Mode lecture icon print Imprimer

Une fin de législature au risque de l’immobilité

Un tour d’horizon à deux ans des élections fédérales

Photo Cha già José Photo Cha già José (licence CC)
icone auteur icone calendrier 29 août 2013 icone PDF DP 

Thématiques

Au cours de la deuxième moitié de la législature 2011-2015, le Parlement peinera à faire avancer les dossiers en attente. D’une part, ces dossiers sont hautement conflictuels. D’autre part, l’échéance électorale de l’automne 2015 ne va pas favoriser la recherche de solutions consensuelles, chaque formation cherchant plutôt à se distinguer de ses concurrentes.

Les élections fédérales de 2011 ont sensiblement modifié le visage du Parlement. Jamais depuis l’introduction de la proportionnelle en 1919, la répartition des sièges entre les partis n’avait connu de telles modifications: pas moins de 41 fauteuils ont changé de couleur politique. La droite nationaliste s’est affaiblie ainsi que les libéraux-radicaux et les démocrates-chrétiens, au profit des Verts libéraux et du parti bourgeois démocratique. Par ailleurs, l’aile droite du PDC a été réduite à la portion congrue. Le Parlement n’en est pas pour autant dominé par une majorité de centre gauche. L’examen des votes de ces deux dernières années montre au contraire une grande diversité d’alliances selon les objets en jeu, une constante de la vie politique fédérale. Au Conseil des Etats, parce que les sénateurs sont moins soumis à la discipline partisane et grâce au résultat historique de la gauche – 11 socialistes et deux Verts -, le résultat des votes est devenu plus imprévisible. A noter qu’à nouveau les extrêmes conjugués (PS et UDC) disposent d’un droit de veto à la Chambre basse.

La réforme de l’armée, entamée depuis des années et jamais terminée, va buter sur deux obstacles. Le Conseil fédéral persiste à limiter le budget militaire à 4,7 milliards, 300 millions de moins que le désire le Conseil national. Cette dispute sur l’enveloppe budgétaire s’ajoute à l’incapacité des élus à définir une politique de sécurité et à dessiner une armée apte à la servir. Le risque est grand de voir prévaloir quelques années encore le statu quo grâce à l’alliance des conservateurs – la réforme va trop loin – et de la gauche – elle est insuffisante.

Quant à la nouvelle stratégie énergétique, l’alliance de centre gauche qui a sonné le glas du nucléaire risque bien de se disloquer lors de l’examen des mesures propres à concrétiser cette politique. Les désaccords portent aussi bien sur la rigueur des prescriptions à adopter que sur le rôle respectif des incitations et des obligations, sur l’importance des concessions environnementales nécessaires au développement des énergies renouvelables et le degré d’indépendance énergétique à viser. Et les parlementaires n’ont toujours pas fixé la durée de vie maximale des centrales nucléaires.

Le projet ambitieux de réforme de la prévoyance vieillesse élaboré par Alain Berset se heurtera aux réticences de la gauche, défenseuse des acquis, et d’une droite obsédée par les seules économies à réaliser. Une droite qui, en matière de santé, persiste à croire aux vertus de la concurrence et croit pouvoir introduire la liberté de contracter en faveur des caisses. Une droite qui refuse d’entrer en matière sur un contre-projet à l’initiative pour une caisse unique avant même que le Parlement soit saisi d’un projet concret.

Le Conseil fédéral aura fort à faire pour que les Chambres adoptent un nouveau cadre légal pour la place financière, répondant aux standards internationaux. L’échange automatique d’informations, comme sur le plan intérieur la levée du secret bancaire en matière fiscale, verra monter au créneau celles et ceux pour qui la défense de la sphère privée passe d’abord par celle du porte-monnaie.

Enfin l’évolution de nos rapports avec l’Europe souffrira de la cacophonie des partis face au projet de mandat de négociation proposé par le Conseil fédéral et à la surenchère souverainiste à laquelle il a donné lieu.

La deuxième moitié de la législature est donc exposée au danger de l’immobilisme, alors que la Suisse est embarquée dans une guerre de mouvement. A moins que des alliances de raison, variables elles aussi, répondent à l’urgence de bouger.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/24123
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/24123 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.