Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Pilotage de l’AVS: un cap sûr plutôt que des coups de barre

Un mécanisme d’adaptation serait plus efficace que des prévisions alarmistes

Photo Benoit Deniaud
Photo Benoit Deniaud (licence CC)

En 1997, un groupe de travail fédéral (IDA FiSo 2) pronostiquait un trou de quinze milliards de francs dans les comptes de l’AVS à l’horizon 2010. En cause, une durée de vie en constante augmentation et le recul de la part des actifs, donc des cotisants, dans la population résidente.

Grâce à une forte immigration et au travail accru des femmes, ce pronostic ne s’est pas réalisé. Le Fonds AVS se porte bien, puisqu’il dépasse de 2 milliards le montant annuel des rentes versées. Mais le futur reste incertain. L’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) attend pour 2030 un déficit des comptes de l’AVS entre 5,1 et 11,4 milliards. L’Administration fédérale des finances estime ce déficit à huit milliards dans les dix à quinze prochaines années.

Le spectre régulièrement brandi de la faillite de l’AVS crée un climat peu propice aux réformes. D’une part l’opinion publique reste d’autant moins sensible aux déséquilibres financiers prévus dans un futur trop lointain que des prévisions antérieures se sont révélées erronées. D’autre part l’appel répété de la droite et des organisations patronales à de nécessaires économies résonne plus comme une défense d’intérêts corporatistes que comme le souci de pérenniser le premier pilier de la prévoyance vieillesse.

En réaction, la gauche a pris l’habitude de minimiser ces risques financiers. Dans ces conditions, une révision de l’AVS constitue une aventure tout à la fois de longue durée et périlleuse. Ainsi le peuple a sèchement rejeté la 11e révision en 2004, un projet qui faisait peser tout le poids du rééquilibrage financier sur l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes. Et en 2010, au Parlement, l’opposition conjuguée de la gauche et de la droite nationaliste a fait capoter une nouvelle version de cette révision.

Les prévisions aléatoires à moyen et à long terme n’impressionnent pas le peuple et divisent le Parlement qui, paralysé, ne parvient pas à adopter les mesures nécessaires à la pérennité de l’AVS. Le risque est alors de faire subir au paquebot AVS des coups de barre dans l’urgence, qui pourraient pénaliser gravement aussi bien les cotisants et les rentiers que les entreprises.

Un rapport commandé par l’OFAS préconise au contraire un pilotage plus fin, tel que le pratiquent déjà plusieurs pays. Lorsque les réserves du fonds AVS atteignent une cote d’alerte, des adaptations interviennent automatiquement. Elles peuvent toucher l’âge de la retraite, le niveau des rentes, les ressources (cotisations et/ou fiscalité).

C’est sur le choix et la pondération de ces facteurs que devrait porter le débat politique pour aboutir à un compromis acceptable par une majorité. On en finirait ainsi des disputes stériles sur la crédibilité de prévisions toujours à la merci de l’imprévisible.

Pour nous, abaisser le niveau des rentes ne peut entrer en considération pour le rétablissement de l’équilibre financier de l’AVS: l’objectif constitutionnel de couverture des besoins vitaux,  péniblement atteint grâce aux prestations complémentaires, ne serait plus respecté. Il ne serait pas non plus respecté avec l’introduction d’un frein à l’endettement appliqué aux assurances sociales, tel que le préconisent les milieux patronaux. Si l’Etat dispose d’une certaine marge de manœuvre pour équilibrer son budget, tel n’est pas le cas des retraités les moins bien lotis.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/21495
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/21495 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • Et les fameuses prestations complémentaires, dont les seuils de calcul ne sont volontairement pas revus depuis des années alors que par exemple les loyers flambent, ne sont même plus en mesure de procurer le minimum vital constitutionnel. Mais de ceci, Berne n’a cure.

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP