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L’anglais à l’école primaire: la goutte de trop?

Le programme d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui de l’instituteur d’antan

Photo Jayaprakash R. Photo Jayaprakash R. (licence CC)
icone auteur icone calendrier 14 juin 2012 icone PDF DP 

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Avec le Plan d’enseignement romand (PER), toutes les écoles de Suisse romande vont introduire l’enseignement de l’anglais pour les élèves de 10 à 12 ans (7P-8P). A Genève, cet enseignement commencera en 2014.

Qui doit s’en charger? Des enseignants spécialistes ou l’instituteur de la classe? La Fédération des associations de parents de Suisse romande et du Tessin (FAPERT) plaide pour des enseignants spécialistes. Au contraire, le syndicat genevois des enseignants (SPG) veut que cela reste entre les mains du maître de classe. C’est du moins la position qu’il a exprimée avant que les Genevois n’approuvent l’introduction du mercredi matin à l’école primaire (votation de mars 2012).

N’est-ce pas trop demander aux instituteurs que d’être tous compétents aussi bien en anglais qu’en allemand, alors qu’ils sont déjà confrontés à des conditions qui ont fortement évolué ces trente dernière années et à des exigences nouvelles? Tour d’horizon:

  • Le pourcentage d’élèves du primaire dont la langue maternelle est autre que le français a passé de 33% en 1980 à 42% en 2010, et il ne s’agit plus seulement de langues proches comme l’italien ou l’espagnol.
  • La création des doubles niveaux, soit deux années regroupées dans la même classe avec deux programmes différents; la décision est généralement prise pour des raisons d’effectifs et de logique économique; à part pour les 1P-2P (4-5 ans), beaucoup d’ enseignants estiment qu’il y a peu de justifications pédagogiques à ces regroupements.
  • L’introduction de l’allemand par sensibilisation d’abord, puis avec évaluation, et aujourd’hui avec note éliminatoire pour l’entrée au Cycle d’orientation.
  • Les mesures différenciées existant depuis 2009 pour des enfants souffrant de dyslexie, de dysorthographie et de dyscalculie. On attend des enseignants plus de différenciation non seulement du travail en classe, mais aussi des devoirs à la maison, voire des épreuves, ainsi que plus de temps d’entretien avec les parents/thérapeutes/référents DYS etc.
  • L’objectif d’amélioration du niveau des élèves qui montrent encore aujourd’hui des scores plus faibles en français et en sciences aux tests PISA.
  • L’enseignement de domaines nouveaux depuis 2011 au sein des matières actuelles (environnement, alimentation etc) selon le Plan d’études romand.
  • L’augmentation des exigences en sciences selon le PER.
  • L’introduction de l’informatique depuis 2011 progressivement.
  • L’introduction de l’anglais dès 2014.

Et tout ce programme va reposer sur les épaules des généralistes. Ils n’ont qu’à … se débrouiller! Certes, les enseignants primaires genevois ont obtenu une augmentation de salaire en 2007 (passage de la classe 16 à la classe 18). Cela permet-il d’élargir à ce point leurs compétences?

De plus, cette exigence va compliquer le recrutement. Elle va détourner de ce métier celles et ceux qui n’ont pas de facilité pour les langues étrangères, mais qui pourraient être d’excellents enseignants primaires. Elle conduira ensuite à la normalisation des profils des candidats: les dossiers de ceux qui auront des langues comme l’italien, l’espagnol, le grec dans leur cursus de maturité seront refusés, sauf s’ils arrivent à certifier leurs compétences en anglais et en allemand.

Non, décidément, il n’est pas raisonnable d’imposer à tous les maîtres primaires d’enseigner l’anglais et l’allemand. Il faut laisser le choix à ceux qui le souhaitent et en ont les compétences et former des enseignants spécialistes. L’idéal serait bien sûr qu’ils soient anglophones ou germanophones. Mais c’est un autre débat.

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Discussion

  • 1
    Pedro del Río says:

    Il n’est pas raisonnable de faire enseigner une langue à une personne qui ne la parle pas comme langue maternelle. Sauf de très rares exceptions, un tel enseignant prononcera mal certain mots, mettra parfois l’accent tonique sur la mauvaise syllabe, n’aura pas un très bon accent.

