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Reportage: Sur la route de Diên Biên Phu

icone auteur icone calendrier 2 septembre 2005 icone PDF DP 

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Diên Biên Phu, 7 mai 1954. Après cinquante-sept jours de combats acharnés, la capitulation du camp retranché résonne comme un coup de tonnerre dans le monde. C’est la spectaculaire victoire du Vietminh révolutionnaire sur le corps expéditionnaire français. Elle amène la signature des Accords de Genève. Elle galvanise tous les mouvements de libération: le 1er novembre, le FLN déclenche l’insurrection algérienne.

Aujourd’hui, la visite du site se mérite. Il faut voyager Routard: de Sapa, au nord, à  Hanoï en passant par Diên Biên Phu, qui est à  la frontière laotienne, 700 km, 22 heures de bus local sur une route incroyablement sinueuse: mille ? deux mille virages ? Paysages du Haut Tonkin stupéfiants de beauté. On comprend que le «virus de l’Indo» ait gagné tant de militaires français. Rochers karstiques dénudés, petits plateaux de rizières entre des montagnes et collines couvertes de végétation d’un vert intense. Ce fut pendant des années de lutte l’univers, invisible d’avion, du général Giap et de ses ascétiques combattants, les bô doi au célèbre casque de latanier. Parfois aussi, les pentes sont dangereusement dénudées; elles ont provoqué des inondations catastrophiques: résultat d’une déforestation incontrôlée, de la surexploitation du sol (plantation de cultures «utiles», le caféier notamment) et de la culture sur brûlis pratiquée par les «Montagnards».

La question ethnique

Car les hautes terres du Nord Tonkin sont aussi l’espace des minorités ethniques (53 sont officiellement reconnues au Viêt Nam). Leur sort est aléatoire et a fait l’objet de vives critiques à  l’étranger. Une maladroite politique de vietnamisation et de spoliation de terres a provoqué en 2001 de graves émeutes au centre du pays. Il semble que la «question ethnique» ait connu depuis une inflexion positive, visant à  «l’égalité dans la diversité»: notamment un plus grand respect des cultures locales, dont témoigne la fréquentation assidue par les classes d’école du magnifique Musée d’ethnographie de Hanoï. Une politique qui n’est pas entièrement désintéressée! Les ethnies minoritaires occupent des zones frontalières à  haute valeur stratégique: le mécontententement pourrait les conduire à  demander leur rattachement à  la Chine ou leur émigration en Thaîlande. Pour le touriste (très rare au Nord-Ouest), la fréquentation des Thaîs, Hmông ou Dao offre le fascinant spectacle de marchés o๠éclatent les chatoyants coloris de vêtements superbement brodés.

Mais nous voici arrivés dans le site mythique de la bataille. Décevant à  vrai dire: Diên Biên Phu, chef-lieu provincial, est aujourd’hui une ville moderne de 30 000 habitants en plein boom économique. La fameuse «cuvette» est plus vaste que ce que à  quoi je m’attendais, même si, comme le notait en 1954 déjà  Robert Guillain, journaliste du Monde, on a l’impression d’être dans un stade dont l’ennemi occuperait les gradins. Le choix stratégique du commandement français n’était pas totalement absurde: obliger l’adversaire à  sortir de ses forêts impénétrables, à  combattre en rase campagne et «casser le Viet». C’était sous-estimer sa capacité à acheminer à  travers 500 km de jungle (grâce aux célèbres vélos mais surtout aux centaines de camions Molotova fournis par la Chine), une artillerie lourde et à  encercler le camp. Le sort de celui-ci était désormais scellé. Malgré l’héroîsme des paras, des légionnaires, des valeureux soldats nord-africains de l’armée coloniale «française», ce ne fut plus qu’un long calvaire. Qu’en reste-t-il? Quelques épaves de chars rouillés, le bunker du général de Castries, des tranchées et barbelés passablement «reconstitués» (pour ne pas dire truqués), un intéressant musée. Et surtout d’émouvants cimetières militaires. Les oiseaux chantent, les paysannes vont aux champs dans la vaste plaine rizicole fertile, o๠pourtant semblent encore errer les âmes des milliers de morts de ce Verdun indochinois.
Pierre Jeanneret

L’auteur a effectué deux voyages au Viêt Nam: en 1995 et mars 2005 (Nord Tonkin).
Maître de gymnase depuis peu à  la retraite. Dr ès Lettres, il a publié de nombreux ouvrages en histoire politique contemporaine (sur le PS, le Parti du Travail, etc.).

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