La globalisation n’a pas bonne presse. Comme tous les phénomènes définis de manière floue, elle se prête particulièrement bien aux interprétations les plus contradictoires. Et, dans une époque marquée par des changements rapides et importants, donc génératrice d’incertitude et de craintes, la globalisation constitue un bouc émissaire commode.
Dans son dernier ouvrage*, Thomas Bernauer, professeur de relations internationales à l’Ecole polytechnique de Zurich, soumet tous les lieux communs sur la globalisation à l’épreuve de l’analyse empirique. Un exercice salutaire qui démasque de nombreux mythes, bulles spéculatives intellectuelles qui dispensent de comprendre la réalité actuelle. Citation de trois lieux communs passés à la critique.
La politique ne fait plus le poids face à l’économie qui lui dicte sa volonté . Tous les indicateurs montrent au contraire un accroissement de l’activité étatique. Dans la plupart des pays, la quote-part de l’Etat au produit national n’a jamais été aussi haute. Les normes de protection de l’environnement et des consommateurs se renforcent continuellement et la thèse de la délocalisation des entreprises vers des pays écologiquement plus laxistes ne trouve pas de confirmation empirique.
La globalisation provoque le chômage et le démontage des protections sociales. Le chômage résulte d’abord des changements technologiques et des erreurs politiques dans la conduite de l’économie. En Suisse, par exemple, la Banque nationale a par trop réduit la masse monétaire par peur de l’inflation. Quant aux dépenses sociales, elles ne cessent de croître. Bernauer avance l’hypothèse d’un accord implicite entre la population et ses autorités : la première admet l’ouverture économique, la libéralisation des échanges contre une couverture accrue par l’Etat des risques liés à la mondialisation.
La globalisation conduit à une concurrence fiscale sans pitié qui diminue les ressources des collectivités publiques. En fait la charge fiscale ne baisse pas. Par contre les formes d’imposition changent : on observe un recul de l’imposition du capital et une progression de celle de la consommation. jd
*Thomas Bernauer, Staaten im Weltmarkt. Zur HandlungsfŠhigkeit von Staaten im Zeitalter wirtschaflicher Globalisierung, éd. Leske-budrich, Opladen, 2000.





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