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Marché de l’électricité: Sous le déguisement du libéralisme, les protectionnistes

Si les thuriféraires de l’économie de marché sont nombreux, leur effectif fond sensiblement dès lors qu’il s’agit de concrétiser le principe de la libre concurrence. Illustration à propos du marché de l’électricité.

Ë la fin de ce mois, l’Union européenne ouvre progressivement son marché de l’électricité. En Suisse, cette ouverture n’interviendra au plus tôt qu’en 2001. Et l’on est encore loin d’un accord sur la forme et le rythme de cette ouverture. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir l’Union suisse du commerce et de l’industrie (Vorort) et l’Union des centrales suisses d’électricité (UCS) freiner des quatre fers la libéralisation de ce marché. Deux organisations qui n’ont cesse par ailleurs de revendiquer de meilleures conditions-cadre en faveur de l’économie et une plus grande liberté d’action face à l’État. La défense des principes s’efface devant celle des intérêts substantiels. En clair, les électriciens cherchent à maintenir le plus longtemps possible leur monopole, donc des tarifs élevés pour le plus grand nombre de leurs clients, de manière à pouvoir amortir certains de leurs coûteux investissements et fidéliser les gros consommateurs par des tarifs préférentiels.

Concurrence et monopoleurs

Jusqu’à présent, la situation de monopole a permis aux producteurs et aux distributeurs, liés par un réseau complexe de participations et d’accords, de fournir l’énergie à un prix fixe, non négociable, à des consommateurs captifs. A l’avenir, producteurs et consommateurs auront libre accès au réseau et ces derniers auront le choix de l’offre la plus intéressante. Car on attend de la libéralisation une baisse des tarifs. Une concurrence que ne voient pas d’un bon œil nos monopoleurs puisqu’elle va les contraindre à une profonde restructuration.
Pour garantir le fonctionnement de ce marché, le Conseil fédéral prévoit la création d’une société nationale chargée de gérer le réseau existant. L’UCS rejette catégoriquement cette solution et propose son propre modèle, une coordination des réseaux qui resteraient aux mains de leurs actuels propriétaires.
Quelle que soit la solution retenueÊÐ une seule société indépendante pour le réseau à très haute tension paraît plus rationnelleÊÐ, il faut garder à l’esprit que le transport de l’électricité restera une activité de caractère monopolistique : il n’est pas question de construire des réseaux parallèles. Dès lors, c’est à l’État qu’il incombe de réglementer cette activité, comme c’est le cas en Grande-Bretagne et dans les pays scandinaves. L’exemple de l’économie électrique montre à l’évidence que l’introduction de la concurrence ne signifie pas l’effacement de l’État mais au contraire une intervention décidée de sa part pour fixer les règles du jeu. jd

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