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Les paysans sont faits pour l’Europe!

Un livre pose un regard décapant sur la politique agricole, la Suisse et l’UE

icone auteur icone calendrier 3 décembre 2012 icone PDF DP 

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«Les agriculteurs clairvoyants et judicieusement conseillés devraient être les plus chauds partisans d’une adhésion pleine et entière de la Suisse à l’Union européenne.» C’est ce que ne craint pas d’écrire l’ancien directeur de la Chambre vaudoise d’agriculture dans un livre (disponible chez l’auteur).

Jacques Janin critique les leaders politiques, apeurés par l’avancée de l’UDC, qui ont caché leur drapeau européen estimant qu’il leur fait perdre des voix. Mais, face au blocage programmé des négociations avec Bruxelles, il est convaincu que les parlementaires et le Conseil fédéral devront modifier leur discours. Les récentes déclarations de Christophe Darbellay, favorable à un nouveau vote sur l’EEE, viennent confirmer ces prévisions.

L’intérêt central du livre La Suisse et l’Union européenne sont faites l’une pour l’autre réside dans l’analyse du dossier agricole. Il y a plus de vingt ans que, sous la pression des négociations commerciales internationales, la Suisse a compris qu’elle ne pouvait plus maintenir son agriculture déconnectée des marchés.

Pour Jacques Janin, le libre-échange agricole mondial est insensé au vu des énormes disparités de conditions naturelles, structurelles et sociales d’un continent à l’autre. Il est en revanche possible avec l’Europe où les conditions sont comparables. Depuis les années 90, la politique agricole de la Suisse a d’ailleurs été déterminée par le rapprochement des prix de production à ceux de l’Europe. A juste raison.

Aujourd’hui, la quasi-totalité de ce que nous mangeons sont des produits alimentaires transformés. Comme le marché suisse est très étroit, l’industrie alimentaire ne peut atteindre la taille critique que par l’exportation. L’accès aux marchés étrangers ne lui est possible que si elle peut acquérir la matière première suisse à des prix compétitifs ou, à défaut, si l’Etat subventionne les importations, comme c’est le cas avec ce qu’on appelle la loi chocolat. Or cette loi est condamnée à disparaître par les négociations de l’OMC.

Si l’agriculture suisse ne veut pas s’étioler, elle doit devenir eurocompétitive. C’est pourquoi le Conseil fédéral tente de négocier un accord de libre-échange agricole (ALEA)  avec Bruxelles. A l’origine de ce projet, on trouve Hans Burger, ancien directeur de l’Office fédéral de l’agriculture et son second, Michel Pellaux, auxquels se sont joints Bernard Lehmann, l’actuel directeur de l’OFAG, et Jacques Janin.

En raison de l’hostilité du monde agricole suisse, de l’enlisement des négociations à l’OMC et de l’impasse des bilatérales, l’ALEA est au point mort. Mais, Janin est convaincu que seule la participation au grand marché continental représente l’avenir d’une agriculture suisse consistante. La stratégie de l’ALEA, telle que présentée par le Conseil fédéral, doit cependant être amendée et complétée. Il faut rendre moins tatillonnes les multiples réglementations de la production agricole, accorder aux paysans des avantages en matière d’assurance, d’énergie, de fiscalité, et accroître leur poids dans les négociations interprofessionnelles qui organisent le marché. Les autorités de la concurrence doivent combattre les positions dominantes dans la filière agroalimentaire.

Les fluctuations monétaires représentent une grave menace pour un accord de libre-échange. Un renforcement du franc peut compromettre en quelques jours un long effort pour augmenter la compétitivité des prix suisses en les rapprochant de ceux de l’Europe. L’ALEA devrait donc introduire le mécanisme de la «monnaie verte», en vigueur dans l’Europe agricole avant la création de l’euro. Les échanges agricoles y étaient comptabilisés en ECU, valeur de référence établie sur la base d’un panier de monnaies. Des montants compensatoires étaient versés pour tenir compte de la fluctuation des monnaies.

Les obstacles à franchir sont nombreux pour permettre aux paysans suisses un accès sécurisé au marché européen par cette voie bilatérale. Jacques Janin préconise une procédure plus sûre et plus rapide: l’adhésion à l’Union et le passage à l’euro. Une voie plus simple techniquement que politiquement, du moins si l’on en croit les sondages d’opinion concordants qui se succèdent.

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Discussion

  • 1
    Richard Lecoultre says:

    Ce qui est merveilleux dans les théories économiques, c’est l’universalité que d’aucuns leur prêtent systématiquement et l’opiniâtreté à les appliquer quelles qu’en soient les conséquences. Dès l’instant que le capitalisme sauvage est bon pour les banques, il urge de l’appliquer à tous les domaines, y compris la production de nourriture. De besoin naturel, satisfait selon les possibilités des producteurs, la nourriture est devenue l’objet de spéculation effrénée sur tous les manques et toutes les demandes. Alléluia ! Confions sans hésiter notre destin alimentaire à nos nouveaux saints, Monsanto, Glencore, et les autres…

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