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Y en a point comme nous

Ce qu’Ueli Maurer a omis de dire dans son interview à «Die Zeit»

Ah la belle assurance de notre ministre de la défense! Dans une interview à l’hebdomadaire allemand Die Zeit (21 juin), Ueli Maurer dresse le portrait de sa Suisse rêvée: «Nous sommes tout simplement le modèle du succès. Nous sommes la meilleure économie du monde. Tout le monde admire notre démocratie, nous sommes un pays plein de vertus. Nous sommes à vrai dire le modèle d’avenir».

La Suisse est victime de son succès, affirme le magistrat. Si les pressions économiques et politiques auxquelles nous avons à faire face se font plus fortes, c’est qu’on en veut à notre argent. Ces attaques ne font que refléter le marasme de l’Europe qui a besoin d’un bouc émissaire pour détourner l’attention de ses propres difficultés.

Ueli Maurer se garde bien d’évoquer l’une des vertus à la base de ce succès: la Suisse s’est fait une spécialité du recel du patrimoine illicite des chefs d’Etat prédateurs de leurs peuples et des contribuables fuyant leurs obligations fiscales.

Prenons l’exemple de la Grèce dont nous observons à distance la descente aux enfers. En somme ce n’est pas notre affaire, mais celle de l’Europe. Dans sa dernière chronique (Tages-Anzeiger, 19 juin), Rudolf Strahm note que le secrétariat d’Etat aux questions financières internationales est dans l’incapacité de connaître la fortune grecque déposée en Suisse, faute de base légale. Alors que nous enregistrons avec méthode veaux, vaches, cochons. En effet, les données de la Banque nationale ne concernent que les avoirs en compte auprès des banques helvétiques qui, en 2011, ont passé de 1500 à 4310 millions de francs. Pour le seul mois de mai dernier, 5 milliards d’euros ont quitté la Grèce pour la Suisse. A quoi il faut ajouter les dépôts et sommes dans les coffres, ainsi que les fortunes confiées à des gérants. Même sous une forme agrégée et anonymisée, il est impossible de connaître l’importance de ces montants. Alors que le fisc grec estime à 45 milliards d’euros le montant des impayés d’impôts.

Ce n’est pas à notre argent qu’en veulent nos voisins, Monsieur Maurer, mais au leur: celui que leurs contribuables mettent à l’abri de notre secret bancaire et qui contribue à notre prospérité. Celui que les sociétés multinationales, appâtées par notre sous-enchère fiscale et nos généreuses remises d’impôts, soustraient au fisc de leurs pays d’origine. Où est la vertu dans ce recel?

L’an prochain, Ueli Maurer pourrait accéder à la présidence de la Confédération. On n’ose imaginer le florilège d’images d’Epinal qu’il débitera en cette qualité. A moins que ses collègues, conscients qu’il n’entretient qu’un rapport très distendu avec la réalité, ne le placent sous haute surveillance.

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