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Ecarts de valeurs sur sociétés cotées en bourse

Même en période de vacances, la crise ne prend pas de repos. Et nous non plus, dans notre volonté de comprendre

Photo Santi Villamarin Photo Santi Villamarin (licence CC)
icone auteur icone calendrier 28 juillet 2012 icone PDF DP 

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Chaque jour amène son lot de mauvaises nouvelles, entre affaires bancaires et désindustrialisation. La semaine écoulée fut particulièrement riche, grâce à Barclays et Automobiles Peugeot PSA ou Credit Suisse et Swissprinters (Imprimeries IRL).

Les sociétés concernées jouent avec les nerfs de leurs relations: salariés, autorités, actionnaires, investisseurs. Ces derniers sont les seuls dont les comportements et motivations intéressent assez pour que l’on ait construit un indicateur mesurant indirectement le niveau de leurs attentes et leur degré de confiance, exprimés dans un rapport mal connu et pourtant significatif: le Price to Book Value Ratio(PBR).

En français, on parle de rapport entre prix du marché et valeur comptable, entre capitalisation boursière et actifs nets. Un rapport supérieur à un signifie que le cours de l’action de la société XY multiplié par le nombre des actions cotées représente une valeur dépassant celle des fonds propres inscrits dans le dernier bilan publié. Inversement, un rapport inférieur à un signifie que la société YZ vaut moins en bourse que le montant des capitaux mis à disposition par les actionnaires. Plus le rapport PBR est positif, plus l’entreprise crée de la valeur et plus l’investisseur prend confiance dans le potentiel de développement de la société. Plus il est négatif, plus elle détruit de la valeur et appauvrit l’actionnaire.

Calculé au moins deux fois par semaine, l’indicateur PBR permet des comparaisons intéressantes entre les pays, les branches et les sociétés. Sur 93 sociétés observées en Suisse, seules 21 font un score inférieur à un, ce qui veut dire que 77% d’entre elles créent de la richesse. Cette proportion descend à 69% pour les 387 sociétés d’Europe occidentale considérées. Parmi les plus performantes, on retrouve sans surprise, tous pays confondus, les sociétés pharmaceutiques et alimentaires. A l’autre bout du classement, les sociétés bancaires et financières, les constructeurs d’automobiles et les distributeurs d’énergie forment la majorité des sociétés ayant un PBR négatif.

Dans le Low Ten des sociétés les moins gratifiantes pour leurs actionnaires, on retrouve dans notre pays: Swiss Life (0,30), Credit Suisse (0,60), Alpiq, UBS (0,70) et Swiss Re (0,80). En Europe, les douze ratios les plus négatifs concernent dix banques (dont quatre italiennes et trois françaises) et deux constructeurs d’automobiles (Peugeot PSA avec 0,15 et Renault avec 0,34).

Le cas de Credit Suisse mérite commentaire. La semaine dernière, son président annonce qu’il accroît enfin les fonds propres de la seconde banque de Suisse qui soit Too Big To Fail. Et les augmente jusqu’à se rapprocher d’un coup des exigences de Bâle III auxquelles les banques devront se conformer intégralement dès 2018. Le tout grâce notamment à la réduction des effectifs et de la rémunération des personnels ainsi qu’aux achats faits par le Quatar, qui ne cesse de s’offrir de nouvelles sources de soucis et de profits à travers le monde, et par une société de gérance d’actifs où oeuvre présentement Philipp Hildebrand, ancien président de la Banque Nationale Suisse.

C’est justement la BNS qui avait mis en garde en juin dernier, sur un ton exceptionnellement clair, les dirigeants de Credit Suisse; ces derniers avaient pris de très haut les injonctions auxquelles ils viennent de se conformer platement. La bourse a immédiatement salué cette décision, avant de se raviser dès le lendemain. On en est désormais à compter les jours du directeur Brady Dougan, discrédité par sa propre arrogance et son ahurissante inconstance.

