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Eoliennes et chiroptères

Les éoliennes menaceraient les chauves-souris, pas seulement les oreilles des voisins ou la valeur de leurs terrains et immeubles

Photo Fabvirge
Photo Fabvirge (licence CC)

En Suisse, les 28 espèces de chauves-souris officiellement recensées bénéficient toutes d’une protection intégrale, biodiversité oblige.

Seuls mammifères capables de voler activement – et non seulement de «planer» comme l’écureuil pourtant dit volant – les chiroptères ne sont ni chauves ni rongeurs mais poilus et insectivores. Pour ces chasseurs nocturnes qui s’orientent aux ultrasons, les éoliennes pourraient représenter un risque de collision ou d’une baisse de pression d’air aux environs des pales des rotors tournant à haute vitesse.

Commandé conjointement par les Offices fédéraux de l’environnement et de l’énergie, un rapport sur la mortalité de chauves-souris éventuellement liée à cinq éoliennes installées dans le Jura bernois ainsi qu’à Entlebuch/LU a été publié en 2008. Il concluait à des dangers mineurs et recommandait, comme toujours en tel cas, la réalisation d’études et observations complémentaires, notamment sur les installations les plus modernes et performantes.

Les rapports et articles se sont multipliés sans que leurs auteurs ne parviennent à établir un lien de causalité crédible entre le fonctionnement des turbines à vent et le sort des chauves-souris, dont on se demande toujours «si elles doivent avoir peur des éoliennes». Face à une aussi insupportable incertitude, les fonctionnaires font du zèle et donnent à toutes fins utiles dans la surprotection des animaux et dans l’hyperprévention réglementaire.

Sans attendre les conclusions définitives d’une étude pionnière menée l’an dernier par une chercheuse de l’Université de Berne, l’administration fédérale demande depuis mai dernier un nouveau type d’observation, applicable en période de nidification (mars-avril). De quoi retarder d’une bonne année le bouclage du dossier à déposer pour présenter l’aménagement du plus grand parc éolien de Suisse, Eoljorat, qui prévoit l’installation d’un total de treize turbines dans les bois et champs du Jorat, dont huit sur les terres de la Ville de Lausanne et cinq dans quatre communes du Gros-de-Vaud et de Broye-Vully.

Et pendant que des ballons gonflés à l’hélium flotteront à 60 mètres de hauteur (soit au-dessous de la moitié des mâts prévus) pour observer les comportements des chiroptères, les opposants à Eoljorat Nord s’organisent. De leur côté, les promoteurs du parc éolien joratois poursuivent le développement d’autres projets. Ainsi, les Services industriels de Lausanne, par leur filiale «énergies renouvelables», participent directement aux investissements suisses dans des installations éoliennes sises outre Jura. Avec deux effets de politique énergétique: une dépendance accrue de la France vis-à-vis du courant nucléaire d’une part et, d’autre part, un renforcement de la part des énergies renouvelables dans le portefeuille des sociétés suisses d’électricité. Ces dernières s’adonneraient sans vergogne, selon les détracteurs d’Eoljorat, au lucratif «business éolien», encouragé par les autorités fédérales et françaises qui subventionnent la reprise du courant éolien au prix coûtant.

Pro Natura, organisation faîtière de la protection de la nature et de la biodiversité, assure qu’elle ne fait opposition que pour mieux négocier des solutions acceptables et dépose recours seulement dans les cas où un consensus n’aurait pas pu être atteint. Dont acte. On n’en admire pas moins la bonne volonté – ou l’opportunisme – dont Eoljorat fait montre en assurant que, toutes études faites et «en fonction des résultats, il s’agira d’envisager des mesures d’exploitation des éoliennes, ceci dans le but ultime de protéger les chauves-souris.»

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Discussion

  • Ils en ont de la chance, les chiroptères! À nous, pauvres humains sis dans les villages concernés, on ne demande pas trop leur avis.
     
