L’Alma mater helvétique essuie en rafales des coups de vent qui troublent la douce quiétude à laquelle elle était habituée.
C’est d’abord le vent âpre des économies imposées par des cantons malades de leurs finances. C’est ensuite le courant frais en provenance de la Confédération, décidée à monnayer son soutien contre un droit de co-pilotage de l’enseignement supérieur. Et puis la croissance continue des effectifs met à mal les mécanismes de fonctionnement de l’université traditionnelle, une université dont les étudiants ressentent d’autant plus le caractère aléatoire des débouchés que le marché du travail est peu animé. Dans le même temps, la société devient exigeante à l’égard d’une Université dont elle attend des réponses aux grands problèmes de l’heure. Et pour couronner le tout, voilà que déboulent les Hautes écoles spécialisées, des concurrentes potentielles.
On comprend dès lors l’inquiétude qui s’empare des étudiants, même si la mobilisation reste très inégale selon les régions et relève d’un mouvement européen décidé au sommet. Il est indispensable que les premiers intéressés donnent leur avis sur le grand chambardement qui se prépare. Encore faut-il que ceux-ci ne se limitent pas à une défense des acquis occultant complètement les faiblesses actuelles de l’Université. Diable, s’il n’est question que de refus des taxes à payer, d’augmentation budgétaire, de rejet sans nuance des projets de rapprochement Ð par exemple entre Lausanne et Genève Ð et de mainmise de l’économie sur la formation supérieure, on voit mal se dessiner là un projet d’avenir. Tout au plus un chapelet de slogans à la mode.
Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur les nécessaires réformes de l’institution. Sur les plans d’études constamment alourdis de nouveaux enseignements et sur le gavage de connaissances qui en résulte. Sur le nécessaire allégement des programmes et l’offre systématique d’une formation continue qui permette la mise à jour périodique du savoir. Sur la diversification des méthodes d’apprentissage rendue possible par les nouvelles technologies de l’information : grâce à l’enseignement à distance, par exemple, les étudiants devraient pouvoir accéder à des cours dans d’autres universités de par le monde. Sur la sous-occupation des locaux et les horaires conçus pour des étudiants qui ne travaillent pas. Sur le manque de collaboration entre universités, le gaspillage de force et la médiocrité qu’il engendre, surtout dans les sciences sociales. La liste est loin d’être close. JD
Avis de tempête sur les universités suisses
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