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Armement des soldats suisses à l’étranger: L’alliance objective des adeptes d’une Suisse rêvée

La campagne avant la votation du 4 juin sur l’opportunité d’envoyer des soldats suisses à l’étranger a démarré en force. Est posée une question simple : dans quel monde vivons-nous et comment la Suisse veut-elle agir sur son environnement international ?

L’Association pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) et le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) combattent la révision de la loi militaire pour des raisons différentes. Mais ils partagent tous deux la même conception d’une Suisse solitaire dans un monde irréel.
L’opposition de l’ASIN et de l’Union démocratique du centre n’étonne pas. L’un comme l’autre ont fait de l’isolement international de la Suisse Ð non à l’ONU, non à l’Europe, non à l’EEE, non aux accords bilatéraux Ð leur fonds de commerce. Elles cultivent la peur latente d’une partie de la population face aux changements de la situation internationale induits par la fin du monde bipolaire. Mieux vaut ne pas se mêler des affaires de ce monde, observer ses soubresauts derrière nos volets mi-clos. Et attendre de pied ferme l’ennemi à nos frontières.

Une position de repli et d’isolement

Une telle position ne résiste pas à l’analyse des faits et néglige les intérêts vitaux du pays. C’est bien pourquoi l’ASIN et l’UDC, pour convaincre, sont contraints de sortir l’artillerie lourde du mensonge et de la fantasmagorie. Mensonge lorsqu’ils prétendent que l’envoi de soldats à l’étranger conduit directement à l’adhésion de la Suisse à l’OTAN. Fantasmagorie quand la publicité des référendaires aligne les croix d’un cimetière militaire digne de la seconde guerre mondiale : « Sacrifier nos fils pour des conflits à l’étranger ? ». L’ASIN ne tolère le cimetière que pour le repos des soldats tombés pour la défense de notre liberté, c’est-à-dire de notre territoire. Autant dire qu’elle défend la perte zéro et compte sur le sacrifice de soldats étrangers puisque, à vues humaines, aucun adversaire ne franchira nos frontières avant de s’être heurté à des forces armées européennes. C’est là que réside la malhonnêteté fondamentale de cette position de repli et d’isolement ; faire croire que nous sommes seuls maîtres de notre sécurité alors qu’en cette matière nous dépendons étroitement des autres ; laisser entendre que l’armée suisse peut valablement s’exercer sur un territoire exigu, alors qu’aujourd’hui déjà nos troupes doivent se rendre en Suède, en Sardaigne, en Grande-Bretagne et en Autriche pour disposer d’espaces suffisants.
Le combat du GssA n’étonne pas non plus. Une organisation qui s’est donnée pour but la suppression de l’armée ne peut que s’opposer à toutes les manifestations de cette institution honnie. Quitte à faire preuve d’angélisme en exigeant de la Suisse qu’elle se limite aux seules actions pacifiques préventives. Toujours le Sonderfall ! Comme si les conflits armés n’existaient pas. Et de peindre le spectre d’un engagement helvétique dans le style de la « Tempête du désert ». Encore la fantasmagorie !
Qu’une partie de la gauche, notamment romande, cède à ce pacifisme béat laisse pantois. Ouverte à un véritable engagement de notre pays sur la scène internationale et plus particulièrement européenne, la voilà paralysée dès lors que cet engagement prend couleur militaire. Or il faut le répéter sans relâche, l’envoi de soldats suisses à l’étranger obéit à des conditions tellement strictes qu’on peut parler d’une solidarité internationale minimale. Opérations de maintien de la paix uniquement et non d’imposition de la paix ; sous l’égide exclusive de l’ONU ou de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et conformes aux principes de notre politique étrangère et de sécurité ; avec l’accord du Parlement si le contingent est supérieur à 100 hommes Ð uniquement des volontaires Ð ou si l’intervention dure plus de trois semaines.
Les récentes interventions internationales armées sont loin de convaincre totalement. Maladroites et hésitantes, elles visent souvent à rattraper les effets négatifs d’un manque de courage et de perspicacité politiques. Mais au-delà de tous les calculs d’intérêts, elles témoignent aussi d’une volonté nouvelle de refus de la force comme moyen de résolution des conflits internes et interétatiques. Et ce refus implique parfois la force.
C’est à l’impuissance et au discrédit que se condamne une gauche atteinte du syndrome des mains propres. Surtout si, idiote utile, elle contribue à faire triompher les thèses isolationnistes de la droite nationaliste. jd

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