Le projet de nouvelle ligne ferroviaire qui devait former l’axe d’un futur RER neuchâtelois est donc mort-né (DP 1969). Un refus que le Conseil d’Etat, réduit à quatre membres depuis le départ de son leader Jean Studer en juillet dernier, avait officiellement refusé d’envisager, présumant sans doute que sa propre crédibilité pourrait compenser l’inexistence d’un plan B, maintes fois réaffirmée.
Dangereuse stratégie fondée sur une inexcusable négation du risque pourtant majeur, encore aggravé par l’annonce de mesures budgétaires particulièrement impopulaires.
Le terme de «plan B» est apparu d’abord dans le vocabulaire militaire vers la fin du 19e siècle. De la caisse à sable à l’ordinateur, la méthode et la pratique ont évolué, mais la mission reste la même. La préparation de plans et variantes fait partie du travail des services d’état-major des armées et polices du monde entier, qui pensent et simulent les opérations que les commandements choisiront ou non de conduire.
En politique, pour les grands projets tout au moins, l’étude de différents scénarios précède l’option décisive et le développement du programme de mise en œuvre que l’exécutif présente ensuite à l’assemblée des élus communaux, cantonaux ou fédéraux. Ce faisant, le gouvernement sait que l’affirmation publique d’un projet important n’écarte pas la nécessité de prendre plus discrètement en considération les solutions de rechange composant le fameux plan B, évidemment moins élaboré mais indispensable «pour le cas où», toujours possible en démocratie.
Pour écarter cette déplaisante éventualité, les autorités n’hésitent pas à proclamer, à tort ou à raison, qu’«il n’y a pas de plan B». Ou bien elles font délibérément silence sur une alternative inintéressante à leurs yeux, ou bien elles disent vrai et signalent ainsi soit une imprévoyance irresponsable ou une méfiance à l’égard des décideurs finaux, soit encore une suffisance voisine de la pensée magique.
Dans tous les cas, les citoyens ont le désagréable sentiment que les autorités veulent au mieux faire du zèle, au pire forcer leur décision. Il n’y a pas de plan B disaient en substance les Romands Jean-Pascal Delamuraz et René Felber dans la campagne pour l’adhésion à l’Espace économique européen; le non sorti des urnes il y a vingt ans bientôt révolus résonne encore dans les couloirs du Palais fédéral et le long de la Sarine. Dans la France de 2005 confrontée au Traité constitutionnel européen (TCE), l’évocation d’un plan B, de fait inexistant et jugé «extrêmement difficile» par le président Jacques Chirac, a dominé le débat référendaire et finalement contribué au net refus que l’on sait – et au Traité de Lisbonne signé en 2007.
Cette version mineure du TCE montre qu’il y a toujours une solution de repli, évidemment moins nette et innovante que le projet original, finalement consentie comme par défaut. L’article de Jean-Pierre Ghelfi dans ce numéro laisse entrevoir un sauvetage minimaliste de ce genre pour tenter de compenser la perte du défunt TransRun. Les CFF pourraient y pourvoir, en assumant les indispensables travaux d’entretien-rénovation d’une ligne centcinquantenaire et, si tout va bien, élimineront les goulots d’étranglement sur la ligne du pied du Jura.
Triste rebondissement pour un projet probablement coulé par ceux qui peinent à se maintenir au-dessus de leur propre ligne de flottaison.













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