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Ni polarisation ni écartèlement

Une étude de l’OFS confirme que la classe moyenne n’est pas malmenée

Pudiquement ou diplomatiquement, l’Office fédéral de la statistique (OFS) intitule une toute récente publication Regard sur la classe moyenne – évolution des groupes à revenus moyens de 1998 à 2009 quand il s’agit, en fait, d’une mise au point en relation avec des débats publics qui tirent à hue et à dia la notion de classe moyenne. Référence en particulier à l’étude d’Avenir Suisse consacrée à une classe moyenne prétendument malmenée que nous avions récemment discutée (DP 1977).

Quelles conclusions tire l’OFS de son analyse? «Les résultats obtenus […] ne corroborent pas les craintes souvent exprimées dans le débat public au sujet de la classe moyenne. Ainsi, la thèse d’une polarisation des groupes de revenus, avec pour corollaire une classe moyenne en perte de vitesse, ne se confirme pas. […] La thèse d’une classe moyenne trop ponctionnée ne se confirme pas non plus. Que l’on compare les groupes sociaux entre eux ou au cours de la période considérée, on ne constate pas que les groupes à revenus moyens subissent une pression particulièrement marquée due aux dépenses obligatoires. La charge que ces dernières représentent a en fait augmenté pour tous les groupes de la population.»

L’analyse de l’OFS retient le concept de «revenu équivalent» (appelé aussi «revenu brut pondéré en fonction des besoins») qui seul permet de comparer des ménages de compositions différentes: «Le revenu de chaque ménage est divisé par une «valeur d’équivalence»qui a pour effet de convertir ce ménage en un ménage d’une personne. La valeur d’équivalence s’obtient en attribuant à chaque membre du ménage un facteur de pondération: par exemple 1,0 à la première personne adulte du ménage, 0,5 aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 aux enfants de moins de 14 ans ».

Pas d’écrasement

Dans DP, nous avions donné la préférence à la répartition des ménages entre cinq quintiles – le premier quintile regroupant les 20% des ménages les plus modestes, le cinquième quintile les 20% les plus aisés, et les deuxième, troisième et quatrième quintiles englobant la classe moyenne. L’OFS préfère se référer à des seuils fixés par rapport à la médiane. Les ménages de la classe moyenne sont ceux dont le «revenu équivalent» est situé entre 70% et 150% de la médiane; en dessous, ce sont des ménages modestes, en dessus, des ménages aisés. Cette méthode est souvent utilisée dans les comparaisons internationales et elle a aussi l’avantage d’examiner la composition des groupes par rapport à une donnée (le revenu médian) qui reflète le niveau de bien-être matériel et qui change avec le temps.

L’évolution au cours de la période 1998-2009 se présente ainsi: la proportion des ménages modestes passe de 23,5% en 1998 à 20,0% en 2009; celle des ménages aisés de 19,5% à 18,7%, celle des ménages moyens supérieurs (entre 100% et 150% de la médiane) de 30,5% à 31,3% et celle des ménages moyens inférieurs (de 70% à 100% de la médiane) de 26,5% à 30,0%. L’évolution n’est cependant pas linéaire. La situation économique fournit des impulsions à la hausse et à la baisse dans chaque groupe. Mais ce sont des modifications de faibles amplitudes, qui ne montrent ni une polarisation entre les extrêmes ni un écrasement ou un écartèlement de la classe moyenne.

Conclusions rassurantes

Le revenu équivalent des ménages modestes est passé de 2’579 francs en 1998 à 2’819 francs en 2009, celui de la classe moyenne de 5’021 francs à 5’470 francs et celui des ménages aisés de 10’449 francs à 11’148 francs. Soit des hausses respectives de 9,3%, 8,9% et 6,7%. En 1998, le revenu équivalent des ménages aisés était 4,05 fois supérieur à celui des ménages modestes; en 2009, l’écart s’établit à 3,95 fois.

Ainsi, par quelque bout qu’on empoigne la question de la classe moyenne, et donc de celles qui sont au-dessus et au-dessous, on n’observe pas d’écartèlement ni de polarisation. La réalité est bien éloignée de certaines descriptions alarmistes que les médias répercutent volontiers.

Nous ne cacherons pas que les conclusions plutôt rassurantes auxquelles nous parvenions nous ont surpris, et que nous avons cherché plutôt deux fois qu’une si nous n’omettions pas un ou des éléments importants. Ça ne paraît pas être le cas. Ce qui nous conduit à considérer que finalement les systèmes helvétiques d’assurances et de redistributions sociales fonctionnent plutôt bien.

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Discussion

  • 1
    Michel Sébastien says:

    Ceci est certainnemnt rassurant. Mais il est possible de faire dire beaucoup de choses aux chiffres. Tout d’abord, l’information cruciale de l’évolution du niveau de vie des 4 classes ainsi formées (modeste, moyenne inférieure, supérieure et aisée) se trouve dans l’évolution de la médiane et des deux autres quartiles, chiffres qui ne figurent pas dans cet article. Il serait plus rigoureux de comparer l’évolution des quartiles plutôt que celle des 70 et 150% de parts et d’autres de la médiane. En effet ces dernières peuvent être influencées par des migrations globales des ménages entre modestes et moyennes inférieures, d’une par, et entre moyennes supérieures et aisées, d’autre part. Une information équivalente aux quartiles, serait l’évolution des quantiles correspondant aux 70 et 150% de la médiane. Cette information ne requérerait aucune modification méthodologique. Ensuite, n’oublions pas que les ménages très aisés se trouvent au-delà de 500% de la médiane, et qu’ils n’interviennent donc quasimment pas dans ces chiffres. Ces chiffres ne donnent donc aucune information pour évaluer une polarisation sociale entre classes modestes ou moyennes d’une part et les classes très aisées d’autre part. Il serait pourtant facile d’ajouter une classe de ménages très aisés pour aider à clarifier le débat public. Finalement, concernant la répartition des coûts au sein du ménage (1, 0.5 et 0.3 pour le premier adulte, les membres de plus de 14 ans et les enfants de moins de 14 ans, respecitvement): Dans les ménages où les deux adultes travaillent ou dans les ménages mono-parentaux, les coûts induits par les enfants en-dessous de 4 ans (et même après) sont bien plus élevés que le facteur de 0.3 utilisé à cause du besoin en aides diverses (garderies, mamans de jour, personnes conduisant les enfants à l’école, besoin d’un logement plus grand, frais scolaires, etc…). Ces coûts atteignent facilement un niveau similaire à celui du logement, et souvent le dépassent.  Les subventions aux familles dépendent, elles, très fortement de la classe sociale. Le facteur 0.3 devrait donc être fortement rapproché de 1 dans une bonne partie des classes moyennes et aisées, et dans tous les cas, 0,3 est une claire sous-estimation. Il est incompréhensible que ce paramètre, pourtant si important dans le débat public, soit simplement ignoré dans ces calculs.

Les commentaires sont fermés.