    On sent bien que ces études ne sont que des manoeuvres dilatoires permettant à des promoteurs et à des municipalités au garde-à-vous d’affirmer que tout a été fait pour minimiser l’impact de ces éoliennes. Et tant pis si de nombreuses études pointent de graves nuisances à la santé des êtres humains sis à proximité des éoliennes. Pourquoi la Suisse, renommée partout pour sa qualité de vie, fixe-t-elle la limite à 300 m des habitations, alors que tous les pays qui ont une réelle expérience de l’éolien établissent des normes bien plus sévères? Peut-être bien qu’avec les 3 km préconisés par l’OMS on ne pourrait juste pas construire une seule éolienne industrielle dans un pays aussi densément peuplé que la Suisse! On a déjà vu, dans d’autres secteurs, que les normes sont établies selon une pesée d’intérêts dans laquelle la santé humaine ne fait pas bon poids face à aux intérêts de certains groupes économiques.
     
    Des fois je voudrais être un chiroptère, ou un panda, ou peut-être un politicien vaudois…

  • Et tout cela parce que Fukushima, qui n’a pas occasionné le moindre décès par radioactivité, nous a flanqué une frousse irrépressible. Nous ne sommes pas au bout de nos contradictions en matière énergétique.

    • 2.1
      Pedro del Río

      Le fait que personne ne soit pas encore mort à cause de la radioactivité ne signifie pas que personne ne va pas mourir de cette cause. Les cancers ne surgissent pas d’un jour à l’autre. Normalement il faut des années entre le moment de la mutation génétique qui en est la cause et le moment ou le cancer se dévelope. Pour certains types de cancer même des dizaines d’années. Laissons travailler les épidémiologues pendant la prochaine décennie avant de tirer des conslusions.

  • J’aurais beaucoup à écrire sur le sujet… étant favorable aux énergies renouvelables depuis 40 ans, et observateur des oiseaux migrateurs depuis aussi 40 ans sur les crêtes du Jura à éoliennes.  Alors seulement trois petits commentaires…

    Dire que Fukushima n’a pas causé le moindre décès par radioactivité, c’est du n’importe quoi: même Tepco a reconnu que plusieurs de ses ouvriers sont morts d’exposition à la radioactivité, dans les mois qui ont suivi l’INCIDENT, comme le nommait sobrement un haut responsable pro-nucléaire suisse…

    Les chauves-souris existent depuis des dizaines de millions d’années, bien avant l’homme.
    Il y a quelques milliers d’années, la Suisse, avant l’implantation de l’homme, n’était qu’une immense forêt continue (sauf aux altitudes de plus de 2000m environ).  Dans Le Jura et le Jorat, il n’y avait aucun pâturage, aucune autre éclaircie que parfois une clairière due au feu. Les chiroptères, comme les oiseaux, s’adapteront ànouveau sans problèmes.

    La contradiction en matière énergétique vient seulement de ce que nous voulons le beurre, l’argent du beurre et la fille du laitier.

    L’énergie est un bien précieux, qui est bradé.
    Vive l’énergie renouvelable et chère.
    Nous devrons adapter notre mode de vie, comme les chiroptères l’ont aussi fait et le feront encore.    

      
       

  • Trois ans que la Suisse est confrontée au problème éolien et en être encore réduit à lire des interventions pareilles de la part de politiciens chevronnés démontre à quel point ces derniers manquent d’informations et d’expériences! Des socialistes qui veulent sauver la planète en tirant dans les jambes des associations de protection de la nature, cela rime à quoi? On n’apprend absolument rien dans cet article, si ce n’est que Mme Jaggi vole au secours d’un projet pour on ne sait quelle raison. Quant aux allusions sur les opposants aux éoliennes industrielles, elles démontrent le désintérêt total des milieux politiques pour les arguments défavorables au business vert, qui ne servira jamais que les intérêts des multinationales et, dans ce cas précis, les consciences des bobos en mal de vertitude.

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