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Forum : Un passeport pour les secondos

Les secondas et secondos (enfants de parents
immigrés, pour la plupart italiens et espagnols, ndlr) ont souvent
passé toute leur vie en Suisse : ils y sont nés, y ont grandi et achevé
leur formation. Pourtant ils restent, aux yeux de beaucoup des
étrangers au même titre que leurs parents immigrés. Cette seconde
génération est toutefois en majorité très attachée à la Suisse, même si
plus de la moitié d’entre eux ne possède pas de passeport helvétique.
Environ 400 000 étrangers sont des enfants ou des petits-enfants
d’immigrés. La plupart ne sont étrangers que sur le papier ; de cœur,
ils sont suisses. Pour les jeunes, il est tout particulièrement
important de savoir s’ils sont les bienvenus, s’ils appartiennent au
pays. La Suisse a tout intérêt à encourager une intégration pleine de
tous ceux qui y ont grandi. La naturalisation facilitée fait un pas
dans cette direction en reconnaissant le rôle important que jouent les
secondos dans l’avenir démographique, économique et socio-politique du
pays. Comme le montre son engagement au sein de notre association, la
deuxième génération est prête à assumer cette responsabilité.

Suisses sans papiers
Un
grand nombre de pays européens et quatorze cantons suisses connaissent
depuis de nombreuses années la naturalisation facilitée pour les jeunes
étrangers de la deuxième génération. Cette pratique a fait ses preuves.
Le 26 septembre, la Suisse votera sur sa généralisation à l’ensemble du
pays. Les deux projets de loi tiennent compte de l’inadéquation entre
le lieu de résidence et de socialisation (Heimat) des enfants ayant
grandi ici et leur nationalité. Favoriser l’intégration politique et
donner une perspective claire aux descendants d’immigrés est un
objectif souhaitable. Les secondos aimeraient recevoir un signal clair
d’une Suisse prête à devenir leur patrie avec toutes les conséquences
qui en découlent. Après deux tentatives similaires en 1983 et 1994, il
est temps ! Le présent et l’avenir de ces Suisses sans passeport se
trouvent dans ce pays – à plus juste titre encore celui de leurs
enfants. Un passeport suisse améliore leurs perspectives sociales et
professionnelles. Sans lui, ils restent des étrangers ici, comme dans
le pays d’origine de leurs parents.

Vivre la démocratie
Pour
les enfants des secondos, c’est-à-dire les petits-enfants d’immigrés,
nous souhaitons la nationalité suisse à la naissance. Cette troisième
génération n’a pratiquement plus de lien avec le pays d’origine de ses
grands-parents. Son statut est artificiel. Les lois soumises au peuple
remplaceraient, dans ce cas, le jus sanguinis par le jus soli. Quand
les opposants – pour ne pas nommer l’UDC – affirment que l’obtention de
la nationalité à la naissance, et ce uniquement pour les enfants de la
troisième génération, autorise la distribution massive de passeports à
des étrangers, ils méconnaissent la réalité. Ces enfants ne sont pas
différents des enfants suisses. Avec environ 2 500 naissances par an,
ils ne constituent pas non plus l’essentiel des naturalisations. Avec
une introduction partielle du droit du sol, la Suisse adopterait
également une vision contemporaine de la nationalité. La démocratie est
vivante lorsque les personnes qui vivent dans un pays peuvent y voter.
La Suisse ne peut plus se soustraire à la question de savoir si la
deuxième et la troisième génération sont définitivement des membres à
part entière de la société ou s’ils doivent garder un statut inférieur.
Seule la première alternative assure la cohésion sociale et la
légitimité de l’ordre politique. Une démocratie moderne vise
l’intégration et l’égalité de traitement de tous. Qui veut développer
la démocratie doit déposer un triple oui dans l’urne le 26 septembre.
Toute autre attitude irait à l’encontre de la démocratie.

Natalie Avanzino
Présidente et membre fondatrice du réseau Secondo

Traduction de Carole Faes

Les
secondas et secondos sont de jeunes adultes, qui ont aujourd’hui entre
18 et 40 ans, nés de parents étrangers ou arrivés en Suisse encore
enfants. Samir, cinéaste zurichois de père irakien, a lancé le mot en
1993 dans un documentaire intitulé Babylon 2. Le terme a monopolisé les
médias alémaniques après un 1er mai 2002 agité. Les secondos ont été
accusés, à tort, d’avoir orchestré les désordres. Depuis c’est aussi le
nom revendiqué par différentes associations, avec humour et sens du
marketing, pour tous ceux qui se sentent à la fois suisses et étrangers
et qui demandent des procédures de naturalisation facilitée. Phénomène
plutôt suisse alémanique, il touche, sans le dire, bon nombre
d’immigrés en Suisse romande.

www.igsecondas.ch (association secondas)
www.secondo.net (réseau secondo)

A lire également :
Claudio Bolzman, Rosita Fibbi, Marie Vial, Secondos – Secondas, Seismo, Zurich, 2003.

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