lien Lire l'article

«Die Asylverfahren sind kafkaesk»

Migrationsexperte Thomas Kessler sagt, von der Schweizer Asylpolitik profitierten heute die Falschen. Er fordert einen Umbau unter linker Führung (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

«Die Politiker sind süchtig nach Moral»

Der Germanist Peter von Matt sieht die Affäre Hildebrand auch als Folge einer boulevardisierten Politik. Und gerade davon habe die Bevölkerung genug, wie die letzten Wahlen zeigten (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

D’une grande crise à l’autre: quelles ruptures politiques?

Peut-on tirer les leçons de la crise de 1929 ? (Le Monde)

icone lien Lire l'article

Freie Hand für die Vermögensverwaltung der Bundesräte

Sous réserve de légères restrictions, les membres du Conseil fédéral sont libres de gérer leur fortune privée (NZZ Online)

icone lien Lire l'article

Le drôle de destin de la taxe Tobin, des altermondialistes aux libéraux

Drôle de destin que celui de cette taxe, imaginée par un économiste libéral aux Etats-Unis en 1972, popularisée par les altermondialistes d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne), et portée par les socialistes européens, avant de se voir aujourd’hui défendue par des gouvernements libéraux comme ceux de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel (Le Monde)

icone lien Lire l'article

2012-2015: les enjeux sociaux en Suisse

Ces quatre prochaines années, les débats seront vifs sur toutes les composantes du système social suisse : l’AVS, le deuxième pilier, la maladie, le chômage, l’invalidité et la pauvreté. Etat des lieux et des enjeux. Par Stéphane Rossini (Revue REISO)

icone lien Lire l'article