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Berne a besoin de la Romandie, l’inverse n’est pas nécessairement prouvé

L’auteur, qui a collaboré à DP dans les années 70, réagit à l’article de Pierre Jeanneret mis en ligne le 8 novembre

Photo keepps
Photo keeps (licence CC)

Le Vaudois (depuis trois générations) Pierre Jeanneret aurait-il la nostalgie de l’ancien baillage bernois? Il évoque avec une telle tendresse ses relations avec la Ville fédérale qu’on pourrait le soupçonner.

Mettons rapidement les choses au point. Berne est incontestablement une très belle ville. Ses habitants sont pour la plupart charmants et même hospitaliers. Le personnel de ses commerces est en général accueillant et n’hésite pas à venir au secours du chaland francophone en lui répondant dans sa langue. Mais ces qualités-là doivent certainement plus à un esprit d’entreprise bien compris qu’au bilinguisme institutionnel bernois. Et ensuite, c’est aller vite en besogne d’affirmer que ces caractéristiques individuelles justifient le statut de pont entre la Suisse alémanique et la Romandie que s’arroge la Berne cantonale pour justifier sa main mise sur ses territoires jurassiens.

Le journaliste José Ribeaud, rédacteur en chef du Téléjournal romand à Zurich de 1974 à 1982, aujourd’hui retraité dans cette ville, fait un sort à cette prétention bernoise dans un article bien documenté du Quotidien jurassien (9.11.2013): Berne canton-pont, une imposture.

Or, ce n’est pas le bilinguisme du canton de Berne qui l’amène à ambitionner de représenter un lien entre la Suisse alémanique et la Romandie. Les faits d’ailleurs sont têtus, ce canton a très rarement voté comme la Suisse romande dans les grands débats fédéraux. C’est par opportunisme que Berne souhaite avoir un pied dans les deux régions linguistiques. C’est en effet par intérêt (égoïste diront certains) que ce canton cherche à se donner ce rôle de pont culturel. Sans cette dimension, convoitée plus qu’effective, Berne ne serait qu’un canton alémanique comme les autres. Pourtant siège de la capitale du pays, il a en effet progressivement perdu son influence politique au profit de Zurich, véritable centre national de décision.

C’est vrai que sans ses districts francophones, la Berne cantonale serait nue. Elle ne pourrait plus utiliser son bilinguisme pour justifier ses ambitions géopolitiques. Mais, avec ou sans ses 5% de francophones du Jura bernois, le canton de Berne a et aura toujours besoin de s’appuyer sur la Romandie pour exister en Suisse. Cela ne lui donne toutefois aucune légitimité à apparaître comme seul garant de l’équilibre confédéral.

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Discussion

  • 1
    Jeanneret Pierre

    Hormis le 1er § au ton ad personam un peu déplaisant, qui me fait passer pour un sujet nostalgique, voire un laquais des anciens baillis bernois, l’argumentation de Jean-Claude Crevoisier est intéressante. Je pense cependant qu’il se trompe sur un point: le véritable danger pour la Romandie, ce n’est pas Berne, mais bien Zurich, qui fait souvent preuve d’une singulière arrogance (The Unique Airport !) et d’un certain mépris des minorités linguistiques (enseigner l’anglais aux enfants avant le français). Comment peut-on, par ailleurs, se battre contre la toute-puissance des banques et du Vorort et «se réjouir» (certes, J.-C. Crevoisier ne va pas si loin, et je ne veux pas lui faire un procès d’intention) du poids croissant de ce canton à 100% alémanique, par rapport au canton à la situation centrale qui loge la Ville fédérale? Je ne saisis pas très bien cette logique. Je reste donc convaincu, à tort ou à raison, qu’un canton de Berne fort et bilingue reste un allié potentiel pour les Romands.

  • 2
    Laurent Ducommun

    Chaudefonnier de naissance, j’ai toujours été proche du canton du Jura et du Jura bernois…   Mais du résultat de la votation du 24 novembre prochain, je dois dire, je m’en bats l’œil avec une patte de coléoptère panée.
    D’après les informations que nous avons, il semble que la jeune génération jurassienne a le même avis que moi. Et elle a bien raison, d’après moi.
    Les citoyens ordinaires ont envie d’avoir des réponses concrètes à de vrais problèmes.
    Et la structure politique de la Suisse ne s’y prête plus. Dans le canton de Neuchâtel on veut encore résoudre de vrais problèmes politiques régionaux (liaisons ferroviaires, hôpitaux,…) par des solutions cantonales, alors que ces questions (et les solutions à envisager) débordent largement ce cadre.
     

  • J’ai sursauté moi aussi, comme beaucoup de Romands, à l’article réchauffé à la sauce très datée sur les liens de la Bern cantonale au côté romand de la Suisse.

    Peut-être pas formidable du point de vue distance par rapport au sujet, mais je vois très concrètement devant mes yeux le gros tas de graviers silicatés barrant le milieu de la bretelle non-achevée de La Heutte sur l’unique route cantonale bernoise remise à neuf dans mes plus jeunes années soit début 60s, la montée de la Gorge de Frinvilliers ou Taubenloch. Soit 3 1/2 km du haut de Bienne à Péry, serpentueux comme la route Kandersteg – Üschenalp qui sert à la désalpe et une dizaine de chalets. Pendant 40 ans de 1960 à 2002 le tas de gravier attendait avec beaucoup d’intérêt qu’une pêle cantonale s’égare dans ces parages pour venir confirmer l’immense considération du gouvernement bernois à la Romandie.
     
    À l’inverse de ma famille très engagée dans le camp autonomiste, j’aurais en 1974 refusé l’éclatement de cette petite région et voté blanc -sous les quolibets de mes parents mais j’avais 15 ans et je me suis épargné cette incartade. Je suis en partie d’accord avec l’analyse que la priorité actuelle dépasse les frontières cantonales, et relègue donc cette question territoriale jurassienne dans le fond de la pile des dossiers. Comme les fusions de communes où 3 ans de travaux permettent parfois de regrouper une dizaine d’entités de 500 à 2’000 habitants en un nouveau « centre régional » de 7’000 citoyens habilités à choisir la couleur du chasse-neige et surveiller l’épandage approprié des fosses à purin. Nous vivons dans ce pays où les responsables des cantons se triquent pour baisser les forfaits fiscaux des fortunés, et les caisses-maladies découpent des tarifs ne recoupant pas même les limites cantonales pour mettre les clients à la coupe.
     
    Et enfin les deux parties Jura et Jura bernois ont envoyé à la commission interjurassienne leurs forces vives pour coordonner la procédure actuelle, dont la légitimité incontestable devrait rabattre les caquets si bien pensants qui font semblant « d’avoir réfléchi » à la question.
     
    Les anciens « antiséparatistes » en perdent leur racine – nominale en tout les cas – puisque leur vote va aboutir à une partition supplémentaire du territoire qu’ils prétendent défendre, sans aucune vraie réflexion.

    Effectivement la majorité de nos représentantes-s des deux entités actuelles ont mis sur pied cette procédure et en respect de leurs travaux approfondis il s’agit aujourd’hui de nous donner le droit de mener la réflexion, et le projet d’avenir régional commun au bout, notre investissement affectif et dans le concret économique est à ce prix.

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