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Créer un «fonds souverain» avec les euros de la BNS?

Une idée qui gagne du terrain, mais méconnaît les spécificités d’une banque centrale comme d’un fonds souverain

Photo Marco Kalmann
Photo Marco Kalmann (licence CC)

Dans le cadre de sa politique visant à empêcher le franc de prendre trop de valeur (au détriment des exportations), la Banque nationale suisse (BNS) a massivement acheté des devises étrangères, principalement des euros.

Faute de pouvoir les revendre à court terme, certains commencent à évoquer l’idée d’utiliser ces devises pour procéder à des acquisitions dans l’économie réelle.

Ils font une analogie avec la politique mise en place par quelques Etats qui présentent des excédents de revenus massifs (mais parfois transitoires, provenant par exemple de la vente de matières premières, tel le pétrole): via ce que l’on appelle un «fonds souverain» ils convertissent cette fortune en prises de participation dans des entreprises sur le marché mondial en vue de générer des revenus durables – ou de promouvoir des intérêts stratégiques (DP 1761).

Les réserves monétaires de la BNS sont d’une tout autre nature. Une banque centrale a deux fonctions: mettre à disposition de l’économie nationale la monnaie dont elle a besoin et maintenir un taux de change favorable. Le manque de monnaie fait monter les taux d’intérêt et freine l’activité économique. Inversement, un excédent de monnaie fait baisser les taux d’intérêt, dope l’activité économique et favorise l’inflation. La régulation de la masse monétaire est une fine mécanique que la BNS pilote au jour le jour.

Par ailleurs, depuis le retour aux taux de change flottants, les banques centrales peuvent intervenir lorsqu’elles estiment que le taux de change est trop bas, ce qui fait monter les prix des biens importés dont notamment l’énergie et les matières premières, ou au contraire trop élevé, ce qui représente un danger pour l’industrie d’exportation. Lutter contre un taux trop bas signifie racheter sa monnaie en la payant en devises qu’on emprunte sur les marchés et/ou auprès du Fonds monétaire international. Lutter contre un taux trop haut signifie vendre de sa monnaie, que l’on peut créer en quantité illimitée, pour en faire baisser le prix. Vendre sa monnaie, c’est acheter des devises, ce que fait aujourd’hui, massivement, la BNS.

Elle a ainsi créé quelque 300 milliards de francs qu’elle a mis sur le marché. Ils ont permis de maintenir le taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro mais n’ont eu aucun effet sur l’activité économique suisse ni sur l’inflation, pour une raison bien simple: ce sont des spéculateurs qui ont acheté tous ces francs suisses, non pour les dépenser en Suisse mais pour les conserver en espérant les revendre plus cher ou au moins au même prix.

Soutenir que la BNS, via un fonds souverain, pourrait prendre des participations dans des entreprises à l’étranger, voire même en Suisse, revient à faire tourner la planche à billets pour s’offrir des biens ou des services achetés sur les marchés. Il ne viendrait à l’idée de personne de demander à la BNS de financer nos chemins de fer ou nos routes, notre armée ou nos écoles en imprimant de la monnaie. Autant il importe de pouvoir vendre, sans limites, du franc contre des devises pour éviter qu’il s’apprécie davantage, autant il faut éviter d’utiliser cet argent, créé à une autre fin, pour intervenir dans l’économie réelle.

Il faudrait en fait se convaincre que les euros que détient la BNS ne valent pas plus que le papier qui a servi à les acheter et qu’on récupérera le jour où on les revendra. Si demain la BNS devait faire l’erreur de laisser monter le franc, les valeurs qu’elle détiendra alors, sous forme de devises comme d’actifs d’un fonds souverain, afficheraient la même moins-value – en tout cas si l’on persiste à vouloir la mesurer en francs suisses plutôt qu’en euros ou en dollars. Certains ont les yeux fixés sur la comptabilité de la BNS. Ils feraient mieux de s’intéresser à l’économie du pays, aux risques qu’un franc trop élevé ferait courir non seulement à l’industrie d’exportation et aux services mais aussi à toutes les activités indigènes menacées par des importations trop bon marché. Une curiosité qui devrait s’étendre à l’obtention de données fiables permettant d’évaluer ces risques.

D’une certaine manière la Suisse dispose déjà d’un fonds souverain: la fortune constituée au travers du deuxième pilier (DP 1958). Ce sont quelque 700 milliards de francs bien réels dans plus de 2000 caisses en quête d’un rendement raisonnable et surtout pérenne.

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