    Je me demande si l’autrice de cet article sait que l’italien est une langue officielle et nationale de Suisse. Il n’y a aucune excuse pour refuser l’apprentissage de cette langue dans le curriculum de maturité sous le prétexte de difficultés d’allemand ou d’anglais. Je trouve même scandaleux que l’italien ne soit pas obligatoire dans tous les curricula de maturité de ce pays.

  • 2
    Irène Minder-Jeanneret says:

    Il est juste et bon de prendre en compte les besoins et la situation des membres du corps enseignant face à l’introduction de l’enseignement de l’anglais à un stade précoce de la scolarisation. Toutefois, l’enseignement implique aussi des élèves… comment le commentaire ci-dessus parvient-il à ne pas en tenir compte? À mon sens, ils sont les principaux intéressés. Alors comment vouloir imaginer que des personnes non natives puissent réellement bien enseigner les langues étrangères? Le taux de résidentes et de résidents allophones, dans notre pays, est élevé. Profitons-en! Formons les anglophones qui le souhaitent et permettons-leur d’enseigner un anglais idiomatique à nos enfants. C’est faire preuve d’une gestion intelligente et durable de nos ressources!

  • Oui, d’accord avec vous tous.
    Par mon parcours professionnel, je maîtrise bien l’allemand, alors que je suis un « pur » francophone de souche, d’origine et de vie.
    Même au niveau du lycée, une forte minorité de  « professeurs » d’allemand ont des connaissances de la langue et de la culture germanique qui frisent le ridicule. Je viens de le vivre ces dernières années lorsque nos deux jeunes étaient au lycée.
    Leur seul mot qu’il se souvienne parfaitement est la traduction du mot bâtard (chien) qui se dit en allemand « Promenadenmischung » et en Suisse allemande « Trottoirmischung »… C’est dire le niveau de l’enseignement reçu…
    Cela devrait être une exigence pour enseigner une langue qu’elle soit la langue maternelle du professeur uu tout au moins que ce dernier ait vécu au moins de nombreuses années   dans une région où elle est parlée dans la rue. 

    • 3.1
      Pedro del Río says:

      Au Tessin, à l’école publique, j’ai eu la chance de n’avoir que des enseignants qui enseignaient leur première langue: deux Britanniques et un Canadien pour l’anglais, une Romande puis une Française pour le français, des Alémaniques pour l’allemand.

      Quand j’entends les journalistes de la radio et télé publiques romandes prononcer des mots anglais ou allemands, je me dis que les pauvres n’ont pas eu ma chance.

  • 4
    francoise buffat says:

    Je n’ai jamais compris pourquoi, dans notre canton de Genève, on n’a jamais réussi à faire engager des professeurs de Suisse allemande pour enseigner l’allemand au primaire et même au secondaire. Il fut un temps où c’était, par pur corporatisme, que les enseignants genevois s’opposaient à l’engagement d’enseignants d’ailleurs. Est-ce toujours le cas?

    • Je ne suis pas enseignant, mais je réponds OUI à votre question.
      Au-delà de tas de raisons plus ou moins valables, c’est certainement d’après moi le corporatisme de la majeure partie des enseignants qui fait dire NON à cette évolution plus que souhaitable, essentielle pour l’avenir de nos enfants, qui devront se débrouiller dans la vie avec au minimum une langue parfaitement maîtrisée, en plus de la langue maternelle.
      Le corporatisme des enseignants, c’est une plaie.
      La majeure partie des citoyens exercent maintenant au cours de leur vie trois, quatre, cinq métiers successifs différents. Pourquoi les enseignants serait-ils protégés ? Seraient-ils incapables de faire un autre métier si on les juge peu capables d’exercer le leur ?
      Pour beaucoup le parti socialiste est devenu le parti des enseignants. La baisse d’attraction du parti socialiste est due beaucoup à ce regard. La récente défaite d’Anne Torracinta à Genève est à mon avis pour beaucoup due à cela. Même si le métier d’enseignant est devenu beaucoup plus dur, ils ne sont pas isolés dans ce constat. La preuve statistique indubitable est que l’espérance de vie des enseignants est encore beaucoup plus grande que dans la plupart des autres professions. Il n’y aucune raison que l’enseignant soit protégé et privilégié. Alors ouvrons très rapidement les classes romandes aux enseignants germanophones, italophones et anglophones.

Les commentaires sont fermés.