Côté PBR, le mauvais score de Credit Suisse aurait pu se stabiliser si l’accroissement des fonds propres avait entraîné une plus durable augmentation de la capitalisation boursière. Or le cours ne cesse de glisser, exprimant et renforçant une nouvelle défiance à l’égard d’un titre qui ne fait de loin plus la fierté de la cote. Et ce n’est pas fini: certains mouvements laissent présumer que les opérateurs visent, par des achats-ventes concertés, à égaliser à environ 13 francs les cours des actions d’UBS (présentement autour de 10 francs) et de Credit Suisse (16 francs).

La géométrie immanente y trouvera peut-être son compte, mais certainement pas les actionnaires, depuis longtemps déshabitués à bénéficier de cette Shareholder Value tellement en vogue il y a encore une dizaine d’années.

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Discussion

  • Je ne comprends pas le rapport entre PBR supérieur à 1 et création de valeur (et inversément). Pouvez-vous me l’expliquer ?

    • Je vais essayer de vous donner une explication compréhensible.
       
      Comme l’indique Madame Jaggi, le PBR est le rapport entre prix du marché et valeur comptable.
       
      1)      Le prix du marché est  « financier ». Il résulte de l’extrapolation à tous les titres du prix réalisé à une heure donnée (cours de fermeture de la Bourse) pour un volume donné. Nous percevons ici les limites de la crédibilité de ce raisonnement. Le système actuel fait croire que le cours Boursier est réalisable par tous. Voir mon premier commentaire d’hier. Est-il raisonnable d’extrapoler un cours réalisé par quelques personnes à tous les porteurs du titre ? Est-il juste, après la dernière crise, de maintenir cette position alors que l’on sait très bien que si plus de porteurs de parts avaient voulu vendre le titre, ce dernier aurait chuté.

      2)      La valeur est comptable et, à contrario du prix financier, plus crédible car moins voire non tributaire des incohérences du prix « financier ».
      Pour répondre à votre question, Madame Jaggi reprend le raisonnement de certains « financiers ». Ce raisonnement est : si, le cours financier est supérieur à la valeur comptable, cela veut dire qu’il y a une dynamique financière porteuse de plus values. Cas du PBR supérieur à 1. Ex : Prix « financier » à 100 alors que la valeur comptable est à 90.
      A contrario, si le PBR est inférieur à 1, cas de la valeur comptable supérieure au prix financier, cela indiquerait une perte de confiance dans la société et une destruction du « prix » et donc un appauvrissement de l’actionnaire. Dans les faits, comme l’indique mon premier commentaire (hier), c’est l’inverse. Je terminerai par le fait que je pense qu’il devient urgent de doubler l’information actuelle sur les variations du cours de bourse par une information prenant en compte les volumes. Information beaucoup plus crédible et moins « trompeuse ».

