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Le succès de l’initiative Minder: une claque symbolique à la nomenklatura économique

Le peuple a manifesté son opposition aux salaires exorbitants servis aux dirigeants d’entreprises. Pourtant le texte adopté ne freinera pas la cupidité des managers

L’intitulé de l’initiative Minder «contre les rémunérations abusives» – la version allemande «gegen die Abzockerei» parle plus crûment d’accaparement – a fort bien traduit le mécontentement populaire. Les montants extravagants et indécents versés à des managers arrogants sont une insulte à tous les salariés qui contribuent à la création de richesse.

Les tergiversations parlementaires et les moyens considérables déployés au cours de la campagne par les adversaires de l’initiative n’ont fait qu’amplifier ce mécontentement. Les millions alignés par economiesuisse pour convaincre l’opinion n’ont pas suffi face aux 72 millions promis au retraité Vasella, comme l’a noté ironiquement un commentateur. La vague protestataire a noyé le débat technique; l’analyse comparée des textes de l’initiative et du contre-projet indirect, de leurs faiblesses et de leurs atouts respectifs n’a à coup sûr pas entamé le sentiment de colère si bien exprimé par l’entrepreneur schaffhousois Thomas Minder.

Reste que la campagne a occulté l’inadéquation du moyen proposé par l’initiative comme d’ailleurs par le contre-projet: pour limiter l’avidité des managers, il suffirait d’accroître le pouvoir des actionnaires. Or la conception de la démocratie actionnariale que se fait Thomas Minder n’est plus d’actualité. Les petits porteurs ne font pas la loi lors des assemblées générales des sociétés cotées en bourse. Ils peuvent certes exprimer leur mauvaise humeur, mais sont régulièrement majorisés lors des votes par les caisses de pensions et autres fonds de placement. Partout où il a été introduit, le vote consultatif ou obligatoire sur les rémunérations n’a que très rarement conduit à modérer l’appétit des dirigeants.

C’est ce que montre Constantin Seibt dans un essai éclairant (Tages-Anzeiger, 21.2). Dès la fin des années 1980, les gros investisseurs exigèrent des rendements élevés. C’est pourquoi ils portèrent au pouvoir des managers spécialistes de la réorganisation et de la rationalisation, rarement compétents dans le domaine d’activité de l’entreprise. L’objectif qui leur est fixé par les actionnaires: faire grimper le cours de l’action pour maximiser la «shareholder value». Ces mercenaires sont motivés par les bonus promis en cas de succès plutôt que par le développement à long terme de l’entreprise; le taux de rotation des patrons augmente alors rapidement. Voilà pourquoi il est illusoire d’attendre de ces actionnaires qu’ils modèrent l’appétit des dirigeants.

Le seul frein efficace à cette spirale salariale aurait consisté à plafonner le montant des rémunérations fiscalement déductibles pour les entreprises. Mais le Parlement n’a pas retenu cette solution.

Par ailleurs, l’initiative n’a pas pris en compte un acteur majeur de l’entreprise, les salariés, absents de l’organe de décision du partage des profits. Leur participation dans les conseils d’administration permettrait de mettre fin au face-à-face des actionnaires et des dirigeants, de mieux prendre en compte les intérêts à long terme des entreprises et de répartir plus équitablement la richesse produite.

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