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Salaire minimum: le marché du travail rêvé par le Conseil fédéral

La problématique des très bas salaires que pose l’initiative syndicale est bien réelle

Photo SGB/USS
Photo SGB/USS (licence CC)

Faut-il introduire en Suisse un salaire minimum? L’Union syndicale suisse (USS) le demande par voie d’initiative populaire. Le Conseil fédéral propose au Parlement de rejeter cette initiative sans lui opposer un contre-projet. Il ne fait que répéter des arguments standard avancés depuis longtemps, mais que l’analyse des faits ne corrobore pas.

Pour le gouvernement, tout va bien. Nous connaissons un taux de chômage relativement bas, un taux d’activité et un niveau salarial particulièrement élevés et l’inégalité salariale la plus faible de tous les pays de l’OCDE. Le marché du travail fonctionne donc à satisfaction. Le partenariat social permet, par le biais des conventions collectives de travail (CCT), une distribution équilibrée des salaires qui tient compte des particularités des différentes branches économiques. Le Conseil fédéral reconnaît, certes, que la productivité insuffisante de certains travailleurs ne permet pas de garantir un niveau de revenu suffisant pour vivre. C’est alors à la politique fiscale et sociale d’intervenir pour corriger cette situation. La Neue Zürcher Zeitung (13 juillet 2011), fidèle gardienne de la doxa libérale, souligne qu’une intervention étatique dans la fixation des salaires contrevient aux principes fondamentaux de l’économie de marché.

Sur le partenariat social tout d’abord. La Suisse ne se distingue pas par un taux élevé de couverture conventionnelle. Environ la moitié des salariés sous contrat de travail de droit privé bénéficient d’une CCT et seuls deux tiers d’entre eux d’une CCT fixant un salaire minimum. Quelque 380’000 travailleurs touchent un bas salaire – défini statistiquement comme inférieur à 66% du salaire médian, soit moins de 3’840 francs par rapport aux 5’818 francs et plus que gagnent la moitié des salariés (chiffres 2008) – en particulier dans le travail domestique, l’hôtellerie-restauration, le commerce de détail et les services aux entreprises. Quand Johann Schneider-Ammann loue le «remarquable fonctionnement du partenariat social» et craint que l’introduction d’un salaire minimum limite la marge de manœuvre des partenaires sociaux, il occulte les lacunes de ce partenariat et l’impossibilité de le faire vivre en l’absence de partenaire patronal, par exemple dans le secteur du travail domestique et des services à la personne. Non, tout ne va pas pour le mieux.

Sur la politique sociale et fiscale ensuite. Ceux-là même qui renvoient à l’Etat le soin de compléter les salaires insuffisants pour vivre ne ménagent pas leur peine pour alléger la charge fiscale des hauts revenus et limiter les ressources des collectivités publiques. Ils s’offusquent de l’augmentation des dépenses sociales quand ils ne stigmatisent pas les «profiteurs» de l’Etat social. Qu’ils aient au moins la pudeur de la cohérence!

Le Conseil fédéral n’a pas daigné traiter avec sérieux le problème des bas salaires et des conséquences économiques et sociales qu’il entraîne. Si on peut douter que le Parlement se rallie à la proposition syndicale, il pourrait au moins remédier à l’indifférence gouvernementale en s’inspirant du projet actuellement en discussion chez nos voisins allemands: un salaire minimum fixé par une commission paritaire, obligatoire dans toutes les branches où une CCT ne l’impose pas et qui varierait selon les branches et les régions. Une solution qui tiendrait compte de la diversité des conditions auxquelles sont soumises autant les entreprises que leurs salariés.

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Discussion

  • 1
    Beat Bürgenmeier

    Bravo pour cet article. Les économistes respectables couverts de prix et bien représentatifs de l’économie libérale, comme Robert Solow, ont  compris et dit depuis fort longtemps que le marché de travail n’est pas un marché comme les autres. Il est régi par l’équité (« fairness »). Dans quelle mesure le salaire minimum peut contribuer à  la promouvoir doit forcément être évalué par rapport à des alternatives. Il est donc inacceptable de le refuser sans contre projet et au nom d’un  libéralisme économique mal compris.

  • Vous avez raison M. Delley. Le Luxembourg connaît aussi un salaire minimum. Mais les bourgeois n’ont pas l’exclusivité de la dureté sociale. Permettez-moi de mentionner que dans le cas de l’Allemagne, dans le cadre du fameux Agenda 2010 de Schröder qui a intentionnellement voulu un pan du marché du travail précaire (8 millions de travailleurs aujourd’hui), les syndicats et leurs « Tarifverträge » n’ont rien fait pour protéger le précariat qui croissait et qui va tout droit dans la pauvreté pour ses vieux jours. Au contraire, ils ont bétonné leurs CCT et accepté que sur la même chaîne de montage, un syndiqué et un précaire à contrat limité fassent le même travail avec une différence de salaire de 40 %. De même avec le régime Harz IV, ils ont accepté qu’un chômeur de longue durée doive d’abord utiliser ses économies avec d’avoir droit à une rente indigne. Le tout accompagné d’une réduction d’impôts pour les hauts revenus. L’Agenda 2010 était nécessaire, mais de telles  erreurs sociales sont impardonnables. Steinbrück, Steinmeier et Co le paient encore et doivent encore le payer. Ce parti des fonctionnaires a perdu son âme.  Il a intentionnellement attaqué le désir de cohésion sociale européenne. Que les Verts continuent à monter et que die Linke atteigne le corum de 5 % en octobre 2013. Pour une remise en question en profondeur du SPD. Le SPS et l’Union syndicale suisse ne doivent pas se planter avec le salaire minimum. Un parti socialiste sans principes de justice et d’égalité, il ne sert à rien. Le PDC tout comme la CDU allemande font aussi bien.

Les commentaires sont fermés.

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