  • A juste raison, Madame Jaggi écrit la « volonté de comprendre ». Dans la cadre de la « volonté de comprendre », je vous propose quelques réflexions sur le Price to Book value Ratio. Effectivement, ce ratio est couramment utilisé par les » financiers ». Mais, l’est-il à bon escient alors que nous n’avons pas fini de payer les dégâts de la dernière crise ? Peut-on encore parler de prix du marché ? Pour rappel, à la lumière de la dernière crise, le prix de marché actuel, par le fait qu’il n’intègre en aucune façon le volume échangé, ne peut plus être une référence stricto sensu. Exemple : Hier, le titre UBS est annoncé avec une hausse 3,9%. Si nous analysons la crédibilité de cette hausse pour l’ensemble des porteurs de l’action, nous nous apercevons que seuls 14,1 millions de titres ont été échangés à des cours divers sur les 3833 millions de titres en circulation, soit 0,367% des titres en circulation ont été échangés. Un échange de 0,367% peut-il continuer de crédibiliser, malgré la crise, la création ou la destruction de richesse ? Un si faible échange peut-il continuer d’être l’axiome d’un ratio ? Etc…Si nous essayons de rapporter la hausse annoncée en clôture (fin de journée boursière) sur l’ensemble des porteurs de parts (ce qui est le plus logiques) la hausse passe de 3,9% à 0,01435% ! Information prise pris sur le site : http://www.agencedecotationisr.com/pages/smi-pr.php Nous avons ici un exemple de l’influence et des dégâts que peut causer le système de cotation dans certains raisonnements et ratios financiers. Dans les faits, la variation de marché, tout comme le cours, étant le fruit de l’extrapolation d’un cours d’échange à une heure donnée sur peu de titres à tous les titres, l’utilisation de cette variation ou de ce cours (non corrigé des volumes) comme base de comparaison ou de calcul de ratio ne peut que fausser les raisonnements, voire les inverser. En réalité, plus le ratio PBR est élevé plus il marque le décalage entre la valeur réelle des actifs et la valorisation financière positive irréalisable car issue d’un système de cotation inadapté. Dans l’exemple ci-dessus à 99,63% de la hausse a été fabriqué par le système de cotation avec l’extrapolation, en dehors de toute logique, d’un cours réalisé par un très faible pourcentage des porteurs du titre à tous les porteurs. Cette réflexion traduite sur le SMI donne hier un SMI annoncé en hausse de 0,62% alors que pondérée par les volumes cette hausse n’est que de 0,00162%. Comment les financiers peuvent-ils encore croire en la crédibilité du PBR ? L’effet du ratio PBR positif en dehors de l’effet « kiss cool » peut être un signal d’alerte. Dans le cas inverse, PRB négatif, il est bien souvent un signal d’achat. Signal d’achat d’autant plus intéressant qu’il va à l’encontre des modes de pensée générale et qu’il permet d’éviter les krachs en étant un signal d’alarme. Où quand un raisonnement peut donner un résultat inverse lorsqu’un axiome est faux. Imaginez ce que cela peut donner comme risque systémique, lorsque des paris sont faits avec effet de levier sur l’évolution du PBR ? Pour terminer et être complet, le raisonnement tenu dans l’article ci-dessus serait juste, s’il prenait le cours ISR (cours pondéré par le volume/flottant) comme référence. Ce cours prenant en compte la faiblesse des volumes échangés apporterait la crédibilité nécessaire au raisonnement initial. Merci à Madame Yvette Jaggi.

  • Drôle de raccourci que de croire que le cours en bourse représente un indicateur fiable des performances de l’entreprise. On sait bien que les joueurs de la bourse sont sujets à des effets de modes et sautent tous ensemble, tels des moutons, de bulles en contre-bulles (j’appelle l’inverse d’une bulle une contre-bulle, soit la sous-évalutation exagérée d’une action par épidémie de pessimisme). La « vraie » « valeur » d’une entreprise dépend de sa capacité à créer du profit à long terme. Or, même les dirigeants ne savent pas si les paris qu’ils prennent vont se révéler vraiment gagnants. Que dire donc de la soi-disant sagesse de ce qu’on appelle mystiquement les « marchés »: la masse ignorante des investisseurs.
    D’autre part, je trouverais bien que dans une publication de gauche comme DP, on fasse attention à distinguer la « création de richesse » ou la « création de valeur » de la « création de profit pour l’actionnaire ». Chacun conviendra qu’une entreprise pharmaceutique qui arrive à vendre un pseudo-médicament sans valeur médicale, qu’une firme toxicomanique qui augmente ses ventes de tabacs, qu’un marchand d’arme qui vend plus de mines anti-personnelles, etc. chacun conviendra, disais-je, que ces brigands ne créent ni richesse ni valeur mais seulement du profit. Toute la propagande ultra-capitaliste dont on nous gave vise à nous faire oublier cette distinction fondamentale. Quand je vois DP manquer de rigueur à ce point là, je tombe de ma chaise. Tout en remerciant Mme Jaggi pour son article, intéressant à lire, je l’invite à publier ce genre de texte plutôt dans les pages économiques du Temps.

