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Une conception réactionnaire de la famille

Sous une querelle de déduction fiscale, l’UDC promeut une Suisse mythique qui n’existe pas

Avec son initiative populaire, qui sera traitée lors de la session parlementaire spéciale d’avril, l’UDC prétend défendre les familles. En réalité c’est une conception rétrograde de la famille qu’elle cherche à promouvoir.

Rien de tel pour faire passer un projet que de le présenter dans l’emballage du sens commun. Depuis 2010, la loi fédérale sur l’harmonisation des impôts directs exige des cantons qu’ils accordent une déduction aux parents qui confient la garde de leurs enfants à des tiers. L’UDC s’était opposée à cette mesure, ce qui montre bien son peu d’intérêt pour le sort des familles. Aujourd’hui elle crie à la discrimination et demande que les familles qui assument elles-mêmes la garde de leur progéniture bénéficient du même allégement fiscal. Simple question de justice.

Mais voilà, le bon sens n’est qu’apparent. Soit deux familles à revenu égal: celle qui confie ses enfants à une structure extra-familiale voit son revenu diminuer. L’allègement fiscal dont elle bénéficie ne fait que rétablir l’équilibre. Alors qu’alléger la charge fiscale de la famille assumant elle-même la garde, c’est augmenter son revenu. La discrimination n’est donc pas là où la voit l’UDC.

En réalité, avec cette initiative, l’UDC poursuit son combat idéologique en faveur d’une conception traditionnelle de la famille – l’homme à l’usine, la femme à la cuisine. Une conception fort éloignée de la réalité, puisqu’en Suisse plus des trois quarts des femmes exercent une activité professionnelle. Mais, de cette réalité l’UDC n’a cure. Il suffit de parcourir les textes à ce sujet sur son site Internet pour comprendre l’aveuglement de ce parti, un aveuglement qui confine à la paranoïa. Confier la garde de ses enfants à des tiers, c’est refuser d’assumer sa responsabilité parentale. Ces tiers sont assimilés à l’Etat qui, par le biais des crèches, exerce un contrôle sur les familles. Le lider maximo du parti n’hésite pas à parler des «parents qui se débarrassent de leurs enfants» et fait référence aux dégâts causés par les champions de l’éducation collective, les nazis et les communistes. Les structures extra-familiales relèvent d’une volonté étatique de confisquer la tâche éducative qui incombe naturellement aux parents.

Le slogan de «l’étatisation des enfants» a déjà permis d’enterrer le modeste article constitutionnel sur la famille qui aurait favorisé l’indispensable développement des structures d’accueil. Il s’agit de faire échec à cette nouvelle attaque contre les familles réelles. L’engagement de l’UDC en faveur de la famille traditionnelle s’inscrit très logiquement dans son combat pour une Suisse mythique: une Suisse souveraine alors que notre pays, de par sa situation géographique et son économie, est très largement dépendant de l’étranger; une Suisse préservée de la présence étrangère alors que notre prospérité est depuis très longtemps tributaire de l’immigration.

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Discussion

  • Quel est le parti politique qui ne fait pas des propositions se fondant sur une « Suisse mythique qui n’existe pas » ? Même celui auquel je paye ma cotisation…., et c’est heureux… En effet, la sclérose et la mort par manque d’imagination sont-elles un idéal à promouvoir?

  • Les envolées mathématiques de J.D. Delley m’étonnent: Des « deux familles à revenu égal », l’une financera la garde de ses enfants et bénéficiera d’un allégement fiscal, mais qu’en est-il de l’autre? Elle générera une dépense d’énergie et de savoir sous forme de bénévolat, voire de manque à gagner; et pourquoi la tierce personne concernée (parent,…) ne jouirait-elle pas elle aussi d’un abaissement fiscal ou d’une forme palpable de rémunération?
    Si les familles-type concernées étaient toutes respectivement pauvres et riches, on comprendrait éventuellement un geste social de redistribution fiscale, mais ce n’est pas le cas ici. Vous faites passer les parents qui souhaitent assurer eux-mêmes la garde de leurs enfants pour des ploucs rétrogrades. Je crains que la vue de la seule étiquette UDC vous fasse perdre une partie de votre sens critique.
    L’enjeu central est l’encouragement de la natalité, couplé à un système éducatif et de formation irréprochable, pour compenser le vieillissement de la population locale. En d’autres termes, il s’agit d’offrir aux futurs parents la possibilité d’optimaliser leurs activités professionnelles et parentales, oui, une certaine « prime à l’élevage ». Sur ce point, il y a je crois un large consessus, et je vous encourage à traiter ce sujet de la natalité.
     

