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L’avenir énergétique post-nucléaire selon les électriciens

Trois scénarios, mais des questions de principe restent à trancher

Photo Yosef Meiler Photo Yosef Meiler (licence CC)
icone auteur icone calendrier 20 juin 2012 icone PDF DP 

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Les entreprises électriques helvétiques (AES) ont apparemment digéré la sortie du nucléaire. Elles présentent trois scénarios pour l’approvisionnement électrique du futur sans recours à l’atome. Néanmoins l’avenir énergétique du pays dépendra moins de contraintes techniques que d’une volonté politique.

Il faudra recourir aux centrales à gaz et aux importations jusqu’à la fermeture définitive de la dernière centrale nucléaire en 2035. L’électricité d’origine solaire ne s’imposera qu’à partir de cette date. Swissolar, l’association des professionnels de l’énergie solaire, estime que 20% de la production pourra être couverte par le solaire dès 2025 déjà. Pour leur part, les experts de l’Ecole polytechnique de Zurich pronostiquent une accélération de la production solaire dès 2020. Les électriciens ont construit leurs scénarios sur la base d’une stagnation de la consommation actuelle (60 TWh) à l’horizon 2050 ou d’une augmentation jusqu’à 80TWh. A titre de comparaison, l’Office fédéral de l’énergie table sur un stagnation ou un léger recul. Tout dépendra bien sûr des mesures décidées en matière d’économies et d’efficacité énergétique.

Le premier scénario dit «chemin de montagne» prévoit le remplacement de la production nucléaire par des importations et sept à huit centrales combinées à gaz. Le deuxième scénario («chemin alpin»), plus exigeant, réduit le nombre des centrales à gaz à quatre ou cinq; il compte sur une part accrue des énergies renouvelables et des importations. Enfin le troisième scénario, plus périlleux, intitulé «voie d’escalade», exige une régulation forte de la demande et une production totalement renouvelable dès 2050.

Dans chaque cas de figure, le prix de l’électricité augmentera, de 400 à 900 francs annuellement par habitant. Et la tarification subira des modifications importantes. Aujourd’hui le prix du kWh est le plus élevé à midi (pic de la demande). Avec la montée en force de l’électricité solaire, surabondante en cas de beau temps c’est la loi de l’offre et de la demande qui dictera le prix.

On notera que le rythme de développement des énergies renouvelables est apprécié différemment selon les intérêts des acteurs. L’AES privilégie un rythme plus lent pour ne pas précipiter la fermeture des centrales nucléaires. Alors que Swissolar préfère accélérer le mouvement. Mais on ne peut qu’adhérer à la demande des électriciens qui revendiquent des décisions politiques claires et durables.

Deux aspects restent à trancher: le degré d’autonomie énergétique du pays et le mode de production indigène, plus ou moins centralisé.

La Suisse est déjà fortement intégrée dans le réseau électrique européen. Si en 2011 elle a consommé 63 milliards de kWh, elle en a importé 83 milliards et exporté 80 milliards. Ces échanges permettent d’équilibrer les variations quotidiennes et saisonnières de la consommation et fournissent de substantiels profits aux entreprises électriques qui, grâce au pompage-turbinage, répondent à la demande européenne de pointe. Mais cette technique est énergivore puisqu’elle consomme 20 à 25% de plus qu’elle ne produit. Le degré d’autonomie dépendra non seulement de notre capacité de production, mais surtout de notre effort en matière d’économies et d’efficacité énergétique.

Les électriciens persistent à miser sur la production centralisée. Dernière exemple en date, le projet de centrale solaire d’Axpo près de Lucerne, sur une surface agricole de quinze hectares. Alors que l’équipement des bâtiments et des autoroutes en panneaux photovoltaïques permettrait, selon Swissolar, une production décentralisée couvrant 40% de nos besoins en électricité tout en préservant un territoire déjà fort occupé.

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Discussion

  • 1
    Richard Lecoultre says:

    Rien ne vaut la centralisation! Ainsi, la production est concentrée en très peu de mains qui peuvent ainsi imposer leurs conditions, et en cas de conflit, facteur d’économie supplémentaire, il suffit d’une seule bombinette ou d’un seul virus informatique pour bousiller l’installation.

  • Les raisonnements de l’OFEN ou des électriciens s’appuient tous sur un approvisionnement et une consommation sûrs de pétrole et de gaz. En admettant que pour une raison (p.ex. fin du CO2) ou une autre (robinets fermés) la Suisse n’en dispose plus qu’au compte-goutte, on ne pourra pas basculer sur une électricité produite péniblement; or pour rester au niveau de vie actuel, il faudra TRIPLER la production électrique; sans nucléaire, nous aurons le bec dans l’eau …

    • 2.1
      Jean-Yves Pidoux says:

      Peut-être… Mais il est assez certain que les problèmes géopolitiques liés à l’approvisionnement en combustible nucléaire. puis au retraitement de celui-ci, sont au moins aussi sensibles et compliqués à assumer, pour la sécurité énergétique du pays, que ceux occasionnés par les combustibles fossiles.

    • @Jean-Yves Pidoux:

      On ne peut pas vous en vouloir de ne pas être au courant des techniques nucléaires, tant l’information a été bien verrouillée. C’est pourquoi vous pensez encore qu’il pourrait y avoir un problème avec le combustible: ce n’est plus du tout le cas avec des réacteurs nucléaires à onde de combustion ou à sels fondus; mais il faut encore se donner la peine d’en faire les développements. Voir pour les calculs mon blog.
      Sans nucléaire, nous n’auront pas peut-être le bec dans l’eau, mais sans aucun doute possible :=((( 

Les commentaires sont fermés.