  • 4
    galilee says:

    Merci aux deux commentateurs qui ont creusé le sujet. Création de valeur et création de profit sont des choses bien distinctes, et le PBR nous en dit plus sur la seconde que sur la première.
    Vous soulevez à juste titre la question des volumes d’échange… on lit parfois qu’une chute de la Bourse a « détruit 1000 milliards de dollars » ou des sornettes de ce genre. La notion même de capitalisation boursière ne veut pour cela pas dire grand-chose.  

  • Mes deux précédents commentaires, s’ils ont attiré l’attention sur les effets néfastes du système de cotation actuel et les limites du ratio PBR, se doivent d’être enrichis. Si le cours de Bourse actuel, sans une analyse des volumes, n’est en aucune façon un indicateur de valorisation pertinent pour l’ensemble des porteurs de parts et encore moins pour le calcul d’un ratio, il n’en reste pas moins qu’il recèle en lui-même une solution à la crise actuelle. « Soigner le mal par le mal ». Sur ce sujet, je ne doute pas que l’histoire mettra en exergue l’importance des normes comptables dans les crises actuelles.
     
    Pour rappel, l’économie est la résultante d’un ensemble de dynamiques créatrices de flux SOCIOECOPOFI (sociologique, économique politique et financier).  Depuis plusieurs  années, on a inversé ce principe en faveur de la mise en place d’une politique déterminée, non sur des dynamiques mais, sur des données comptables à respecter à une date donnée (ex : bilan d’entreprise, échéance politique…). Ce faisant, nous avons remplacé la dynamique des flux par des flux sans dynamique, voire des flux destructeurs de dynamiques existantes ou sans cohérence. Exemple de cette réalité  dans le journal Français « Les Echos » du 7 août qui titre : Aide aux logements : le tabac mis à contribution. Autre exemple avec les flux générés par les aides fiscales. Aides fiscales qui aboutissent à remplacer l’impôt (que l’on est censé économiser) par l’inflation des biens que l’on acquiert.
     
    Comme indiqué ci-dessus, si nous désirons mettre en place un système de dynamique génératrice de flux, nous avons, via les marchés boursiers, un générateur de dynamiques et de flux apte à relever le défi de l’endettement des Etats. 
     
    En effet, si quelques titres échangés à la baisse suffisent à transmettre  une « perte » à tous les porteurs de parts et aux indices, quelques titres échangés à la hausse transmettront immédiatement cette hausse, effet d’amplification de richesse (EAR), à l’ensemble des porteurs de parts. Effet richesse qui, s’il est régulier, se transformera très rapidement, via la confiance retrouvée, en croissance assurée et en effet de création de richesse (ECR). N’est-ce pas ce principe qui est évoqué par Madame Jaggi lorsqu’elle écrit à propos du Crédit Suisse « Or le cours ne cesse de glisser, exprimant et renforçant une nouvelle défiance à l’égard d’un titre qui ne fait de loin plus la fierté de la cote. Et ce n’est pas fini: certains mouvements laissent présumer que les opérateurs visent, par des achats-ventes concertés, à égaliser à environ 13 francs les cours des actions d’UBS (présentement autour de 10 francs) et de Credit Suisse (16 francs).
     
    Etendre ce raisonnement de « soutien » des cours (qui en Bourse s’appelle un contrat d’animation) à l’échelle de l’ensemble des titres d’un indice, voilà le principe du Fonds de Stabilisation Boursier Objectif 2016. http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/finance/francais-investissez.php
     
    Naturellement, lorsque les situations étatiques seront stabilisées ainsi que l’environnement Humain, il nous restera à agir pour mettre fin aux risques financiers déstabilisateurs issus des problèmes de valorisations boursières. Sur ce sujet, voir la première partie de l’article : http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/economie/raisonner-en-flux-comptables-ou-dynamique-financiere.php
     
    Ces changements de paradigmes sociologiques, économiques, politiques et financiers (SOCIOECOPOFI) réalisés, il restera à transformer la fiscalité en outil de régulation des effets inflationnistes des dynamiques.

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