  • 3
    Sabine Estier says:

    Cette analyse de l’allégement fiscal pour garde familiale me semble trop rapide. Le fait que la proposition vienne de l’UDC qui véhicule une vision passéiste de la famille ne  permet pas une réflexion sereine. Et pourtant. Imaginons les cas où père et mère réduisent un peu leur temps de travail,  car ils souhaitent s’occuper de leur enfant à la maison durant 6 mois, 8 mois, peut-être un an. Ils font un gros effort d’organisation professionnelle et familiale, diminuent leur revenus alors que leurs charges augmentent avec la venue d’un enfant. Mais ils n’auront pas droit à un allègement fiscal, alors que leurs voisins qui conservent leurs 200% de revenus pourront déduire leurs frais de garde!
    L’Etat doit avoir une position de neutralité quant au choix de vie des familles.  Mais de plus en plus,  notre société  pousse à développer un seul modèle: celui où les 2 parents travaillent à  100% et où les enfants sont pris en charge à l’extérieur à 100%. Au bénéfice principal de l’économie!
    En tout cas pas au bénéfice de l’harmonie familiale:  les parents qui, travaillant les deux à 100%, ont pratiqué cette « solution idéale » connaissent le stress de devoir enfiler 5 journées marathon avec des touts petits de 6 ou 8 mois dont on n’arrive pas à respecter le rythme!
    Certes, il est dur de tenir ces raisonnements sans être assimilé à l’UDC. C’est bien dommage. La Suède est en train de revenir du 100 %  en crèche pour les tout petits. Il est vrai que les Suédois disposent du congé parental.  La Suisse ferait bien elle aussi d’y penser!

  • 4
    Alex Dépraz says:

    L’analyse mathématique est correcte si l’on prend des contribuables qui ont un revenu égal. Voilà un exemple:

    Un couple A où Mr gagne 50 et Mme gagne 50 (soit au total 100) et qui paie 20 pour ses frais de garde aura un revenu imposable théorique de 100 mais un revenu disponible de 80.
    Un couple B où Mr gagne 90 et Mme gagne 10 (soit au total 100) et qui n’a aucune dépense de frais de garde aura un revenu imposable théorique et disponible de 100

    Le droit actuel permet au couple A de déduire une partie de ses frais de garde (le revenu imposable sera donc inférieur à 100) mais pas au couple B (qui restera imposé sur un revenu de 100). Avec l’initiative de l’UDC, le couple B pourra bénéficier lui aussi d’une déduction.

    Le problème posé par cette initiative est qu’elle permet une déduction fondée sur une dépense fictive alors qu’une déduction n’a de sens fiscalement que lorsqu’elle correspond à une dépense effective, sinon on crée des inégalités.

  • “Une déduction n’a de sens fiscalement que lorsqu’elle correspond à une dépense effective, sinon on crée des inégalités”: voilà qui amène de l’eau au moulin des partisans de la suppression de l’impôt locatif qui est la situation miroir (un alourdissement du revenu imposable qui ne correspond à aucune recette effective)…

    Le raisonnement sur lequel est fondé l’article me semble faux en ceci que la déduction fiscale des frais de garde a pour but d’éviter une inégalité entre ménages de revenu identique avec ou sans enfant: celui qui a un enfant ne doit idéalement pas se retrouver avec un revenu disponible après impôts inférieur à celui sans enfant. L’initiative, elle, a simplement pour effet d’établir l’égalité entre internalisation du coût que représente la garde d’un enfant (en renonçant à monétiser une capacité de travail disponible) et externalisation (par utilisation d’un revenu pour payer des frais de garde).

  • Pourquoi se préoccuper autant de la garde des enfants, alors que l’Etat vient de les prendre partiellement eux parents depuis l’âge de trois ans, pour les envoyer à l’école soi-disant obligatoire. Là est la destruction des familles.

    • 6.1
      Pedro del Río says:

      Cher/chère Gindrat, si ça peut vous rassurer, il y a plein de pays et au moins un canton en Suisse où il est normal d’aller à l’école à trois ans et demie et où les familles ne sont absolument pas détruites, voire elles semblent être plus unies qu’en Suisse nordalpine. Moi-même, je suis allé à l’école enfantine à cet âge il y a cinquante ans. Même chose pour ma sœur quelques années plus tard. Je suis né dans une famille ouvrière et PDC, pas intello de gauche, et ma mère ne travaillait pas à l’époque; mais au Tessin on considère depuis toujours qu’il est bien pour les enfants de ne pas rester tout le temps avec leur parents. Je fréquente intensivement l’Espagne depuis une dizaine d’années, où les enfants vont à l’école à partir de quatre ans et à la garderie deux ou trois ans plus tôt. Il me semble clairement que les familles sont en général bien plus unies au Tessin ou en Espagne qu’en Suisse française ou allemande, deux régions que je connais assez bien pour y avoir vécu longtemps. Je ne vois donc pas en quoi la diminution de l’âge de scolarisation amènerait à la destruction de la famille.

  • 7
    francoise buffat says:

    Certes, l’argumentation de l’UDC dénote une conception rétrograde la famille. Mais la vôtre me paraît trop idéologique pour être convaincante.
    Soit deux familles de situations comparables. Mas celle où a la mère a décidé de rester au foyer pour élever ses jeunes enfants aura forcément un revenu moindre, sans être forcément plus riche (ah que cette chasse aux riches m’horripile!). En outre, en gardant elle-même ses enfants, la famille fera faire des économies à la collectivité. Il serait donc équitable qu’elle bénéficie du même allègement fiscal que ceux qui confient leurs enfants à la crèche. Je suis fondamentalement pour la liberté de choix, mais pas pour l’inéquité fiscale. 

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